Soutien au crédit des TPE : ces autres mesures qui pourraient décupler l’action de la Banque de France | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Soutien au crédit des TPE : ces autres mesures qui pourraient décupler l’action de la Banque de France
©

Mesurettes

Soutien au crédit des TPE : ces autres mesures qui pourraient décupler l’action de la Banque de France

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a proposé, vendredi 15 janvier, un certain nombre de mesures pour mieux aider les TPE à anticiper leurs éventuelles difficultés en amont et obtenir plus facilement l’accès au crédit. Mais les solutions présentées ne sont pas encore à la hauteur de la dégradation économique de ces micro-entreprises qui ont connu en novembre dernier une suppression record d’emplois surtout dans le secteur de l’hôtellerie et les services aux particuliers particulièrement sinistré.

Marc Touati

Marc Touati

Marc Touati est économiste et président fondateur du cabinet ACDEFI (aux commandes de l'économie et de la finance). Il s'agit du premier cabinet de conseil économique et financier indépendant au service des entreprises et des professionnels.

Il a lancé en avril 2013 la pétition en ligne Sauvez La France.com pour diminuer "les impôts", les "dépenses publiques superflues" et "retrouver le chemin de la croissance" afin de "sortir par le haut de cette crise".

Il est également l'auteur de Quand la zone euro explosera, paru en mars 2012 aux Editions du Moment. Son dernier livre est Le dictionnaire terrifiant de la dette (Editions du moment, mars 2013).
 

 

Voir la bio »
Hervé Lambel

Hervé Lambel

Hervé Lambel est candidat à la présidence du Medef et co-fondateur du CERF (Créateurs d'emplois et de richesse en France).

D’une lignée d’entrepreneurs, il est diplômé de l’EPSCI (Essec). Il entre en 2000 à la CGPME, puis fonde en 2003 le CERF, dont il devient Président et porte-parole en 2004. Il fait notamment partie des premiers lanceurs d'alerte sur la crise économique et les problèmes de trésorerie des entreprises. Il est également le créateur d’HLDC, société de service et d’investissement.

Voir la bio »

Atlantico: Aux antipodes des multinationales, les TPE constituent avec les PME le coeur du tissu économique du pays. Pourtant comment expliquer qu’elles n’en finissent pas d’accumuler des difficultés ? 

Hervé Lambel : Ces difficultés se traduisent par un niveau de défaillances très importantes puisque la France est l’un des rares pays de l’OCDE et de la zone euro dont le niveau de défaillance est parvenu à celui de la reprise. Les causes sont conjuguées. Il y a bien sûr les charges qui pèsent sur les entreprises à travers le coût du travail mais également le niveau de prélèvement obligatoire et globale qui finance la sphère publique, que cela soit l’Etat et la solidarité. Tant qu’on fait peser ces charges sur les entreprises, il ne faut pas s’étonner qu’elles soient en difficulté. En parallèle, le secteur bancaire a profondément muté depuis les années 80 et ajoute des difficultés sur le financement des entreprises. Les prélèvements fiscaux et sociaux obligatoires, les frais bancaires qui concernent l’accès au crédit et à son financement, représentent une attaque en règle contre la trésorerie des TPE. Auquel vient s’ajouter une autre attaque : celui des défauts de paiement qui fait qu’un certain nombre de grands donneurs d’ordre aux entreprises en position de force par rapport aux entreprises plus petites rallongent des délais de paiement pour se faire de la trésorerie. Il faut bien comprendre que l’oxygène des PME et des TPE aujourd’hui c’est la trésorerie. 

Marc Touati : Si les grandes multinationales françaises peuvent s’en sortir grâce à leur rayonnement international, les TPE et PME françaises pâtissent des faiblesses structurelles de l’économie nationale. En l’occurrence et de manière non exhaustive : une pression fiscale trop forte, un coût du travail trop élevé (notamment en termes de charges), un marché de l’emploi trop rigide et pour couronner le tout, une croissance économique extrêmement faible (seulement 0,3 % par an en moyenne depuis 2008).

La mobilisation de la Banque de France est-elle une bonne nouvelle pour les TPE? Un « correspondant TPE », un outils d’analyse et de simulation en ligne, une diminution des délais de paiement, toutes ces mesures permettront-elles de redonner de l’oxygène pour ces micro-entreprises? 

Hervé Lambel : Cela fait des années qu’on travaille sur les délais de paiements. On voit aujourd’hui qu’on arrive pas à obtenir les résultats escomptés. Le délais de paiement est un problème inter-entreprise sur lequel l’Etat peut agir en reformant la TVA inter-entreprise. Il s’agit non pas de changer l’assiette de la TVA ni son taux mais de modifier simplement le mode de collecte. Ainsi, cette libération de la TVA-inter-entreprise permettrait de rendre 20 milliards de trésorerie aux entreprises. Alors je veux bien que la Banque de France et l’Etat disent aux entreprises d’améliorer leur process pour que fonctionner mieux, mais le premier à ne pas maitriser ses délais de paiement et à ponctionner les trésoreries des entreprises par la non maitrise de ses dépenses publiques c’est l’Etat, et en plus il se finance en matière de trésorier à travers la TVA inter-entreprises à la hauteur de 5 milliards. Alors, arrêtons de tourner autour du pot et que l’on vienne nous dire sérieusement les mesures à prendre.

