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François Hollande a proposé lundi soir une tranche d'imposition à 75% pour les revenus de plus d'un million d'euros par an.
François Hollande a proposé lundi soir une tranche d'imposition à 75% pour les revenus de plus d'un million d'euros par an.
©Reuters

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"Avec un taux d’imposition à 75%, on est en train de réinventer l’esclavage"

François Hollande a déclaré vouloir taxer les plus gros revenus à hauteur de 75% s'il est élu. Une mesure censée favoriser la justice fiscale, mais jugée particulièrement dangereuse par l'économiste et entrepreneur français Charles Gave.

Charles Gave

Charles Gave

Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il est économiste et financier. Son ouvrage L’Etat est mort, vive l’état  (éditions François Bourin, 2009) prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal Research et de Gavekal Securities, et membre du conseil d’administration de Scor.

 

 

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Atlantico : François Hollande a proposé lundi soir une tranche d'imposition à 75% pour les revenus de plus d'un million d'euros par an. Renforce-t-il ainsi la justice fiscale dans notre pays ?

Charles Gave : N’importe quelle analyse de rentabilité dans le monde entier incorpore toujours deux paramètres : le risque et la rentabilité. En France, pour des raisons qui m’échappent totalement, quelqu’un qui gagne de l‘argent sans risque, est plus louable qu'un individu qui en gagne en prenant des risques. On n’arrivera à rien dans ce pays, tant qu’on n’aura pas compris que l’essentiel pour qu’il y ait de la croissance, est de favoriser d’un côté la prise de risques et de l’autre les entrepreneurs.

Moi qui ai pris des risques toute ma vie et ai créé des sociétés dans le monde entier, si je veux venir prendre ma retraite en France en décidant d’avoir un revenu d’à peu près 300 000 euros par an, je profiterais de la même retraite qu’une personnalité telle qu’Alain Juppé (pour prendre un exemple). Sauf que lui capitalise des prestations qu’il perçoit en tant que ministre, ancien Président du conseil général de Gironde, ancien maire de Bordeaux, etc… Ce sont donc les citoyens qui assurent la retraite d’Alain Juppé. De quel droit me dit-on que je suis un homme riche et que Alain Juppé ne l’est pas ? D’autant que lorsqu’il disparaîtra, sa femme, qui est plus jeune, aura droit à une pension de versement de 50% de sa valeur jusqu’à ce qu’elle décède à son tour.

Selon moi, il convient de mettre les gens au même niveau de risque. Il faut que l’on capitalise l’ensemble des retraites du secteur privé. La personne qui veut mettre de côté de l’argent pour se faire sa propre retraite, aujourd’hui, est imposé à outrance, tandis que le fonctionnaire, lui, ne l’est pas. Il faut vraiment mettre tout cela à plat. D’autant plus qu’une fois à la retraite, les niveaux de vie des salariés du privé et ceux du public ne sont pas du tout les mêmes.

On passe des heures en France à parler des retraites chapeaux et des scandaleux privilèges des hommes qui sont à la tête des sociétés du CAC 40, mais ils ne sont qu’une quarantaine à toucher des salaires de quelques 5 millions d’euros par an. Je considère que la classe politique française devrait consacrer plus de temps à résorber le déficit budgétaire en se demandant d’où il provient, et comment en est-on arrivé à de tels gouffres, plutôt qu’à s’intéresser à ces quarante patrons qui n’engloutissent à eux seuls qu’une petite demi-journée du déficit budgétaire français !

La France est déjà le pays où l’impôt sur le capital est le plus effrayant. J’ai l’exemple, près de chez moi, d’un ébéniste qui emploie sa femme à mi-temps en la payant le SMIC. Il la paye donc  500 euros et elle lui coûte 200 euros. Comment voulez-vous que cela fonctionne ? Ce sont les entrepreneurs qui créent des emplois, jamais les Etats, sinon l’URSS aurait été le pays le plus développé du monde. Si vous voulez créer des emplois, il faut laisser les entrepreneurs tranquilles et rémunérer la prise de risques.

Finalement, le plus extraordinaire en France, c’est que le produit du travail ou du capital, qui appartient à chacun, est propriété ultime de l’Etat. Locke avait montré, il y a 400 ans, que l’homme était propriétaire de son travail, ce qui interdisait de fait l’esclavage. Avec un taux d’imposition à 75%, on est en train de réinventer l’esclavage.

Mais ce taux n'est pas sans équivalent d'un point de vue historique. Même un président républicain comme l'Américain Eisenhower avait instauré un taux marginal supérieur d'imposition de 91% pour les plus riches...

Il ne faut pas confondre le taux d’imposition marginal décrit par la loi et le taux d’imposition effectif des gens qui prennent des risques. Sous Eisenhower les riches étaient en réalité taxés à 28 % en raison de l'ensemble de leurs avantages fiscaux.

Par exemple si vous achetiez une maison, vous pouviez déduire la totalité des intérêts. Si vous déclariez tous vos revenus comme un revenu salarié vous pouviez certes être imposé à 91% mais personne ne déclarait cela. Il s'agit d'une des grandes légendes urbaines de la gauche. JP Morgan a fait des études là-dessus, en reprenant  le taux d’inflation, en prenant les revenus des gens qui payent beaucoup d’impôts aux Etats Unis et en observant le taux d’imposition ce qu’ils auraient dû payer et de ce qu’ils versaient en réalité. Les déductions fiscales en tous genres leur permettaient de ne payer que 20 ou 30% d’impôts.

Concernant la proposition de François Hollande, il faut ajouter la CSG aux 75% d’imposition, ce qui nous fait donc arriver à environ 100% de taux d’imposition marginale : je persiste, j'appelle cela de l’esclavage.

A titre personnel, précisément, jusqu’à combien accepteriez-vous d’être taxé ?

Il suffit de regarder la Suisse, et le succès qu’elle connaît. A 35%, tout le monde est d’accord pour contribuer. La solidarité active se situe là. Je serais encore en France si l’on en était encore là. Qu’un tiers de ce que je gagne aille à la solidarité, et je fasse ce que je veux des deux autres tiers me paraît raisonnable.

N’y a-t-il pas, toutefois, une différence entre les riches qui entreprennent, et ceux qui vivent uniquement de leurs rentes ? N'y a-t-il pas de "bons" riches et de "mauvais" riches d'un point de vue social ?

C’est exactement la théorie défendue par Hitler à propos des Juifs, en déclarant qu’ils n’avaient aucune utilité sociale et qu’il fallait donc s’en débarrasser ! Ce n’est pas à l’Etat de déterminer comment les gens dépensent leur argent et s’ils le font de manière utile ou pas.

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