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Terrorisme, 
le nouveau crime organisé
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Ira veritable

Terrorisme, le nouveau crime organisé

Une bombe a été découverte dans un bus à Dublin, par les autorités irlandaises mardi 17 mai. Cet attentat visait vraisemblablement la Reine d'Angleterre, en visite dans le pays, une première pour un monarque anglais depuis 1911.

Monsieur X

Monsieur X

Monsieur X est un expert français en « regime change » ou changement de régime, et en mouvements insurrectionnels, une activité assez répandue aux Etats-Unis mais encore confidentielle en Europe et en France, d’où la préservation indispensable de son anonymat. 

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Atlantico : Comment se comportent aujourd’hui les mouvements terroristes qui semblent esseulés et appauvries, souvent conduits par des loups solitaires ?

Monsieur X : Aujourd’hui plus aucun pays ou presque, ne se risque à financer les groupes terroristes. Du coup, la seule possibilité pour les mouvements terroristes, c’est le crime organisé. Par exemple en Birmanie, une partie des rebelles est partie prenante avec les narcotrafiquants. Ce sont les shans, une ethnie spécifique du triangle d’or, d’origine thaïlandaise.

En Irlande du Nord, les groupes terroristes ne sont soutenus par aucun autre groupe. Il n’y a pas de lien avec Al-Qaeda. Les Américains ne les aident plus non plus. Avant la diaspora irlandaise présente aux Etats-Unis,  leur envoyait des financements. Du coup, la seule source de revenu c’est le trafic, essentiellement celui de la drogue.

C’est d’ailleurs ce que fait Aqmi dans le Sahel, ils sont liés avec la contrebande. Mais en termes de financement, il existe une autre voie. Il faut tenir compte de ce qu’on appelle dans le business : le « love money »,c'est ce que donnent les sympathisants spontanément.

Pour certains pays, la tentation est grande de faire un rapprochement entre les groupes indépendantistes présents dans leur pays, et Al-Qaeda. C’est ce que les Russes ont fait avec les Tchétchènes, ou les Chinois avec les Ouïghours. Du coup, toute critique est éliminée. Les Chinois ne massacrent pas des Ouïghours, ils luttent contre le terrorisme islamiste. Les Russes ne butent pas des "Tchétchènes dans les chiottes" [NDLR : déclaration de Vladimir Poutine], ils luttent contre le terrorisme islamique. Les Anglais n’éliminent pas des Irlandais catholiques, mais luttent contre le terrorisme aveugle et lâche.

Il faut partir du principe que tout les mouvements terroristes sont pauvres. Il n’y a pas de raison qu’il y en ait un avec assez d’argent pour soutenir les autres. Un mouvement terroriste est par définition pauvre. Ce n’est pas un Etat, il n’y a pas de fiscalité, pas d’infrastructures. Ils ne peuvent compter que sur l’appui d’un pays et pas d’un autre mouvement.

Les mouvements terroristes ont souvent été liés les uns aux autres dans le passé, voire même à des Etats...

La grande époque du parrainage des mouvements de libération conjugués aux mouvements terroristes, par des pays, est terminée. Mais le soutien ne se faisait pas entre les mouvements misérables. Certains groupes n’avaient déjà pas beaucoup de moyens pour eux, donc certainement pas pour les autres !

A la grande époque avant la chute du Mur, il existait des parrains de ces mouvements-là, par exemple à l’Est, avec l’Union Soviétique et la Chine. Ils soutenaient des mouvements de libération anticoloniaux. A la fois, pour démontrer que le communisme, le progressisme et l’anticolonialisme étaient les mêmes choses, et à la fois pour emmerder l’Ouest. Ils ont soutenu la plupart des mouvements rebelles africains comme l’ANC, les rebelles mozambicains, le FLN ou les rebelles angolais. Reagan à fait la même chose, c’est le premier président américain à avoir fait cela de manière construite : C’est le Nicaragua financé par l’Irangate. Ou l’UNITA en Angola.

Au Sud, Kadhafi soutenait tout ce qui bouge.  Des liens avérés ont été établis entre l’IRA et Kadhafi. Les terroristes irlandais se sont formés en Libye, en même temps que d’autres mouvements pour une économie d’échelle. On trouvait des Palestiniens, des Irlandais ou des Kanaks dans les mêmes camps. Kadhafi jouait au champion de la cause anti-impérialiste. Pour l’Afrique, il a créé la Mataba, dirigé par Moussa Koussa qui est aujourd’hui en exil. Il a, avec cet organisme, soutenu Blaise Compaoré au Burkina Faso. Il a aussi soutenu l’ANC.

Mais aujourd'hui, tout cela est terminé, et les indépendantistes irlandais n'ont plus que le trafic de drogue et quelques sympathisants pour les soutenir, même la diaspora irlandaise aux Etats-Unis ne leur envoie plus d'argent.

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