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Fronde

Stratégies individuelle ou offensive collective ? Ce que cherchent vraiment les sarkozystes dans leur bras de fer avec Fillon

Jeudi 12 janvier, Thierry Solère a vivement réagi aux critiques formulée par Laurent Wauquiez et Christian Estrosi à l'encontre de François Fillon. "Qu'ils fassent campagne dans leur région et arrêtent les polémiques sur le programme [de François Fillon]".

Atlantico : Entre Christian Estrosi, qui déclarait au meeting de François Fillon qu'"on ne gagnera pas sans s'adresser aux millions de Français délaissés", et Laurent Wauquiez lui demandant d'incorporer à son programme la défiscalisation des heures supplémentaires (mesure rejetée par le candidat LR), les cadres sarkozystes de la droite semblent s'être entendu pour lancer une offensive contre le candidat désigné à l'issue de la primaire... Que peuvent-ils chercher en créant ce rapport de force contre lui ?

Bruno Jeudy : Laurent Wauquiez comme Christian Estrosi ont décidé de ne pas attendre que la droite revienne au pouvoir pour initier une fronde contre une éventuelle présidence de François Fillon, et ce pour des raisons différentes. 

D'abord, les barons de la droite -Christian Estrosi, Laurent Wauquiez, mais on pourrait aussi rajouter Jean-François Copé, Christian Jacob et quelques autres- ne digèrent pas le fait que François Fillon maintienne l'interdiction du cumul des mandats. On ne peut pas comprendre la mauvaise humeur d'une partie de la droite, et singulièrement des sarkozystes, sans prendre en compte ce sujet que Nicolas Sarkozy avait ouvert pendant la campagne, quitte à faire voter à la hâte des lois entre le second tour de l'élection présidentielle et les législatives une fois qu'il aurait été élu.

Le deuxième point tient aux personnalités des personnes citées : Laurent Wauquiez joue clairement la défaite de François Fillon et s'inscrit dans une démarche qui vise à préparer la présidentielle de 2022. Il se voit contre Macron, avec une droite refondue, à sa main, plus à droite, plus décomplexée, moins molle. Il est vrai qu'il peut facilement reprendre le flambeau sarkozyste, tirer avantage de la défaite de l'ancien président. Sous une autre forme, Christian Estrosi, avec son style à lui, dispute également cet héritage sarkozyste à Laurent Wauquiez, au nom de l'ancienneté de sa relation avec l'ancien Président. 

On voit donc bien que se joue en coulisse la bataille de l'héritage sarkozyste sur le dos de François Fillon, accusé de ne pas vouloir restaurer les heures supplémentaires, le cumul des mandats. Aujourd'hui, il y a une critique sur le fait que François Fillon ne s'adresserait pas suffisamment aux catégories populaires -critique qui est probablement la plus fondée- mais bon il reste encore quatre mois et demi de campagne pour le faire. 

Il y a donc beaucoup de mauvaise foi, de petits calculs politiques et peu de sincérité de la part des barons sarkozystes dans cette fronde contre François Fillon.

Comment cette fronde pourrait s'organiser jusqu'à la présidentielle, jusqu'où pourrait-elle aller ?

Elle peut enfler si demain François Fillon continue de présenter des mauvais scores dans les sondages, si la campagne n'est pas assez dynamique... Or il y a toujours des accidents de parcours pendant une campagne, et certains n'hésiteront donc pas à les utiliser contre lui. 

Mais globalement, je ne crois pas qu'elle puisse continuer de prospérer puisque tout le monde à droite souhaite gagner. N'oublions pas qu'après la présidentielle, il y a les législatives et donc des sièges à gagner. Et l'affaire du cumul des mandats a été tranchée. 

Invité sur Europe 1, Brice Hortefeux n'a pas réfuté l'idée d'un retour de Nicolas Sarkozy en politique. Ce dernier pourrait-il être à l'origine de cette offensive contre son ancien Premier ministre ?

Je ne le crois pas. Forcément, Nicolas Sarkozy a du être déçu de son score. Qu'il ait manifesté de la mauvaise humeur parce que certains de ses amis n'ont pas été intégrés dans l'organigramme de François Fillon, oui, mais de là à être à l'origine de cette offensive, cela me paraît invraisemblable.

De même qu'un retour en politique serait totalement inimaginable : la droite a organisé des primaires, la campagne a duré plusieurs mois, elle s'est terminée par un score sans appel, François Fillon l'a emporté avec 44% des voix, 24 points d'avance sur Nicolas Sarkozy et au deuxième tour il l'emporte avec plus de 20 points d'avance sur Alain Juppé : c'est une victoire par KO. Un éventuel retour de Nicolas Sarkozy ne peut exister que dans l'esprit d'un carré de nostalgiques. La droite française nostalgique va devoir s'habituer à vivre sans lui, et ce sont les électeurs qui en ont décidé ainsi. 

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