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Radars : les limitations de vitesse 
tuent la responsabilité individuelle
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Dans le panneau

Radars : les limitations de vitesse tuent la responsabilité individuelle

Le gouvernement envisage de supprimer les indications prévenant de la présence de radars au bord des routes. Pour l'auteur de "Leçons de conduite", le véritable problème concerne les limitations de vitesse qui, par leur existence même, infantilisent les automobilistes.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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S’il y a des limitations de vitesse, qu’on les fasse respecter, avec ou sans radars, ouvertement ou sournoisement, ne me choque guère. Qu’on essaye de les contourner, grâce à des instruments de plus en plus sophistiqués, me paraît bien normal. L’Etat veut se faire respecter, les citoyens veulent frauder, c’est le jeu.

Ce qui me choque, c’est plutôt que les limitations de vitesse existent. Chaque automobiliste sait qu’on peut être dangereux à 30 km/h et inoffensif à 200. Chaque route, chaque virage a sa personnalité. Chaque conducteur a ses habitudes. Chaque voiture a ses défauts. Imaginer que des règles grossières, 50, 90, 130, puissent s’appliquer à tous et en toutes circonstances est dérisoire. Pire encore, c’est exonérer le conducteur de la responsabilité de se faire son propre jugement sur la vitesse et les risques encourus. La route, espace de liberté, est devenu le lieu ultime de l’infantilisation. On garde les yeux rivés sur l’aiguille du compteur, tremblant à l’idée de devoir passer deux jours chez les Alcooliques Anonymes (pardon : de faire un stage de récupération des points). Résultat, on ne regarde plus la route. Et si par malheur un accident arrive, on aura la satisfaction de mourir en règle.  

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Il a fallu attendre 1973 pour que le joyeux Pierre Messmer impose les limitations de vitesse générales (elles existaient auparavant sur des tronçons particuliers). Le nombre de morts sur les routes a-t-il diminué depuis ? Oui. Pour une raison simple : les voitures sont plus solides, les routes plus sûres. Etait-on fou, irresponsable et meurtrier avant 1973 ? Non. Demandez à Françoise Sagan. C’était l’époque où elle pouvait écrire que la vitesse “aplatit les platanes au long des routes, elle allonge et distord les lettres lumineuses des postes à essence, la nuit, elle bâillonne les cris des pneus devenus muets d'attention tout à coup, elle décoiffe aussi les chagrins: on a beau être fou d'amour, en vain, on l'est moins à 200 à l'heure”. Combien de suicides d’amour le gouvernement n’aurait-il pas évité en laissant les Français libres de rouler ?

Je me plais à croire qu’en l’absence de limitation de vitesse, les comportements sur la route s’auto-réguleraient. Je partage l’optimisme du colonel Moore-Brabazon, pionner de l’aviation et député britannique haut en couleurs, protestant en 1934 contre l’instauration d’un code de la route en Angleterre. “Les gens vont s’habituer à ces nouvelles conditions de circulations. Les plus anciens membres de cette Chambre se rappelleront tous les poulets massacrés dans les premiers temps de l’automobile. Nous revenions le radiateur plein de plumes. Même chose avec les chiens : aujourd’hui, ils ont pris l’habitude de s’éloigner des autos et on n’en tue plus un seul. C’est ce qu’on appelle l’éducation, même chez les animaux inférieurs. Preuve que ces problèmes vont se résoudre d’eux-mêmes.” Les hommes ne sont pas plus bêtes que les poulets : ils tiennent à leur vie.

En tout cas, soyez rassurés, il y aura toujours un moyen d’échapper aux limitations de vitesse : les faire soi-même. Vous l’aurez remarqué, les voitures de Ministre sont équipées de girophares, quand elles ne sont pas escortées par la gendarmerie nationale. N’est-ce pas, Monsieur le Président, qu’on s’éclate en roulant à tombeau ouvert du Bourget à l’Elysée?

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