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Stanilas de Bentzmann, président de CroissancePlus
Stanilas de Bentzmann, président de CroissancePlus
©CroissancePlus

L'interview Atlantico Business

Assises de la fiscalité : au delà de la palabre, ce que le gouvernement devrait concrètement changer à sa politique pour débloquer l'économie

Les assises de la fiscalité, sous l’égide de Jean-Marc Ayrault, continuent sous forme de groupes de travail. Stanislas de Bentzmann, PDG de Devoteam et président de CroissancePlus, regrette la portée politique de ces assises au détriment de solutions économiques pragmatiques.

Stanislas de Bentzman

Stanislas de Bentzman

Stanislas de Bentzmann est cofondateur et coprésident du directoire du Groupe Devoteam. Depuis 2013, il est également président de CroissancePlus. Diplômé de l'INSEEC en 1987, il étudie le Marketing et l’Informatique à l’université de San José dans la Silicon Valley. En 1990, il rejoint la société Randstad et fin 1995, Stanislas et son frère Godefroy créent Devoteam. Agissant dans le conseil en technologies de l’information et de la communication 

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Atlantico Business : Le Premier ministre a lancé les Assises de la fiscalité des entreprises. Qu’attendez-vous ?

Stanislas de Bentzmann : Nous n'avons pas un espoir immense, on a bien compris que ces assises étaient surtout de la politique. On essaie de se dire que peut-être le Premier ministre et son gouvernement auront à cœur que ces réunions ne soient pas totalement inutiles. Nous verrons bien comment les groupes de travail se déroulent et s'il y a une réelle volonté du gouvernement de faire avancer les choses ou s'ils bloquent tout. CroissancePlus va s'impliquer et faire des propositions car la politique fiscale de ce gouvernement a complètement bloqué l'économie. C'est une déflagration depuis septembre 2012. Cependant, je crois qu'ils ont conscience que la situation est difficile et ils commencent, enfin, à s'apercevoir que s'ils veulent revenir à une situation de l'emploi moins dégradée avant la fin du quinquennat, ça passe par un redémarrage de l'activité économique. 

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Quelles sont les propositions qui vont être formulées par CroissancePlus ?

Dans la continuation de ce qu'avait dit le président de la République, on espère une baisse des charges sur le travail et on la demandera. Il me semble aussi qu'il faut particulièrement regarder la fiscalité. Nous voudrions mettre sur la table toute les taxes qui viennent toucher le chiffre d'affaire, celles qui n'ont rien à voir avec le profit de l'entreprise et qui sont juste un moyen de taxer plus. Nous voulons inviter le gouvernement à supprimer ces taxes-là car il n'y a rien de plus dangereux pour une entreprise que d'être taxée dans une situation où elle ne gagne pas d'argent, c'est un défaut majeur de la fiscalité française. Là-dessus, nous voulons pousser le gouvernement dans ses retranchements.

Il sera également beaucoup question du Pacte de responsabilité et de ses contreparties. Est-ce quelque chose que vous défendez ?

Cette histoire de contrepartie est une absurdité. Ce n'est pas de l'économie, c'est de la politique ! Surtout, cette idée de contrepartie met dans la tête des Français que l'on fait un cadeau aux entreprises. A un moment ou à un autre, les citoyens vont aussi réclamer leur cadeau. Avec ou sans contrepartie, la baisse des charges est absolument indispensable. Nous avons des augmentations permanentes de charges depuis 10 ans, on en voit bien l'impact au niveau de l'emploi. Cette politique a bloqué les entreprises, on les paupérise et on s'étonne qu'elles n'embauchent pas et qu'elles n'investissent pas. Je pense plutôt qu'il faut expliquer aux Français, une bonne fois pour toute, qu'on a besoin d'une vraie politique économique plutôt que de faire les choses en cachette. Nous ce que nous voulons, ce sont simplement des entreprises qui marchent, qui créent des emplois. Nous ne sommes pas partisans des petits jeux politiciens.

Certains économistes estiment qu'une baisse des charges sera sans effet. Selon eux, la réponse passe par le levier monétaire et une harmonisation européenne. Êtes-vous d'accord ?

Non, nous ne défendons pas tout cela. C'est simple de voir que tous les pays d'Europe du Nord, avec ou sans l'euro, sont bien gérés, qu’ils n'ont pas de problèmes de coût du travail et ont un taux de chômage de 4% à 5% en moyenne. Et puis, vous avez les pays d'Europe du Sud, qui plaident pour un euro faible, qui eux sont surendettés et ont des taux de chômage qui explosent. C'est vraiment vouloir le résultat sans faire le boulot. Ce n'est pas en dévaluant l'euro que l'on va faire repartir notre industrie. A part faire exploser nos coûts d'importation, c'est tout ce que cela aura comme effet à court terme. Faire croire que l'on reviendra dans la course sans faire des efforts d'équilibre budgétaire, c'est une illusion.

A l'instar de pays comme l'Allemagne, défendez-vous un statut fiscal spécifique pour les entreprises dites "de croissance" ?

Nous pensons, chez CroissancePlus, qu'il faut arrêter de ne penser qu'aux entreprises en difficulté. On l'a bien vu pendant les accords compétitivité emploi : tout le monde s'est félicité, et on a complètement laissé de côté les entreprises de croissance. Il n'a été question que des canards boiteux. C'est certain que l’on n’a pas du tout intégré cela en France. Le gouvernement n'a pas encore saisi le concept de Schumpeter de la destruction créatrice. Et pour cause, ce discours passe moins bien à la télévision. Du coup, personne ne réfléchit où l'on peut stimuler la création de richesse des start-up, des mécanismes qui permettent de favoriser l'investissement. Aujourd'hui, pour attirer des talents dans son entreprise, une start-up n'a ni la crédibilité, ni l'argent. Elle ne peut rien faire sauf à utiliser les outils de partage de la valeur comme les stocks options qui ont été tués par les politiques.

On a beaucoup reproché à Arnaud Montebourg, justement, de s'occuper un peu trop des "canards boiteux" c'est votre avis ?

Quand il n'insulte pas la famille Peugeot ou quand il ne veut pas nationaliser Arcelor Mittal pour le faire plier, le ministre du Redressement Productif, c'est beaucoup de gesticulation. Il fait des dégâts. Ce sont des choses qui font beaucoup de mal à la France. On voit bien que les investisseurs ne considèrent plus la France comme une terre d'accueil des investissements.

Quelles orientations pour CroissancePlus en 2014 ?

En 2013, nous avions décidé que le grand combat serait celui des marges des entreprises. Aujourd'hui même le Président de la République en parle. On se dit que ce thème-là a été entendu et que l'on y a contribué. Maintenant, nous allons porter nos efforts sur le marché du travail. Il faut absolument le flexibiliser. Nous allons, également proposer la fusion des instances des représentants du personnel qui sont ubuesques. Entre le CE, le CHSCT, les représentants du personnel... vous avez une multitude de structures qui coûtent de l'argent et du temps à l'entreprise. Nous voulons dire, regardons les choses qui marchent, sans idéologie, avec du bon sens. A-t-on vraiment besoin de représentant du personnel dès 10 salariés ? Ces histoires de seuils, c'est totalement aberrant. Entre 49 et 50 salariés, vous avez 150 obligations juridiques supplémentaires qui apparaissent, nous les avons compté. Je pense que l'on peut faire plus efficace.

Propos recueillis par Julien Gagliardi

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