Ségolène Royal contre les pesticides : la ministre de l’Environnement est-elle fâchée avec la science ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Ségolène Royal contre les pesticides : la ministre de l’Environnement est-elle fâchée avec la science ?
©Reuters

Rapports conflictuels

Ségolène Royal contre les pesticides : la ministre de l’Environnement est-elle fâchée avec la science ?

Experte en communication médiatique, la ministre de l’Environnement entretient un rapport singulier avec la science et ses applications technologiques.

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff, Ingénieur agronome, fondateur de l’AFBV (Association française de biotechnologies végétales), dernier ouvrage «OGM : la peur française de linnovation» Editions Baudelaire 2013

Voir la bio »

La ministre et la chimie 

S’agissant de la chimie, et plus précisément de la protection chimique des plantes, la ministre est partie en guerre contre les pesticides, notamment contre l’irremplaçable désherbant Roundup®, capitalisant sur une étude récente du CIRC classant  l’herbicide " cancérogène probable " !

Peu importe que cette étude aille à l’encontre de toutes les évaluations officielles internationales réalisées depuis 40 ans dont celle, plus exhaustive, de l’agence européenne, l’EFSA, intégrant l’étude du CIRC et  jugeant " improbable une menace cancérogène " du glyphosate, matière active du Roundup® .

Après avoir retiré de façon très médiatisée et précipitée les flacons de Roundup® d’une jardinerie, la ministre n’a pas hésité à déclarer sur BFM le 17 mars dernier :  " j’espère que ce sera bientôt interdit en agriculture " au risque de susciter une légitime colère des agriculteurs. Ignore-t-elle les services rendus à l’agriculture par ce désherbant, en particulier pour développer des techniques s’inscrivant dans l’agroécologie comme la gestion des couverts végétaux ou les techniques de conservation des sols favorables à la biodiversité ? Sait-elle que la toxicité aigüe du Roundup® est plus faible que celle du sel de cuisine ou de l’aspirine ? Que son profil toxicologique et écotoxicologique figure parmi les meilleurs des produits phytosanitaires ? Osera-t-elle poursuivre par l’interdiction de la viande rouge classée " cancérogène probable " par le CIRC comme le glyphosate ou de la charcuterie classée plus sévèrement encore ? Les éleveurs apprécieront !

Madame la Ministre clame haut et fort que le " Roundup est un pesticide extrêmement violent ". Peut-elle citer, sur des bases crédibles, un seul malade imputable au Roundup® en 40 années de large utilisation dans le monde ? Il est dans l’air du temps, et peu conforme à la réalité, de laisser croire que les produits de synthèse conçus par des scientifiques sont bien plus dangereux que des produits naturels.  Les preuves contraires sont apportées par la dangerosité des contaminants biologiques comme les mycotoxines ou par le scandale sanitaire des graines germées issues d’une ferme bio allemande responsable d’une trentaine de décès et d’un grand nombre de malades.

La ministre et la biologie

La chimie étant aisément associée à la pollution, une meilleure disposition de la ministre à l’égard des solutions biologiques, comme la génétique et les biotechnologies, pouvait être attendue. Et bien non ! Pour elle, les OGM sont à rejeter en bloc faisant fi de leur adoption massive dans le monde depuis 20 ans et leurs réels bénéfices agronomiques, environnementaux et sanitaires. Les agriculteurs français resteront donc privés de plantes performantes abandonnant tous leurs bénéfices aux concurrents étrangers. Au surplus, la recherche agronomique y perdra son expertise et l'industrie semencière française, pourtant dynamique, sera fragilisée par la privation d’un marché en pleine expansion.

Cette opposition dogmatique devient inquiétante quand la ministre de la République réclame " une mesure de grâce pour les faucheurs volontaires ", cautionnant ainsi des actions illégales, la désobéissance civile  et le refus de savoir. N’avait-elle pas déjà tenu des propos irresponsables quand, candidate à la présidence de la République, elle affirmait l’existence "des rapports sur la santé publique qui montrent qu’il y a notamment un impact (des OGM) sur le fœtus". Quels rapports ? Non pas ceux émanant des instances officielles d’évaluation françaises, européennes ou internationales ! Toutes confirment l’absence de risque sanitaire des OGM mis sur le marché. Conclusions confirmées par l’exceptionnel retour d’expérience  que constitue l’adoption massive des OGM dans le monde depuis 1996 : 1,78 milliard d’hectares cumulés, plus que la totalité des surfaces agricoles de la planète!

Madame Royal est-elle bien informée de l’existence de plantes naturellement transgéniques comme la patate douce dont le génome renferme une dizaine de gènes issus de bactéries Agrobacterium ? Va-t-elle demander le retrait de cette patate aux qualités culinaires et sanitaires reconnues ?
Va-t-elle aussi interdire la variété de blé Renan, très utilisée en agriculture biologique, qui a subi bien plus de modifications génétiques que les OGM ?
Ignore-t-elle encore que les 17 premières années d’utilisation des OGM dans le monde ont généré une réduction de 500 000 tonnes de pesticides (cf. PG Economics Ltd) soit l’équivalent de 7 ans de consommation française ? N’est-ce pas là une alternative biologique majeure pour donner de réelles chances de succès au plan gouvernemental Ecophyto de réduction des pesticides ?

Ces quelques exemples, auxquels pourrait s’ajouter le gaz de schiste dont des efforts de recherche sont réclamés par l’Académie des Sciences, démontrent à l’évidence que, malgré les discours, la recherche scientifique et l’innovation technologique ne figurent pas dans les priorités de Madame Royal, … et de beaucoup de responsables politiques.

" L’inculture scientifique de nos élites est frappante ! " écrivait récemment Serge Haroche, prix Nobel de Physique.

Etat-providence, protecteur et sécuritaire, principe de précaution dévoyé, écologisme idéologique, désaffection de la science, nombrilisme  hexagonal, déni de réalité, risques non-hiérarchisés, médiatisation de la peur, prophètes de malheurs préférés aux experts scientifiques, retour à la bonne vieille mère Nature, refus du savoir étouffé par les convictions : n’est-ce pas entrer dans l’ère du renoncement et de la régression ?

Non Madame la ministre de l’Ecologie, non Mesdames et Messieurs les responsables politiques, la science n’est pas le problème, c’est la solution !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !