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Des soignants du service de réanimation de l'hôpital Louis Mourier de Colombes, le 5 mai 2021.
Des soignants du service de réanimation de l'hôpital Louis Mourier de Colombes, le 5 mai 2021.
©ALAIN JOCARD / AFP

Bonne nouvelle

Surmortalité due au Covid-19 : et la 3e vague ne généra… pas de pic en France

4 hypothèses peuvent expliquer ce qui se cache derrière les chiffres de l’Insee sur le mortalité globale dans l’Hexagone depuis le début 2021.

Atlantico : La première et la seconde vague de l’épidémie de Covid-19 ont été marquées par un pic de mortalité, qu’en est-il de la troisième vague ?

Laurent Chalard : Selon les données de l’Etat-civil de l’Insee réputées fiables, au moment de la première vague, on a enregistré une mortalité presque deux fois plus importante qu’en temps normal, c’est-à-dire comparée à l’année précédente. Lors du pic, le 1er avril 2020, on a enregistré 2811 décès contre 1689 en 2019. Pendant la seconde vague, un pic un peu moins important a été constaté. La surmortalité à l’échelle nationale était environ 50 % supérieure à son taux de l’année précédente. Lors du pic du 9 novembre 2020, on a recensé 2341 décès contre 1785 l’année précédente. Donc il y a eu un pic de surmortalité pendant ces deux vagues. Mais pendant la troisième, à partir d’avril 2021, la situation est différente. Quand on regarde la courbe, il n’apparaît pas de pic de surmortalité par rapport aux mois précédents. Il y a bien une surmortalité par rapport à 2019 de l’ordre de 10 à 20 % mais elle est moins importante qu’aux mois de janvier ou février. Donc la troisième vague ne s’est pas traduite par un troisième pic de surmortalité. Pourtant il y a bien eu une hausse des hospitalisations et des réanimations. Donc la singularité qui semble avoir émergé est la déconnexion entre les indicateurs hospitaliers et ceux de la mortalité.

Quelles sont les hypothèses qui peuvent expliquer que le pic anticipé n’ait pas eu lieu ?

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Il y en a plusieurs, sans qu’il soit possible à l’heure actuelle d’en privilégier une plutôt que l’autre, sachant qu’elles peuvent se combiner. La première concerne les données statistiques sur les hospitalisations et les réanimations. On peut faire l’hypothèse que contrairement aux vagues précédentes, ont été hospitalisées et placées en réanimation des personnes qui ne l’auraient pas été lors des précédentes vagues car on a pu cette fois-ci soigner tout le monde, ce qui est, au final, une bonne nouvelle. Cela sous-entendrait que ces chiffres souffrent d’un biais n’étant pas comparables d’une vague à l’autre, comme on l’a déjà constaté pour le nombre de cas positifs, très fortement sous-estimés en mars-avril 2020. Cette hypothèse est difficile à vérifier et demanderait une vérification poussée dans les hôpitaux.

La seconde hypothèse pourrait être que l’on a parlé de trois vagues alors qu’il n’y en a peut-être eu que deux. La première à la fin de l’hiver 2019-2020 (mars-avril) et la seconde d’octobre 2020 jusqu’à fin avril 2021. Dans cette configuration, il faudrait considérer l’ensemble de la période comme une vague permanente avec des points hauts et bas. Ce qui peut accréditer cette hypothèse est que même après le pic de novembre, il y a constamment eu une surmortalité par rapport à une année normale puisqu’on observe un plateau depuis fin octobre, quasiment systématiquement au-dessus de 2000 décès par jour, toutes causes confondues. De fait, il y a plus de morts que pendant la première vague parce que celle-ci a été très courte.

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Une autre hypothèse qui peut expliquer que la troisième vague ne se traduise pas dans les statistiques des décès serait le fait qu’on a vacciné d’abord en priorité les personnes fragiles qui sont les plus susceptibles de décéder. Elles étaient donc protégées pendant le pic. Cette hypothèse ne peut toutefois pas expliquer l’ensemble de la déconnexion entre les deux courbes puisque tous les publics fragiles n’étaient pas entièrement vaccinés. Donc on aurait pu s’attendre au moins à une surmortalité au moins légèrement accentuée par rapport aux mois précédents. Cela peut être un facteur explicatif mais pas totalement.

La dernière possibilité porte sur la virulence des variants. Si le variant dominant est moins mortel mais éventuellement plus contagieux cela peut expliquer ce phénomène. Je ne suis pas médecin et cette hypothèse doit être vérifiée, mais c’est une autre piste envisageable.

Emmanuel Macron avait fait le pari de ne pas procéder à un reconfinement strict. Si, comme lors des précédentes vagues, des mesures strictes de confinement avaient été mise en place, aurions-nous vu la mortalité quitter plus tôt le plateau de mortalité ?

Effectivement, au premier abord, on peut avoir l’impression que le pari d’Emmanuel Macron de ne pas faire de confinement strict parait gagnant parce qu’il n’y a pas eu de pic de mortalité à l’occasion de la troisième vague, contrairement à ce qu’avait annoncé la plupart des épidémiologistes dont plusieurs ont jugé que le reconfinement n’était pas assez strict. Il semble que les prophètes de malheur aient eu (une nouvelle fois) tort. Cependant, on peut effectivement rétorquer que si on avait écouté certains épidémiologistes et que l’on avait confiné strictement et plus tôt on aurait eu une baisse de la mortalité plus tôt dans l’année et nous serions peut-être sortis du plateau haut dès le mois de mars. Mais on ne pourra jamais savoir si cette hypothèse est vraie puisque la décision n’a pas été celle-ci. Quoi qu’il en soit, on peut penser qu’Emmanuel Macron en sortira gagnant.

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