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Star Wars, une saga néoconservatrice ? Visite de l’exposition à la Cité du cinéma
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Le côté obscur de la force

Star Wars, une saga néoconservatrice ? Visite de l’exposition à la Cité du cinéma

L’exposition "Star Wars identités" se pose à Paris à la Cité du cinéma du 15 février au 15 juin.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Dans le cadre d’une tournée dans plusieurs grandes villes à travers le monde, l’exposition "Star Wars identités" se pose à Paris à la Cité du cinéma du 15 février au 15 juin. Le prochain tournage du premier volet d’une nouvelle trilogie de la saga relance l’intérêt pour ce qui restera comme un des grands événements du l’histoire du cinéma.

Un documentaire de 2007, intitulé "Star Wars, les origines d’une saga", récemment diffusé sur Arte, offre une approche intéressante de ce phénomène culturel. Écartant les aspects anecdotiques, il en interroge les fondements philosophiques. Un des intervenants interviewé à plusieurs reprises n’est autre que Newt Gingrich, le leader de la majorité républicaine au Congrès à l’époque de Bill Clinton, un admirateur de Ronald Reagan et un des promoteurs de la "révolution conservatrice". Arrêtons-nous un instant : pouvons-nous imaginer en France que dans un documentaire culturel soit interrogé un leader politique classé très à droite pour donner son avis à l’égal d’autres spécialistes ? Poser la question c’est y répondre et l’on voit par là la mainmise de la gauche sur le domaine culturel, c’était juste une parenthèse.

Bref, et Newt Gingrich livre une explication très convaincante, qui sert de fil rouge au documentaire : dans le chaos des années 70, envahit par les idées soixante-huitardes, Star Wars a restauré une vérité essentielle : il y a le bien et le mal. Et le documentaire de montrer comment la série s’appuie sur des archétypes mythologiques que l’on retrouve dans l’histoire de l’Occident. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard car le réalisateur George Lucas a lu, rencontré et déclaré s’être inspiré de Joseph Campbell (1904-1987), célèbre écrivain, universitaire et spécialiste de la mythologie comparée.

Le documentaire s’attache à montrer les correspondances que l’on peut trouver entre la saga Star Wars et les grands mythes. Citons-en quelques uns, en commençant par "la Force" bien sûr, qui est suffisamment générale pour que toutes les religions s'y retrouvent, qui montre qu’il y a quelque chose qui nous dépasse et nous guide, qui donne un sens à l'univers, même si on est ici dans une approche panthéiste et non pas dans un système monothéiste. Luke Skywalker c’est l’odyssée du héros évidemment, mais qui comme Ulysse ou Moïse, n'a pas envie de faire ce qu'il a à faire, et hésite au début. Il a besoin de mentors (maître Yoda, Obi-Wan Kenobi, Qui-Gon Jinn) et, hormis le premier, ceux-ci disparaîtront car tel est leur destin. Luke passe des épreuves comme Hercule, la dernière consistant à affronter son père, Dark Vador (un thème biblique, les fautes des pères passant aux fils). Les deux robots R2-D2 et C-3PO sont le gros et le mince (Laurel et Hardy), une respiration comique, qui joue le rôle du chœur antique qui commente l'action. Et le sabre laser ? Excalibur bien sûr.

Gingrich encore : les Jedi sont les jésuites de l'univers, ceux qui disent le bien et le mal. Bien vu, et leur disparition entraîne la victoire de l’Empire (du mal). Les épisodes I-III (tournés après la trilogie initiale qui est désormais numérotée de IV à VI) montrent cette chute des Jedi et de la démocratie. C’est le Jedi Anakin Skywalker (futur Dark Vador) qui permet cette catastrophe : après la mort de sa mère et la peur de perdre sa femme Padmé, il est envahit par la colère (comme Achille) et celle-ci engendre la haine, il bascule alors du côté obscur de la Force en signant un pacte faustien avec le sénateur Palpatine. Comme Lucifer, c’est un ange déchu.

Revenons à l’exposition, que faut-il en penser ? On y voit des costumes, des maquettes, des dessins préparatoires, tout cela est très intéressant, mais le parcours est surtout encombré de bornes interactives sensées révéler de quels personnages de la saga vous êtes le plus proche, le tout à base de tests de personnalité simplistes. Aucun intérêt. On aurait par contre aimé en savoir plus sur l’histoire de la saga, les sources, les à-côtés, les anecdotes, etc. Les curieux, passez votre chemin. Et puis surtout c’est trop court, on parcourt les salles en vingt minutes. Seuls les aficionados s’y rendront, les autres pourront revoir les DVD, et surtout attendre le premier volet de la nouvelle trilogie, l’épisode VII, dont la sortie est annoncée le 18 décembre 2015 !

Pratique  : exposition visible du 15 février au 30 juin. Plus d'info sur starwarsidentites.com.

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