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Le Palais de l'Elysée.
Le Palais de l'Elysée.
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Bonnes feuilles

Spectacles de danses, échanges de cadeaux à 2 000 euros, la diplomatie n'a pas de prix

Spécialiste de l'Asie, Jean-Marie Cambacérès a accompagné plusieurs présidents français dans leur déplacements officiels à travers le monde. De l'évolution du protocole jusqu'aux aux anecdotes insoupçonnées, son expérience est riche en enseignements. Extrait de "Dans les coulisses des voyages présidentiels" aux éditions du Cherche Midi (2/2).

Jean-Marie Cambacérès

Jean-Marie Cambacérès

Jean-Marie Cambacérès est un homme d'affaires et homme politique français spécialiste de l'Asie. Il a exercé des responsabilités dans plusieurs ministères depuis la présidence de Georges Pompidou jusqu'à aujourd'hui. Il a notamment publié Sihanouk, le roi insubmersible en 2013.

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Le dîner d’État

Toute la délégation officielle en fera partie, à laquelle se joindra un nombre au moins équivalent, mais souvent plus important, d’invités du pays hôte. Ce sont donc des dîners de plusieurs centaines de personnes. Chaque invité a sa place indiquée par un carton à son nom, soit autour d’une immense table rectangulaire, soit une table en U, soit, comme en Chine, plusieurs tables rondes disposées autour d’une table d’honneur ronde aussi mais plus grande que les autres. À la table d’honneur se retrouvent les deux présidents, côte à côte ou face à face, et leurs épouses, les ministres et les deux ambassadeurs et quelques personnalités de la délégation et du pays d’accueil que chacun des deux présidents veut particulièrement honorer.

Les conseillers des deux présidents, les invités des deux présidents, les hommes d’affaires et autres personnalités présentes sont affectés par le protocole en fonction d’un ordre censé avoir sa logique. À Pékin, dans la salle de banquet majestueuse du palais du Peuple, pour le dîner d’État du 24 avril 2013, je me suis ainsi retrouvé à côté de François-Henri Pinault, et à Shanghai, le 25 avril, à côté du général Benoît Puga.

Quand il y a une seule grande table, les deux chefs d’État sont face à face. Quand il y a une table en U, ils sont côte à côte, mais personne ne se trouve en face d’eux. Quand il y a plusieurs grandes tables rondes, ils sont aussi côte à côte.

Le dîner proprement dit ne commence qu’après les discours des deux présidents et les toasts de bienvenue. En fin de dîner, un spectacle de danse, chants et musique est en général donné, le pays hôte faisant interpréter par des artistes locaux des morceaux du répertoire du pays invité connu au plan mondial. Pour la France, il y a donc de fortes chances d’entendre une chanson d’Édith Piaf, d’Yves Montand ou de Mireille Mathieu dans le pays hôte.

Dans le passé, il y avait un dîner d’État en retour avec la vaisselle de l’Élysée aux armoiries de la République transportée dans un autre avion et une soirée à l’Opéra, mais ces traditions ont disparu, pour des raisons budgétaires, mais aussi parce que les visites étaient plus formelles et duraient plus longtemps. Le général de Gaulle était resté trois semaines en Amérique latine, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing une semaine en Chine. Le dernier à avoir, utilisé la vaisselle de l’Élysée à l’étranger a été Jacques Chirac lors d’un voyage en Grande-Bretagne où un dîner en retour avait été offert à la reine d’Angleterre Élisabeth II. La République se devait de montrer aux Windsor qu’elle "avait encore les moyens".

L’échange des cadeaux et des décorations

Le Manuel à l’usage de l’agent du Protocole édité en 1997 précise qu’en France les cadeaux entre les chefs d’État sont échangés après le premier entretien. Ils doivent être présentés ouverts et sont remballés par la suite. Il en est souvent de même dans les autres pays, sauf s’il est décidé que ce soit à une autre occasion, après accord entre les deux protocoles.

Il est de tradition en effet que les chefs d’État échangent des cadeaux lors de leurs rencontres diplomatiques. En général, ces cadeaux sont des créations d’artistes renommés, des objets ayant des valeurs symboliques pour les relations entre les deux pays ou encore des objets reflétant le génie artistique traditionnel de l’un ou l’autre pays.

Pour une visite d’État, le budget "cadeaux" peut aller jusqu’à 1 500 ou 2 000 euros pour le chef d’État mais, pour une visite de travail, le barème se situe plutôt autour de 300 ou 400 euros. Lors des déplacements officiels, un agent de l’Élysée est chargé de transporter les cadeaux. Une voiture est réservée à cet usage. Avant, c’était le protocole qui était chargé des cadeaux mais, depuis Nicolas Sarkozy, ce sont les services du chef de cabinet de l’Élysée qui en ont la charge.

"Dans les coulisses des voyages présidentiels" de Jean-Marie Cambacérès aux Editions du Cherche-Midi.

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