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Les entrepreneurs parlent aux Français

Snowden, Macron, Heetch et les autres : des petits mots qui mènent aux grands maux. Récit de la semaine du 5 décembre

La place réservée à la réflexion est proportionnelle à la vitesse de disparition de cette "diarrhée des rotatives", aussi numériques soient-elles. Ces infos brassent de l’air bien plus que des mots et surtout des idées.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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Chaque semaine nous offre son lot d’informations. De nouvelles informations qui chassent les anciennes, aussi sûrement que si elles n’avaient pas même existé. Surprenant, ce contenu "kleenex", qui est jeté et oublié le lendemain du jour où il paraissait révéler la plus étonnante et essentielle vérité jamais révélée au monde. Bal pathétique d’une planète qui confond profusion et profondeur, rapidité et précipitation, contenu et contenant, quantité et qualité, épaisseur et empilement. La place réservée à la réflexion est proportionnelle à la vitesse de disparition de cette "diarrhée des rotatives", aussi numériques soient-elles. Ces infos brassent de l’air bien plus que des mots et surtout des idées.

C’est donc une semaine normale sous le soleil du court terme, qui définit si bien ce siècle qui ne pense plus mais se positionne, n’agit plus mais réagit, éventuellement. Nous allons donc cette semaine encore, tenter d’ajouter des astérisques aux mots clés et de vous proposer d’y réfléchir. Vous verrez cela fait un peu mal au début, comme un muscle qu’un nouveau sportif réveille après l’avoir délaissé. Mais une fois cette douleur passée, on se sent mieux. Bien mieux. Nos neurones, encore à l’abri de l’intelligence artificielle, sont bien réels encore, et ne demandent qu’à servir.

Snowden en novembre, noël en décembre ! Edward a encore frappé, et étant donné son asile Russe, on peut penser que son café y est frappé, lui aussi. Ce qui lui permet, avec ses copains, les pirates de l’information, de se livrer à la chasse nocturne à l’info à sensation, à la révélation, pour un public déjà lassé pourtant, afin de nous éclairer sur ce monde obscur du renseignement, dont il aimerait tant nous faire réaliser à quel point nous vivrions mieux, si tout était transparent comme le verre de ses lunettes.

Il faut lui accorder, qu’il doit s’ennuyer lourdement, notre ex petit "espion", passé chez les bolchéviques, dans l’empire du mal, là où Poutine patine et rebâtit des murs, sous forme d’églises orthodoxes, pour solidifier d’un message évangélique, pour sa conquête et la reconstruction d’une grande Russie. Forte et résistante, expansionniste et dominatrice.

Nous remarquerons d’abord que Snowden, pratique une chasse sélective. La Russie doit être extraordinairement à l’abri de tout reproche et doit avoir licencié, pour suivre la méthode Fillon certainement, tous ses fonctionnaires affectés au Renseignement ? En effet, pas un mot sur les méthodes de ce beau pays, qui semble, si l’on s’en tient au silence "Snowdenien" sur le sujet, paré du manteau blanc neigeux qui sied à la virginité du nouveau né. Mais c’est certainement du mauvais esprit. Cuba est une démocratie et la Russie n’espionne plus, surtout depuis que Snowden y réside. Cela doit avoir un rapport.

On apprend grâce à ses révélations que les espions… espionnent ! Dingue non ? Que ferions nous sans Snowden ? Nous qui pensions que les espions n’étaient là que pour fournir un décor aux films de James Bond. Ils tenteraient même d’écouter nos conversations dans les avions d’Air France. Les malheureux ! Il aurait peut être fallu les avertir qu’Air France qui a déjà bien du mal à réparer ses chemises arrachées, et autant de mal à assurer des avions qui arrivent à l’heure pour un service de plus en plus chiche, n’a jamais offert le wifi dans ses avions et encore moins l’option conversation téléphonique. C’est bête. Si on leur avait dit cela aux américains, ils auraient réalisé des économies et se seraient focalisés sur Lufthansa ou Qatar Airways. La première a en effet pensé que le wifi pouvait être utile dans une économie digitale. Et espionner les vols au départ d’Etats qui versent souvent une petite contribution aux terroristes, auraient été bien plus payant. Snowden devrait donc peut être conseiller ses anciens employeurs sur les bonnes cibles, non ?