Marc Touati : A l’image du Cice, du pacte de responsabilité ou encore de la loi Macron, les propositions de la Banque de France (à compter qu’elles soient vraiment mises en place) vont certes dans le bon sens, mais sont loin de pouvoir soutenir significativement et durablement les TPE et PME françaises. Il s’agit de mesurettes cosmétiques simplement destinées à se donner bonne conscience et à faire du marketing, mais qui sont loin de pouvoir casser les faiblesses évoquées plus haut. Elles constituent une sorte de « doliprane », alors que, vu son état de santé déplorable, l’économie française a besoin d’une thérapie de choc pour sortir de sa langueur, qui dure depuis trop longtemps.

Quelles seraient les autres mesures d'urgence pour les TPE ? 

Hervé Lambel : Il faut donner un signal fort. Les annonces sont importantes mais il faut que les preuves suivent. Et là ça se complique. Comment l’Etat peut-il intervenir sur les délais de paiements qui se règlent entre les entreprises? Comment peut-il donc faire pour que de son action découle des effets? Son impuissance est flagrante. Mais il peut mettre en place un système de contrôle et de répression qui va creuser les dépenses publiques, pour voir si derrière la situation va s’améliorer. Mes propositions sont simples : il faut supprimer la TVA inter-entreprises et mettre une taxe sur la consommation et vous verrez que les entreprises récupéreront 20 milliards de trésorerie dans les trois à six mois. La deuxième mesure à prendre concerne la maitrise et la réduction drastique des dépenses publiques et ainsi l’Etat n’aura plus besoin de prélever autant sur les entreprises. Il y a bien sûr la négociation dans l’entreprise où il faut laisser libre les acteurs principaux négocier entre eux, ce qui implique de reformer en profondeur le dialogue social et salarié. Et de cette façon, toutes les énergies se libéreront et le gouvernement pourra donner ainsi un signal fort.

Marc Touati : Les mesures sont à la fois simples et ont déjà fait leur preuve dans de nombreux pays à travers la planète et notamment en Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Portugal). Je les ai notamment explicitées dans mon dernier livre « Guérir la France La thérapie de choc » (Editions du moment). En voici les principales : 1. baisser la pression fiscale pour tous : les entreprises et les ménages (n’oublions pas que de nombreuses TPE sont unipersonnelles) de façon claire : par exemple réduire le taux de l’impôt sur les sociétés et la CSG. 2. Réduire le coût du travail (et notamment les charges qui pèsent sur les salaires). 3. Fluidifier le marché de l’emploi. 4. Faciliter le financement des entreprises en assouplissant les règles prudentielles qui pèsent sur les banques et en facilitant la création de fonds d’investissement.

Les mesures du plan d’urgence pour l’emploi annoncées par François Hollande lundi matin sont axées sur la formation, l’apprentissage et la prime à l’embauche pour les PME vous semblent être à la hauteur de la crise? 

Hervé Lambel :  François Hollande a fait ses annonces aux partenaires sociaux. La tendance depuis 40 ans c’est la désertion des syndicats par les salariés et les chef d’entreprise qui ont l’impression de ne pas être représentés et entendus. Mais le gouvernement continue de discuter avec les syndicats censés représenter ceux qui s’en détournent. Depuis la mise en place obligatoire des 35h en janvier 2002, on assiste à une hausse constante des défauts d’entreprises sauf en 2005 et en 2007 mais aucun patron de syndicats n’a mis sur le tapis le problème des défaillances.

Marc Touati : Ne soyons pas dupes : le principal objectif de ce énième plan pour l’emploi est de créer 500 000 postes de « stagiaires en formation » de manière à pouvoir faire passer les chômeurs de la catégorie A à la catégorie D. Mais, ne nous leurrons pas : le nombre de chômeurs toutes catégories, qui s’approche déjà des 6,5 millions de personnes, continuera d’augmenter. Et le tout pour la bagatelle de 2 milliards d’euros. Si, à la rigueur, cela permettait vraiment d’améliorer l’employabilité des travailleurs sans qualification, pourquoi pas ? Mais malheureusement, nous en resteront loin. De plus, ne l’oublions pas, la croissance ne sera pas de 1,5 % comme annoncé par le gouvernement, mais de 0,7 %. Je suis donc au regret d’annoncer que 2016 sera bien une année difficile et que les mesures annoncées par la BdF et par François Hollande resteront des soins palliatifs incapables de soigner notre « douce France » de ses maux économiques profonds.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !