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80% des Français ne veulent pas du FN (mais ce n’est pas Libé qui le dit)
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Zone franche

80% des Français ne veulent pas du FN (mais ce n’est pas Libé qui le dit)

Les sondages d’opinion et leur interprétation, c’est souvent du grand n’importe quoi mais, parfois, c’est bien pire.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je ne suis pas spécialement obnubilé par les « unes » de Libé, mais il faut avouer qu’elles font davantage jaser que les couvertures du Nouvel Obs ou du Pointsur les francs-maçons, le mal de dos et le prix du mètre carré parisien

Ainsi, quelques jours après la transformation de sa vitrine en tract hollandais, le quotidien sartrio-bourdieusien décide d’ouvrir sur un énorme « 30% » ― soit le nombre de Français susceptibles de voter Le Pen à la présidentielle. Brrr… Ça fait froid dans le dos. D’ici à ce que nous nous retrouvions au ban des nations civilisées avec la bande à Viktor Orban, il n’y plus qu’un tout petit pas.

Mais le kiosquier et moi, ça nous a un peu intrigués, cette histoire de Gaulois lepénistes à un tiers bien tassé. D’accord, le souveraino-altermondialisme également promu par le Front de gauche et le NPA a tendance à faire son chemin dans l’opinion (et le fait que les capacités cognitives régressent dès 45 ans y est sans doute pour beaucoup dans ce pays vieillissant), mais 30% d’électeurs virtuels pour un parti d’extrême droite fondé par un obsédé de la pureté nationale et dont l’œil pour le détail est légendaire, ça reste improbable...

D’ailleurs, dès la « une » franchie, les pendules sont gentiment remises à l’heure : non, ce ne sont pas 30% d’électeurs qui assurent être d’accord pour que Marine entre à l'Élysée (ni même 30% des 2 000 personnes sélectionnées selon la célèbre « méthode des quotas » et contactées par téléphone), mais un désormais assez classique 18% (dont 8% de « certainement » et 10% de « probablement »).

Et comment on arrive à 30%, alors ? Ben c’est fastoche : on enrôle les 12% de répondants « Non, probablement pas » dans la cohorte de ceux qui « n’excluent pas de voter pour Le Pen à la présidentielle » et le tour est joué. Ça vous apprendra à ne pas être suffisamment catégorique quand un sondeur vous appelle alors que vous êtes en train de passer l’aspirateur ou de faire la vaisselle !

Un journal plus adepte de la bonne nouvelle aurait sans doute titré sur ces 80% qui n’ont aucune envie de mettre un bulletin FN dans l’urne (soit les 12% de « non, probablement pas » et les 68% de « non, certainement pas ») mais manifestement, ce n’est pas le genre de la maison.

Notez que jouer à se faire peur avec le ventre de la bête et sa fécondité permanente, ça passe parfois pour une bonne idée. Mais ça peut aussi devenir le meilleur moyen de banaliser le vote Le Pen et d’en faire une option acceptable :

«  Quoi, 30% de Français n’ont plus de problème avec les Gollnisch, les Durafour-Crématoire et autres leveurs de bras droit-main tendue ? Ah ben je vais me laisser tenter alors, puisque c’est encore plus mainstream qu'Intouchables au cinéma  »…

Membre du dernier carré d’archéos à souhaiter que l’on rediabolise le FN au lieu de prétendre qu’il existe vraiment quelque chose de sérieux à analyser dans son programme, j’ai forcément du mal avec ce genre d’initiative. Donc, non, qu’on se le dise (et qu’on se rassure), Marine Le Pen n’est pas à 30% d’intentions de vote et les défenses immunitaires continuent de faire leur boulot.

Et puis ça, vous l'aurez au moins lu ici.

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