Bref, comme on apprend rien, c’est donc un événement majeur. Cette info-réalité est à l’éclairage du public, ce que Loft Story est au siècle des lumières. Chaque trimestre il nous rappelle que le monde n’est pas fait par et pour les enfants de cœur, que l’espionnage existe et que les américains, comme tous les autres, font le travail pour lequel ils sont payés. C’est la guerre politique et économique, qui existe depuis que l’homme existe. Gageons, que malgré la détresse de ses révélations, elles feront encore sensation lors du prochain épisode de « Martine » aux pays des espions. La véritable révélation, c’est que Snowden doit vraiment s’ennuyer en Russie. Le monde est complexe et livrer ces informations à un citoyen peu équipé pour en comprendre les ramifications est aussi utile que de donner une fusée bourrée de technologie à chaque habitant de la planète. Il ne pourra s’en servir.

Macron, le SpaceX de la politique est en vol. Bien entendu, les gestes de fin discours trahissent que l’ENA n’est pas encore l’Actor Studio. Un petit côté Baudelairien, avec des bras trop longs qui l’empêcheraient de voler. Mais globalement, c’est un bon début. Pour un type que personne ne connaissait, dans le grand public, il y a 2 ans, c’est quand même pas mal. Il renouvelle le genre, indéniablement.

Le côté sur le « faire ensemble », peut être puisé dans mon livre que je lui avait fait remettre (ca fait du bien à mon égo, merci de ne pas m’en vouloir), l’insistance sur une place pour chacun (également la clé de mon livre et des travaux de l’observatoire de l’Ubérisation) dans un avenir que l’on décrit enfin un peu, plutôt que de se focaliser uniquement sur les bobos du passé, fait chaud au cœur. Comment, en effet, penser entraîner un peuple vers l’avant, la réforme, le changement, sans offrir une vision de l’avenir et la place que chaque français pourrait y trouver. Une nation ne se retrouve que dans un destin possible et ne tire sa force collective que du bonheur individuel. Tant que l’homme ne sera pas l’enjeu et l’étalon mesure d’un programme politique, alors les populistes auront un avenir radieux devant eux. En ce sens, l’arrivée de Macron sur la scène politique, fait du bien aussi.

Côté démonstration de force, le timing est excellent. Réunir 15000 personnes quand les réunions socialistes ne parviennent même pas à remplir la scène faute de leaders présents, c’est impressionnant. La fin d’un monde certainement. Il va donc être intéressant de voir comment l’ex candidat de gauche préféré des électeurs de droite (Manuelito devenu Terminator), va se positionner devant le faux adhérent de gauche favori des entrepreneurs, des personnes âgées et des plus jeunes (Macronito).

Les esprits chagrins diront qu’on ne sait rien de sa politique internationale, sa vision de l’Europe, sa pensée face aux affrontements religieux à l’œuvre. Mais il a compris que nos électeurs exaspérés des politiques traditionnels, de leurs discours creux, des fausses promesses, toujours faites et jamais tenues, d’un changement qui ramène étrangement toujours les mêmes problèmes et d’une quête permanente de l’immobilisme,  que l’avenir portait un nom, et ce nom c’est l’emploi.

Sans emploi pas d’avenir. Sans avenir pas de mobilisation, seulement de la contestation, avant une possible révolution, à moins de 10 années, si rien n’est fait pour le garantir. Aucun président ne sera élu sur sa position face au conflit Syrien, sa vision de la Corée du nord ou d’un débat éternel sur une Europe fédérale ou des valeurs républicaines, ces mots vides de sens et de conséquences directes pour la plupart des citoyens des pays occidentaux, dont la seule préoccupation est leur maintien dans la course à l’avenir ou le déclassement.

HEETCH, un taxi pour Frène ou Fleury Meregis. Créer une entreprise en France peut être puni d’une peine correctionnelle. Tenter d’imposer un modèle vertueux qui permette à un acteur français de gagner la bataille de la mondialisation numérique est passible de condamnation pénale. C’est ce qu’il faut retenir de l’audience de vendredi dernier à Paris. Car, oui, en France, à une époque où l’on recherche désespérément des entreprises créatrices d’emplois, qui pourraient devenir Européennes et nous donner une longueur d’avance sur certains modèles économiques, eh bien en France, mes amis, ces animaux là finissent « en prison ».

