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Consommateurs de tous les pays...

Allons lentement !

La Foire de Paris qui s'achève ce week end se consacre cette année à la Slow Attitude dont le maître mot est de "prendre le temps pour consommer mieux". Mais pour le président de Slow Food France Jean Lhéritier et pionnier du courant, il s'agit d'une surtout d'une tendance dans l'air du temps, beaucoup moins construite que la philosophie qu'il défend.

Jean Lhéritier

Jean Lhéritier

Jean Lhéritier est président de Slow Food France.

Il est enseignant d’économie et d’histoire économique en classe préparatoire aux Grandes Ecoles. Depuis novembre 2003, il est membre du Conseil International de Slow Food.

 

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Quels sont les grands principes de la Slow Food ?

Promouvoir la biodiversité dans l’agriculture et l’alimentation, promouvoir l’enracinement local du système alimentaire (producteurs locaux et consommation locale) et éduquer au goût car sans la connaissance, il n’y a pas de bons choix de consommateurs. En France, on manque cruellement de cours de sensibilisation à la culture alimentaire à l’école. Nos contemporains font autant de fautes dans leur façon de consommer les aliments qu’ils en font dans leur maîtrise des modes d’expression orale ou écrite. L’école est faite pour les aider à mieux s’exprimer mais ne fait rien pour leur apprendre à mieux manger.

Pour vous, il faudrait donc qu’il y ait des cours d’alimentation au même titre que des cours d’histoire ou de maths ?

L’idée prend son chemin et il est probable que dans 10 ou 15 ans, cela sera une nécessité, quand on verra les dérives de l'industrie alimentaire, quand on n'aura plus d’agriculteurs ou quand on aura des gens atteints maladies liées à la façon dont ils se sont alimentés pendant des décennies, on se posera des questions...

Il faudrait actuellement anticiper cela de la même manière que l’on anticipe les problèmes de  dépendance mais rien n’est fait.

Qu’il s’agisse de la Slow Attitude ou de la Slow Food, pourquoi ce terme de Slow ? 

Moi, je n’ai rien à dire sur la Slow Attitude, ce n’est pas défini, c’est quelque chose dans l’air du temps, n’importe qui peut s’en saisir. Par contre pour la Slow Food, c’est clair qu’il s’agit d’un jeu de mots par rapport à Fast Food. Le Fast Food symbolisant un mode d’alimentation totalement industrialisé, standardisé, formaté, manipulé, et bien dans les années 80, nous nous sommes dits que nous allions appeler notre mouvement Slow Food afin que ce soit parlant.

Pour vous, la Foire de Paris consacrée à la Slow Attitude, c’est une bonne chose ?

Nous n’avons pas réussi à faire comprendre à la Foire de Paris que le mot “slow” ne suffisait pas. Attention, je trouve ce genre d’événement très bien mais nous aurions préféré être impliqué pour qu’il n’y ait pas simplement une espèce d'emplâtre sur une réalité, très commerciale et très puissante, mais qui utilise ce mot pour se redonner du sang neuf et éviter l’essoufflement. 

Eux s'inspirent simplement de l’air du temps, cela étant, je ne dis pas que ça n’est pas sérieux. Les organisateurs de ce type de foire essaient de leur donner une teneur en saisissant dans l’air du temps une tendance qui va devenir une problématique de la société. Mais bon, pour moi, parler de Slow Attitude, c‘est dire un mot comme ça et pas un travail sur la réalité. 

Considérez-vous que notre monde va trop vite ?

Dans le monde alimentaire, il est clair que nous pensons que l’agriculture et l’alimentation ne doivent pas être industrialisées, mais il y a d’autres sphères de la vie qui ne doivent pas être traitées comme des marchandises. Voyager intelligemment par exemple, c’est voyager en respectant les territoires, les hommes et les cultures. 

Faire du management, c’est la grand mode, j’ai vu hier des articles sur le Slow Management ou sur le Slow Travel dans des magazines de voyages. C’est vraiment quelques chose qui est en train d’être pris en considération dans la société, il y a beaucoup de domaines où l’on est en train de réfléchir à la manière d'échapper à une espèce de formatage et d'obsession d’hyperproductivisme. L'efficacité, lorsqu’elle oublie l’homme et la qualité de vie, est dangereuse dans tous les domaines. Dans l’alimentation, c’est évident. Dans d’autres domaines, il y a des explorations à faire. Je trouve très bien que l’on s'intéresse à d’autre domaines à condition qu’on le fasse de façon organisée avec des objectifs précis. Ce n’est pas la mission d’une foire mais celle d’hommes qui s’organisent entre eux. 

Ce phénomène est-il passéiste ou s’inscrit-il dans l’époque ?

Parler de passéisme, c’est s’appuyer sur une conception du progrès du 19ème siècle. Le 20ème siècle, c’est plutôt celui du retour à ce que l’homme a perdu sans s’en apercevoir. Si vous dites aux gens : c’est passéiste d’avoir mangé tous ces produits pleins de pesticides et d’insecticides et qui ont conduit à un multiplication des cancers, je crois que ça ne serait pas très crédible. Clairement, dans notre agriculture et notre alimentation, on est allés trop loin. Il n’y a rien de passéiste à dire qu’il faut manger des produits locaux. Certaines personnes soutiennent même - je ne dispose pas d'éléments pour le vérifier - que l’on est au début d’un retournement de la durée de vie. Est-ce que cela est vrai ? Dans les années qui viennent, certains prétendent qu’on va avoir un recul de l'allongement de la vie. Je crois que pour tout ce qui concerne la santé humaine, ce n’est pas passéiste de revenir à certaines réalités, comme consommer local, à certaines saisons. Je parle bien évidemment d’aliments. Nous sommes arrivés au bout du système industrialiste et productiviste. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas fini, cela veut dire que nous sommes arrivés à un extrême : il faut peut être s'arrêter, réfléchir et chercher des voies plus efficaces dans le rapport entre l’homme et son environnement. 

Il n’y a qu’à voir la presse : la  Chine est certainement le pays où les gens sont le plus éduqués aux questions environnementales parce que c’est la pays qui faisait face aux plus grands enjeux démographiques. Les Chinois se posent cette question, ils n’ont pas besoin de lire les journaux occidentaux pour se la poser.

Finalement, vous partagez la philosophie altermondialiste ?

Pour moi clairement, et pour le Slow Food en général, un autre monde alimentaire est possible. Il est vrai que nous avons choisi de nous positionner sur les questions alimentaires. Mais la particularité du Slow Food a été de dire depuis le début que pour que les hommes consomment des aliments différemment, il faut les produire différemment. Nous venons en complément, nous ne sommes ni dans le même axe que la Confédération paysanne ni en opposition, nous venons en complément la Confédération paysanne qui défend les paysans, nous en revanche, nous défendons un meilleur système alimentaire. Cela suppose entre autres, d’avoir encore des paysans, mais cela ne veut pas dire que nous soyons alliés et puis nous n’avons pas les mêmes modes d’action .

Nous sommes contraints de nous radicaliser parce qu’en face il y a les multinationales du fast food et de l’alimentaire 

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ou est-il trop tard ?

Je suis optimiste de nature. L’optimisme, c’est une position individuelle, le monde dans son ensemble, lui, peut être inquiet, mais je crois à la sagesse de l’homme. Par exemple, lorsqu’on voit que la Chine n’a pas besoin de l’Occident pour se poser des questions environnementales, on peut être optimiste mais cela ne signifie pas dire que l’homme va pouvoir surmonter les difficultés qu’il rencontre actuellement, en tout cas j’y crois.

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