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Saint-Gobain a 350 ans.
Saint-Gobain a 350 ans.
©Reuters

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

350 ans d'histoire : Saint-Gobain, l’entreprise qui a découvert les secrets de l’immortalité

Alors que les entreprises tombent comme des mouches, une entreprise française, qui est sans doute l’entreprise la plus vieille du monde, continue de se développer : Saint-Gobain, qui a 350 ans. Un exploit.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L'entreprise est née il y a 350 ans, en octobre 1665, à l’initiative de Colbert et de Louis XVI pour participer à la construction du château de Versailles. Trois siècles et demi plus tard, Saint-Gobain est aujourd’hui l’acteur mondial numéro 1 pour les matériaux de construction, l’habitat, le champion de la transition énergétique. L’entreprise qui a fourni la galerie des glaces à Louis XIV, est aussi celle qui vient de fabriquer les matériaux qui ont servi à édifier la Fondation Vuitton ou l’opéra de Shanghai. Ces chantiers ont trois siècles et demi d’écart, mais ils ont la même griffe.

Cette entreprise a survécu à la Révolution, elle a connu trois guerres terrifiantes, elle a traversé 5 républiques, deux empires et elle a assumé toutes les mutations technologiques de la machine à vapeur à l’internet. Elle a été nationalisée, puis privatisée.

Le cas de Saint-Gobain est désormais étudié dans les grandes écoles de management du monde entier. Pour beaucoup c’est un cas, mais à l’époque où les entreprises tombent comme des mouches, ou beaucoup prônent la destruction créatrice des vieilles structures pour permettre aux jeunes pousses de prendre la place, Saint-Gobain se défie de la modernité en y participant. L'entreprise serait même organisée pour être indestructible. Pierre-André de Chalandar assume totalement cette ambition mondiale. A la bourse, certains analystes expliquent que Saint -Gobain, c’est un peu le Google de la transition énergétique.

Dans le documentaire qui retrace la saga Saint-Gobain, réalisé pour BFM Business et diffusé ce soir à l’issue de la cérémonie annuelle des BFM Awards, l'ancien président Roger Fauroux parle d’immortalité, mais il n’est pas originaire du midi pour rien... son enthousiasme l’emporte.

Il n'y a pas de mystères dans cette performance de long terme qui a toujours défié les tendances court-termistes du capitalisme financier. On peut retenir quatre facteurs dans l’ADN de cette entreprise qui structurent et sécurisent son développement sur le long terme.

1ere caractéristique, sa relation avec l’Etat. Comme toutes les grandes entreprises dans le monde, Saint-Gobain a souvent eu des relations de proximité avec l’Etat. Mais ces relations n’ont jamais été ambiguës. Leur réalité est très méconnue.

Dès le départ, Saint-Gobain est une manufacture royale créée, certes par Colbert le puissant ministre de Louis XIV, mais elle ne sera jamais une entreprise d’Etat. Colbert suscite la création de beaucoup de manufactures, mais il n’y investit aucun argent. En revanche, Colbert a fait le tour des amis du pouvoir et il y introduit certains parmi les fortunes. Il y installe aussi un management et il réserve à l’entreprise certains privilèges en particulier des grands travaux. On touche là au fonctionnement du colbertisme.  Des capitaux privés oui, des managers indépendants oui ! Mais aussi des marchés d’Etat.

Saint-Gobain n’aurait jamais existé sans le contrat de la galerie des glaces que l’entreprise a promis de fournir. Et quand la noblesse et la haute bourgeoisie a vu qu'à Versailles les glaces et miroirs étaient le signe extérieur du pouvoir suprême et de la richesse, tout le monde en a voulu.

2ème caractéristique, une pratique capitaliste complètement décomplexée. Saint-Gobain va très vite faire appel au marché pour son financement à long terme, mais jamais à des investisseurs ou des capitalistes qui lui auraient imposé des stratégies hyper rentables à court terme. Saint-Gobain a été traversée dans son histoire par des difficultés graves, une attaque boursière qui l’a complètement bouleversée mais qui l’a aussi obligée à se réformer de fond en comble. Jean-Louis Beffa, l'ancien président, s’amuse à dire que Saint-Gobain est gérée sur le long terme comme une entreprise allemande.

3ème caractéristique, le respect de son savoir-faire mais la culture systématique de l’innovation. A l’origine, Saint-Gobain va naitre comme le spécialiste mondial de la glace et du miroir, du verre mais à partir de là, Saint-Gobain va devenir le numéro 1 du matériau de construction et de l’isolation. L’innovation permanente est une des clés de cette longévité.

4ème caractéristique, la mondialisation maitrisée.  L'entreprise  va, dès le début, comme le roi, essayer de régner sur l’Europe toute entière, puis plus tard sur le monde. Saint-Gobain s’installe à l’extérieur ou rachète des unités de production avec lesquelles, elle se marie. La clés du succès mondial c’est aussi de respecter l’identité de chaque société qu’elle acquiert. Elle rentre dans la grande famille, mais garde son nom, ses couleurs et son ADN propre.

S’ajoute à cela un art assez complexe, celui du pouvoir. Attirer, former et conserver les managers de haut niveau, c'est un métier. Les batailles de pouvoirs existent comme partout, mais elles sont gérés. Alain Minc, qui fut l’un des bébés St Gobain, explique que c’est un peu comme au Vatican, le vivier est d’une telle qualité que celui qui est élu ne peut pas être mauvais. Les autres se recasent assez facilement. Alain Minc n’avait pas été choisi. Il n’en est pas amer pour autant.

Jean-Louis Beffa  qui fut le précèdent président de Saint-Gobain explique, non sans fierté que par son école de managers, Saint-Gobain évangélise une grande partie de l’industrie française. Les dirigeants de Valeo, de Michelin, de Schneider Electric sortent de Saint-Gobain tout comme Francis Mer l’ancien ministre de l’Economie ou Pierre Blayau qui échoua chez Pinault, puis Moulinex et termina sa carrière comme président d’Areva.  

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