Il est aussi grave de créer ce type d’entreprise que de frauder le fisc ou de détrousser un touriste, de blesser, voler ou harceler. C’est dire à quel point la magistrature, avec l’aide complaisante d’un pouvoir muet, aime l’entreprise et les entrepreneurs. Il suffit d’ailleurs d’écouter le réquisitoire du parquet, pour voir qu’il était ciré de telle façon à faire glisser nos amis entrepreneurs, vers la prison la plus proche. Il recommande une interdiction de 2 années de gestion de toute entreprise (A l’heure où Balkany siège toujours à l’assemblée, dirige la commune qu’il pille depuis 30 ans, et que Thévenoud siège toujours à l’assemblée) et une amende salée. Et les mots ! Les mots utilisés par les magistrats et le parquet nous rappellent que cette corporation est bien celle qui placarde les gens de droite sur les murs de ses locaux syndicaux, en les traitant de cible à abattre. L’entrepreneur est soupçonné de volonté de réussite. Mais un magistrat ne parle pas de réussite, il parle d’enrichissement. Donc de vol. Dans le petit guide marxiste qui sert de prisme de lecture à notre justice sous influence de drogues d’extrême gauche, un entrepreneur qui réussit, vole la société !

Il crée une richesse et paie un impôt qui permettra au magistrat d’être payé à la fin du mois pour mieux les abattre lors d’audiences dont ils se délectent comme la misère sur les pauvres gens. Un bon entrepreneur doit être enfermé pour cause de contagion sur la société. Il risquerait de faire des émules ! Et que ferions nous si les français commençaient à penser que l’entrepreneuriat est leur dernière chance de ranimer un pays moribond ? On ne peut pas laisser faire cela. En prison on vous dit !!

Le pire c’est que certains pseudo experts leur donnent raison. Un débat sur une chaîne de TV business, opposait l’autre jour un « économiste » (ces dernières années, une race en perpétuelle expansion, sans qu’on ait pu détecter ce que leur présence inflationniste ait apporté au débat économique) et 2 entrepreneurs. Le statisticien, loin de la réalité mais près de ses chiffres, un certain Jean Charles Simon, qui semblait être à l’entrepreneuriat ce que Fidel Castro était à la démocratie,  trouvait que ces « entrepreneurs » voulaient se gaver, en créant des sociétés. Les 2 entrepreneurs lui rappelèrent que ce qu’il appelait se « gaver » signifiait en fait s’enrichir, et qu’à priori, un entrepreneur avait en général pour ambition de réussir, plutôt que de finir au RSA. C’est même accessoirement la condition pour que la société s’enrichisse à son tour. Avec des « économistes » comme lui, on a évidemment pas besoin d’ennemis d’extrême gauche ! Heetch pour le moment c’est 2M de chiffre d’affaire, et perd encore de l’argent, comme toute société nouvelle. On est donc assez loin du « gavage ». Il est vrai que lorsque qu’un parcours technocratique au service de courbes plus ou moins inversées, vous assure, par copinage, l’essentiel de votre chiffre d’affaire sans l’avoir mérité, on puisse confondre les termes !

Heetch c’est simplement l’assurance que nos enfants puissent rentrer chez eux sains et saufs, la nuit, notamment le week-end, plutôt qu’en prenant le volant ou tout type de risque inconsidéré. C’est l’assurance pour quelques chauffeurs, jeunes eux aussi, de condition modeste, limités à un gain de 7000eur par an (moins que le salaire mensuel de leurs détracteurs), de pouvoir amortir un véhicule dont ils ont bien du mal à assurer l’entretien et le coût. Des jeunes suffisamment courageux pour bosser le week-end, de nuit, pour quelques euros, pour s’en sortir.

