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Salon de l'agriculture 2020 : à la découverte de cette agriculture qui "vous tend les bras"
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Evènement

Salon de l'agriculture 2020 : à la découverte de cette agriculture qui "vous tend les bras"

Le Salon de l'agriculture 2020 débute ce samedi 22 février à Paris. Son slogan est aguicheur : "l'agriculture vous tend les bras".

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est journaliste et auteur de « Tu m’as laissée en vie, suicide paysan veuve à 24 ans ».

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Le slogan est aguicheur, "l'agriculture vous tend les bras". Mais derrière cette thématique on trouve, particulièrement en cette année 2020, le lien "je t'aime moi non plus" entre agriculteurs et société. L'atmosphère devrait être tendue, au moins à certains moments, tant les sujets ne manquent pas pour exprimer son mécontentement...

Il est courant de dire et d'écrire que le Salon de l'agriculture est la vitrine de la profession. Une vitrine que l'on souhaite bien sûr la plus belle possible, et il convient ici de rappeler le travail renouvelé chaque année des participants aux concours, des éleveurs qui soignent leurs bêtes jusqu'à voir le poil reluire, des exposants qui affichent avec fierté leur participation à leur terroir...

Mais il est un fait, si tout cela est réel et existe, l'agriculture ce n'est pas seulement ça. D'abord, il y a tout ceux qui ne s'y déplacent pas, parce que c'est cher, parce cette belle vitrine ne correspond pas à leur quotidien et qu'ils ne la comprennent pas, parce qu'il faudrait trouver quelqu'un pour s'occuper de la ferme le temps du déplacement. Ensuite, y compris parmi les participants, la passion semble s'émousser au fil des années. Rentabiliser sa place d'exposant, évidemment de plus en plus chère alors que le nombre total de visiteurs diminue sensiblement (de 700 000 à 636 000 visiteurs en l'espace de cinq années seulement), devient plus difficile. L'aspect festif aussi a largement diminué avec des réglementations plus strictes (mais qu'est devenue la soirée du vendredi soir de jadis, souvent à forte connotation Outre-Mer ?). Alors, il reste le business, remporter une médaille au concours général et la monnayer après le salon, en la présentant comme la garantie de la qualité du produit proposé à différents acheteurs. Et puis les échanges entre collègues, et avec les visiteurs. Mais même ces derniers, ils ne sont plus "comme avant", on y parle de plus en plus souvent de celui qui a quitté la profession, d'une manière ou d'une autre...

Pour cette année 2020, à quoi faut-il s'attendre ?

Le mot "agribashing" a tellement été médiatisé ces derniers mois qu'il en est devenu un livre ("Malaise à la ferme", un article dédié suivra), sous la plume d'Eddy Fougier, que les lecteurs de WikiAgri connaissent bien. Les conflits autour de l'usage des pesticides sont aussi à l'origine d'un ouvrage, signé Gil Rivière-Wekstein, "Glyphosate, l'impossible débat" (un autre article lui sera consacré prochainement).

Le tout dans un contexte où les animalistes s'en prennent de plus en plus directement aux éleveurs (y compris à la présidente de la Fnsea Christiane Lambert sur son exploitation porcine) ; où les céréaliers victimes d'actes d'agribashing en sont réduits à passer par la voie judiciaire pour faire valoir leurs droits ; dans un contexte où les effets de la loi Egalim se font attendre ; où pas grand-monde ne semble suivre ce qui relève pourtant d'un rendez-vous crucial pour notre agriculture : la prochaine Pac ; où le ministre de l'Agriculture a tenté de filer à l'anglaise vers Biarritz et reste, pour l'instant, contraint et forcé ; où chaque nouvel accord européen de libre-échange sonne davantage comme une menace que comme une opportunité... Sans parler des prix bas, des charges, des filières jadis florissantes désormais en danger (pas seulement chez les éleveurs, le colza est concerné désormais !) pour cause de réglementations évolutives (qu'elles soient justifiées ou non, n'étant pas scientifique, je me garde d'un avis personnel sur la question), sans parler des négociations commerciales avec les grands groupes de la distribution qui n'aboutissent pas comme espéré, sans parler du renouvellement des générations en grand danger avec des projections pessimistes pour ces prochaines années... Sans parler, encore et toujours, de ce mal-être paysan persistant avec une enquête sur le burn-out en agriculture parue dans La Croix. Et, cerise sur le gâteau ajoutée à la veille du Salon, sans parler d'articles à sensation de Mediapart sur la Fnsea en commençant par les salaires mensuels de membres de sa direction qui équivalent aux revenus annuels de biens des agriculteurs...

Des manifestations probables

Avec toute cette énumération, et j'en oublie certainement, on ne sera pas étonné de voir des manifestations plus ou moins spontanées émerger à la faveur de la médiatisation du Salon de l'agriculture. Je n'en connais pas qui soient officiellement annoncées, mais plusieurs intentions m'ont été rapportées...

Tout cela aurait tendance à rendre le message de communication "l'agriculture vous tend les bras" finalement peu réjouissant. Oh, bien sûr, pour le visiteur lambda, il trouvera toujours des exposants qui souriront, il y aura toujours toutes ces bêtes magnifiques dans le hall 1, tous ces exposants représentants leurs régions dans le hall 3, l'Outre-Mer dans son espace dédié...

Et puis, dénigrer le Salon de l'agriculture ne reviendrait-il pas à enfoncer davantage toute la profession elle-même ? Alors il faut passer outre. Tous ces problèmes existent et ne doivent pas être cachés, la poussière sous le tapis n'a jamais rien arrangé. Mais justement, parce que ces difficultés sont présentes, la communication de tous les acteurs concernés doit plaider en faveur d'une agriculture renouvelée, au plus près des préoccupations de la société, retrouvant sa fierté en corrigeant ses propres erreurs.

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