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Le pape François, depuis le synode, ne cesse de faire l’éloge de la famille traditionnelle et semble donner des gages aux défenseurs du dogme évangélique.
Le pape François, depuis le synode, ne cesse de faire l’éloge de la famille traditionnelle et semble donner des gages aux défenseurs du dogme évangélique.
©Reuters

Motu Proprio

Synode sur la famille : malgré les tensions en vue, le pape ne change pas de ligne

Dans un Motu Proprio publié le 8 septembre par le Vatican, le pape allège la procédure canonique pouvant conduire à une nullité de mariage et tend ainsi la main aux divorcés remariés. A quelques semaines de la deuxième session du synode sur la famille, les discussions s'annoncent mouvementées.

Christophe Dickès

Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

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Atlantico : Comment analyser sa volonté d'assouplir les structures de décisions liées à la famille ?

Christophe Dickès : Ce geste est extrêmement important. Comme vous le dites, il s’agit tout d’abord d’un Motu proprio, c’est-à-dire d’une décision prise littéralement « de son propre chef ». Jusqu’à présent, le pape avait utilisé le Motu proprio afin d’encadrer la gestion financière du Vatican et du Saint-Siège. Cette fois, il l’utilise pour des raisons pastorales. Il montre par là une volonté ferme d’avancer sur un sujet qui lui tient à cœur.

Le deuxième élément important est que ce texte donne davantage de pouvoirs aux évêques. Il s’agit là d’un autre point très concret qui répond à la feuille de route que s’est donné le pape. Depuis son élection, François ne cesse de dire qu’il souhaite appliquer ce que l’on appelle le principe de subsidiarité : quand une décision peut être prise par les évêques, elle doit l’être. Sous-entendu, elle ne doit pas remonter jusqu’à Rome. Il s’agit pour le pape François de désengorger le tribunal romain de la Rote qui traite les dossiers en appel. Benoît XVI souhaitait cette forme de décentralisation du pouvoir. François l’applique en responsabilisant davantage les évêques. Mais tous les évêques dans le monde ne sont pas des experts en droit canon. Loin s’en faut. Ce qui ne sera pas sans poser de problèmes, même s’ils pourront recevoir l’aide de spécialistes au sein de leur diocèse.

Le troisième élément –le plus symbolique- est que le Motu proprio entrera en application le 8 décembre prochain, soit le premier jour de l’année jubilaire placée sous le signe de la miséricorde dont on sait qu’il s’agit d’un thème central du pontificat. Le pape argentin souhaite montrer la générosité de l’Eglise à l’égard de ceux qui se sentent exclus de la communion en allégeant la procédure en nullité qui, par ailleurs, sera gratuite…

A quelques semaines du début de la deuxième session sur le synode de la famille, comment est reçue cette déclaration chez les catholiques ? 

Il est un peu trop tôt pour répondre à ces questions. Bien évidemment, il n’échappera à personne que la publication d’un tel texte a été décidée avant le synode sur la famille… Ce geste est parfaitement calculé. Il vise à mon sens à couper l’herbe sous le pied de tous ceux qui souhaitaient utiliser la procédure en nullité sur la question des divorcés remariés, au centre des polémiques l’année passée.

Depuis quelques temps déjà, les publications sur la doctrine du mariage se multiplient. Les partisans d’un assouplissement doctrinal montent au créneau, tout comme les opposants. On sait qu’une majorité du synode 2014 s’est prononcé contre un assouplissement de la discipline, après le scandale provoqué par un rapport d’étape rédigé visiblement par le Secrétaire du Synode, le cardinal Lorenzo Baldisseri, et le progressiste Mgr Bruno Forte, ceci avec la bénédiction du pape François… Ce que j’ai appelé une sorte de « coup d’Etat par le haut » contre la majorité des pères synodaux. En publiant le Motu proprio, François montre qu’il est, ultimement, le dernier à décider de la direction à prendre. Bref, il joue pleinement le rôle de monarque, ce qui est un paradoxe chez cet homme qui ne cesse d’évoquer la collégialité, c’est-à-dire le partage du pouvoir.

Si le pape trouve difficilement une majorité et une adhésion à ses propos, comment arrivera t-il à changer les choses ? Le veut-il vraiment ? 

Là encore, les prochaines semaines le diront mais la tension est déjà palpable dans la presse et à l’ombre de la basilique Saint-Pierre. Par exemple, l’Eglise africaine s’est positionné très clairement contre le comportement néo-colonialiste du cardinal allemand Walter Kasper voulant faire de la situation occidentale une règle pour le monde entier.

Mais ce n’est pas la seule à être monté au créneau. Onze cardinaux de différentes nationalités viennent de publier en plusieurs langues un livre sur le mariage dans l’Eglise catholique (disponible chez Artège le 17 septembre). On peut lire notamment les mots du cardinal Ruini : « L’optique d’un synode est clairement universelle, et nul ne peut prétendre que celui-ci se consacre uniquement aux problèmes particuliers de telle ou telle zone géographique ou culturelle. »

Derrière ses paroles, le pape change la procédure, donc la forme. Mais le fond est-il différent de ses prédécesseurs ? Est-il aussi progressiste qu'on veut nous laisser le croire ?

Le pape François, depuis le synode, ne cesse de faire l’éloge de la famille traditionnelle et semble donner des gages aux défenseurs du dogme évangélique. Et le Motu proprio dit clairement s’inscrire dans la continuité de l’enseignement des dernières années. Mais ce texte peut  constituer au contraire un nouveau tournant de sa politique. Il peut révéler sa volonté de remettre la question des divorcés remariés dans le débat. Dernièrement par exemple, dans un message adressé à une université catholique argentine, il a fait l’éloge de la « tradition vivante » et donc d’une « certaine » adaptation de la doctrine aux situations de chacun…

Cependant, ici, il ne faut pas faire dire au Motu proprio de François ce qu’il ne dit : le pape modifie le processus juridique décisionnel mais pas les éléments qui font la nullité d’un mariage (mariage contraint, immaturité de l’un des époux, volonté de ne pas procréer…). Néanmoins, on ne peut s’empêcher de penser qu’en donnant cette facilité au pouvoir épiscopal, les demandes en nullité peuvent se multiplier alors que Jean-Paul II puis Benoît XVI avaient donné des consignes très claires contre la recrudescence de ces procédures.

Propos recueillis par Cécile Picco

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