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Sommet social : 
Et réformer le syndicalisme, 
c’est maintenant aussi ?
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Saint-Dicat, priez pour eux !

Sommet social : Et réformer le syndicalisme, c’est maintenant aussi ?

Jean-Marc Ayrault reçoit ce mardi, un à un, les représentants syndicaux et patronaux pour une première concertation. Alors que les tractations autour de la succession de Bernard Thibault à la tête de la CGT touchent au rocambolesque, c'est tout le fonctionnement syndical français, archaïque et avorteur de réformes, qui nécessite une refonte...

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Les laborieuses circonvolutions de la CGT pour accoucher d’un successeur au secrétaire général du syndicat nous rappellent subitement que, le brouhaha sarkozyste sur la réforme du dialogue social achevé, la nature syndicale retrouve rapidement son immobilisme. Les méthodes d’un autre âge reviennent au galop : choix décidés en dehors de la volonté des militants, manœuvres d’appareil et conspiration de couloirs ont raison de la démocratie.

Je relis les propos tenus par Najat Vallaud-Belkacem sur ce site, dans une interview publiée le 1er mai : « il faut faire confiance aux syndicats pour faire les nécessaires efforts d’adaptation de leurs modes de fonctionnement.» Et je commence à craindre le pire pour les salariés de notre pays.

D’un côté, Bernard Thibault n’a pas caché son soutien à François Hollande au deuxième tour de la présidentielle. Pour notre Président attaché, dit-il, à une manière différente de faire de la politique, ce soutien pourrait aujourd’hui apparaître comme gênant. Est-on un réformateur crédible, quand on compte dans son comité de soutien un secrétaire général de syndicat qui, dans les trois semaines qui suivent l’élection présidentielle, tente un tour de force pour imposer une candidature dont la base ne veut pas, et pour écarter une candidature dont la base veut ?

D’un autre côté, il reste ce syndicalisme sans adhérents ou presque, qui se repose essentiellement sur le paritarisme et les subventions venues de nulle part, partagées sans complexe avec les organisations d’employeurs. Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a aussi annoncé que le gouvernement ferait l’impasse: les tentatives sarkozystes de réforme, trop timides pour des raisons qu’on expliquera un jour, semblent définitivement oubliées.

On voudrait nous faire croire qu’il est aujourd’hui possible de faire fonctionner un dialogue social d’avenir sur une scène vieille de 60 ans, avec des acteurs à bout de souffle, financièrement dépendants d’un système qu’ils devraient réformer. Mais qui pourrait croire que ce système décidé à la Libération, essentiellement calibré pour les Trente Glorieuses, pourrait s’attaquer efficacement aux défis d’un monde radicalement différent?

Il est évidemment commode, pour avoir la paix sociale et pour endormir les consciences, de soutenir que le système inventé en 1945, avec des syndicats absents des entreprises et présents dans de grands bidules paritaires éloignés du terrain, est tout à fait adapté aux enjeux contemporains. On peut soutenir que les dizaines de milliers de syndicalistes que l’on occupe dans des organismes sans pouvoir de décision (les caisses primaires de sécurité sociale, les organismes de formation professionnelle, les institutions de prévoyance) pour les éloigner des entreprises où les salariés ont besoin d’eux, sont une ressource bien utilisée.

Maintenant, si l’on n’est pas un professionnel de la politique obnubilé par son élection puis sa réélection, on s’offre le luxe d’un discours de vérité : il y a urgence à permettre aux vrais employeurs de ce pays de pouvoir opérer des réformes internes en profondeur avec le soutien de leurs salariés. Pour ce faire, rien ne vaut un dialogue social construit et respectueux des représentants élus. Tous ceux qui ont testé par d’autres voies se sont tôt ou tard cassé les dents sur des réactions virulentes des salariés.

Autrement dit, le relèvement salutaire de la France ne pourra se faire sans un changement des pratiques de gouvernance au sein des entreprises (le modèle allemand le prouve, qui est fondé sur une étroite collaboration entre employeurs et salariés), et sans une remise en cause en profondeur de cet édifice paritaire qui n’existe que pour donner l’illusion d’un dialogue social au plus haut niveau.

On oublie trop souvent que les syndicats français vivent sur une loi vieille de près de 130 ans : la loi Waldeck-Rousseau, adaptée à une autre époque. Un chantier salvateur consisterait à la réformer sur deux points.

Premièrement, il est temps de moraliser effectivement le financement des organisations syndicales en leur appliquant le système qui existe pour les partis politiques. Dans la pratique, il s’agirait de rendre transparent les ressources qu’elles perçoivent en dehors de leurs cotisations.

Deuxièmement, il est indispensable de séparer de façon étanche le syndicalisme de la fonction publique et le syndicalisme privé. Une écrasante majorité de salariés dans ce pays ont besoin d’une voix pour évoquer leurs difficultés. Et les fonctionnaires ne sont pas qualifiés pour le faire. Pour le coup, la face de notre dialogue social en serait véritablement changée. 

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