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Stéphane Morello, entraîneur de foot séquestré au Qatar : comment l'émirat se débarrasse des étrangers qui ne lui sont plus utiles
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Bonnes feuilles

Stéphane Morello, entraîneur de foot séquestré au Qatar : comment l'émirat se débarrasse des étrangers qui ne lui sont plus utiles

"Je suis arrivé en août 2007 pour travailler au Qatar ; j'ai dû payer 250 000 euros en octobre 2013 pour pouvoir en partir." Extrait de "Séquestré au Qatar", de Stéphane Morello, publié aux éditions Max Milo (1/2).

Stéphane Morello

Stéphane Morello

Stéphane Morello vit actuellement au Qatar avec femme et enfans mais il a changé d'employeur et de métier. Il est désormais Professeur des écoles.

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« 8 janvier 2009. Ce jour marquera le début de ma captivité. La veille, je me suis fait virer d’Al-Shamal. Je suis allé au Comité olympique pour accomplir les formalités de départ auprès de Shaheen, le responsable du versement des salaires.

>>>>>> A lire également : La loi Kafala, cette disposition juridique qui permet au Qatar d'interdire à toute personne de quitter son territoire de manière totalement arbitraire

La situation me paraît simple : depuis mon arrivée au Qatar je suis employé et sponsorisé par le Comité olympique, comme c’est indiqué sur mon ID. La voiture, la maison, c’est le Comité olympique qui me les a fournies. C’est donc lui qui me doit mes six mois de salaire.

– Non, non, coach, nous, on va te donner un mois de salaire. On te paye jusqu’à la fin janvier et c’est tout.

– Comment ça, c’est tout ? Mon contrat court jusqu’au 31 mai !

– Oui, mais c’est comme ça au Qatar, on te donne un mois.

– Mais vous m’en devez six !

– Nous, on te paye un mois. Si tu veux demander six mois tu vois avec le club.

– Je vois avec le club ? Mais je n’ai jamais reçu mes salaires par le club ! C’est le Comité olympique qui paye !

– Nous, on paye l’entraîneur d’Al-Shamal. Depuis hier, ce n’est plus toi. Si Al-Shamal veut te payer… Va voir le club. Il faut aussi que tu rendes la voiture et les clés de la maison.

– OK, paye-moi et je te rends tout ça.

– Non, il faut d’abord que tu nous rendes la voiture et les clés de la maison. Quand tu nous les auras rendues, on te payera un mois.

– Shaheen, écoute-moi. Ce que tu demandes n’est pas possible. Le Comité olympique n’a toujours pas renouvelé mon ID. Sans ça, tu sais bien que je ne peux pas louer de voiture, aller à l’hôtel et faire les démarches pour déménager mes meubles. Que veux-tu que je fasse ? Je te rends la voiture, la maison, et je reste dans la rue avec ma famille et mes meubles en attendant que tu me payes ?

– OK, vois avec Ali, le directeur.

Apparemment, Shaheen ne savait pas que mon ID n’était plus valable. Ce cas de figure a engendré une situation pour laquelle il n’est pas en mesure de trouver une solution. Mais l’entrevue avec Ali ne donne rien. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas rendre la voiture et la maison. Il a compris ce que je lui ai dit, mais ne prend aucune décision, ni concernant le paiement des salaires ni concernant le renouvellement de l’ID. Il me laisse la voiture en attendant que ça soit réglé. Réglé ? Mais d’un mot, il peut me verser mon salaire et renouveler mon visa ! Que dois-je faire ?

Je sens que je vais avoir besoin d’aide et me rapproche de l’ambassade. Je suis reçu par un employé du consulat puis on me dirige vers le magistrat de liaison de l’ambassade. Fraîchement nommé, il semble heureux d’être au Qatar, détendu, enjoué, très volubile. Il m’explique que c’est une affaire de droit du travail et me conseille de prendre un avocat.

Il me conseille aussi de prendre contact avec l’UFE, l’Union des Français de l’étranger, et me communique le numéro du président de l’association. Je l’appelle dès ma sortie de l’ambassade.

C’est au siège de sa société que me reçoit Jean-Pierre Marongiu, le président de l’UFE. Il comprend vite ma situation, m’explique que c’est courant, que les choses finissent par s’arranger, mais qu’il faut parfois solliciter la justice qatarie.

Après quelques entrevues, ayant consulté les documents en ma possession, il me conseille de recourir au service d’un avocat. Il me propose de m’aider à payer le montant des honoraires. J’accepte.

Yahia, l’avocat, est confiant. Il est petit, maigre, bavard et sûr de lui. Il me parle comme s’il était la loi. À l’entendre, il ferait condamner l’émir lui-même s’il venait à la transgresser.

Il m’explique qu’il va d’abord envoyer une lettre au club. Ils auront un mois pour répondre. S’ils ne répondent pas, il déposera plainte auprès de la Labour Court. Une sorte de tribunal des prud’hommes. Ensuite, après deux ou trois mois, un expert sera nommé. Un à deux mois après, l’expert rendra un avis… qui sera suivi par le juge lors d’un jugement qui pourrait intervenir d’ici à dix mois. Et on peut faire appel de la nomination de l’expert ou de sa décision, mais ça rallonge encore d’environ dix mois. Comment vais-je faire pour tenir dix mois ? »

Extrait de "Séquestré au Qatar", de Stéphane Morello, publié aux éditions Max Milo, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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