C’est contre ces gens modestes, clients comme chauffeurs, que les taxis, les VTC, la justice, et certains «économistes » s’acharnent. Plus de 1200 parties civiles, contre 2M de chiffre d’affaire ! Tant de bruit et de puissance contre si peu de chose. Un tank pour aplanir une bosse sur la chaussée. 2M de chiffre d’affaire par an, qui menacerait la profession de taxi toute entière, qui doit représenter à Paris seulement, plus de 800 millions par an !!!

Refuser le système Heetch c’est dénier aux pauvres ou aux modestes le droit de sortir de leurs banlieues le week-end et d’y rester en détention, comme condamnés à regarder à la télé, des loisirs réservés à une classe privilégiée. Refuser Heetch c’est poser la question de la sanctification de Blablacar. Quelle différence entre ces 2 systèmes ? Chez Blablacar, un chauffeur non professionnel, juste assuré pour cela, sans formation particulière peux convoyer 3 personnes sur plus de 1000km. Ce serait un héro moderne, qui donnera à la France un leadership mondial via la plateforme, qui met tout le monde en relation pour ce trajet. Côté Heetch la différence c’est…..Euh en fait je n’en trouve pas. Quelqu’un pour m’aider ? Cela semble être un chauffeur, assuré pour cela, sans formation, qui transporte une personne d’un point à un autre, pour un montant limité annuellement. Coluche utilisait une question lumineuse en demandant quand il singeait les jeux de Guy Lux : "Quelle différence entre un pigeon ?" Je suis même assez désolé, en tant qu’entrepreneur, de ne pas avoir blablacar monter au créneau pour sauver le soldat Heetch. On a parfois du mal à comprendre ce manque de solidarité entre entrepreneurs.

Je les défendrai donc. Jusqu’au bout. Non par défi d’une loi stupide qui a introduit des différences tout aussi stupides pour justifier des rentes iniques aux prix de différenciations de statut, dénuées de sens. Non par défi de la loi tout court, qui est le ciment de toute démocratie. Non contre les taxis et VTC qui méritent tout notre respect pour travailler 70H par semaine pour un salaire qui leur est volé en large partie, depuis 30ans, en toute impunité par G7 et Taxis Bleus, qui les exploitent honteusement, bien plus que Uber et consorts, ne le feront jamais (on comprend d’ailleurs assez mail qu’ils se trouvent tout à coup appauvris par Uber ! (Voir ici).

Je les défendrai uniquement parce que je suis un entrepreneur, qui respecte ceux qui veulent travailler, qui se donnent du mal, pour une utilité sociale, n’en déplaise à nos trotskistes magistrats, et économique, et qu’un entrepreneur peut être rappelé à la Loi mais jamais emmené en prison en récompense de son travail. Pour citer notre statisticien de génie, Jean Charles Simon, qui indiquait comme aiment le faire tous les technocrates avides de courbes et habitués à des politiques qui aiment faire de l’exception le prétexte pour faire une loi générale : « Certains chauffeurs créent plusieurs comptes pour s’affranchir de la limite de 7000 euros par an ».  

Rappelons aux hommes de chiffre, quelques réalités :

Même en créant plusieurs comptes, aucun homme ne pourra travailler plus de 25H par semaine de toute façons en 3 soirées. Et donc ne pourra atteindre 10% du salaire annuel de ceux qui les pointent du doigt.

Et il faut cesser de vouloir de punir 95% de conducteurs respectueux du plafond pour les 5% qui trichent. Les politiques nous font cela depuis 30 ans. Sinon mettons sous surveillance ou interdiction tous les députés au prétexte que 1% d’entre eux trichent ? Sous surveillance ou interdiction tous ceux qui profitent d’avantages et enrichissement personnel, incluant les conseillers de nos présidents et ministres, qui comme nombre d’entre eux ces derniers mois, sont allés dans le privé chercher des salaires de plus de 400 000eur annuels ou des postes à la cour des comptes comme les conseillers de Valls. Ce qui me semble une perversion bien plus grave. La Cour des Comptes qui offre une seule différence avec une maison de retraite, c’est que l’on vous paie pour y dormir. Et on vous y paie bien. Chez Heetch tout le monde bosse pour des petits salaires, alors un jour en France, il faudra retrouver le respect de ceux qui travaillent face à ceux qui s’enrichissent en dormant ou en copinant.

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