S'immoler par le feu, le nouveau jeu qui enflamme les réseaux sociaux : pourquoi les ados ont-ils tant besoin de se mettre en danger ? | Atlantico.fr
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Un nouveau défi sur Facebook consiste à s'immoler par le feu.
Un nouveau défi sur Facebook consiste à s'immoler par le feu.
©Reuters

Ados en détresse

S'immoler par le feu, le nouveau jeu qui enflamme les réseaux sociaux : pourquoi les ados ont-ils tant besoin de se mettre en danger ?

Le "Fire challenge" est un nouveau jeu de Facebook dont le but est que des jeunes allument un feu sur leurs corps et doivent éteindre les flammes le plus rapidement possible. Sans surprise, le "jeu" a déjà provoqué de nombreuses brûlures.

Georges Picherot

Georges Picherot

Georges Picherot est pédiatre et chef de service de Pédiatrie (Unité de Médecine de l’Adolescent) retraité.

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Atlantico : Un nouveau défi se répand sur Facebook, appelé le Fire challenge, qui consiste à s'immoler puis à éteindre les flammes le plus rapidement possible. Ce nouveau jeu a mené à de nombreuses brûlures chez les adolescents. Qu'est-ce qui pousse un adolescent à se mettre autant en danger ? S'agit-il d'une façon d'exprimer une sorte de mal-être ? 

Georges Picherot : Les adolescents sont toujours à la recherche de leurs limites, ils explorent des choses que l'on appelle les conduites à risques ou les conduites d'essais, fumer sa première cigarette par exemple, boire son premier verre. Ces conduites d'essais amènent bien souvent à des conduites d’excès qui vont aboutir à des excès pour la société car cela met en jeu la vie de l'adolescent. Dans ces fire challenge, l'adolescent explore une nouvelle voie qui est le challenge. Il y a quelques années ou décennies ce n'était pas le cas, les conduites à excès étaient alors de rouler en mobylette très vite, sans son casque ou en dévalant des dunes. De façon générale, les adolescents veulent "aller jusqu'au bout". La question est : quel est ce "bout" ? Quelle est la limite ? Les adolescents porteurs de maladies chroniques comme le diabète traité par insuline vont par exemple choisir d'arrêter leur traitement. 

En principe un adolescent qui va bien ne dépasse pas les limites acceptables. Les personnes qui lancent ce challenge et qui le relèvent ne se sentent pas bien à ce moment là. Le fait est que pour un adulte un problème peut paraître dérisoire, tandis que pour un adolescent il est dramatique. Il est alors difficile de repérer un adolescent qui va mal. On observe la même chose avec le jeu du foulard notamment. La domination de l’excès fait partie de la bonne santé. 

Sont-ils conscients du danger lorsqu'ils exécutent le fire challenge ? 

Non, la plupart du temps ils ne sont pas conscients du danger et sont dans une ivresse qui fait perdre conscience. L'adolescent s'associe à une idée de surpuissance. Il se dit qu'il va réussir à surmonter cette difficulté, il voit ce challenge comme un défi sportif. 

Le Fire challenge rappelle la necknomination qui consistait alors à boire de l'alcool en grande quantité et à encourager trois de ses amis à le faire. Dans quelle mesure les réseaux sociaux ont-ils modifié les comportements des adolescents ? 

Ce qui est modifié c'est l'ex-timité des sentiments. Les adolescents qui vont mal associent souvent d'autres adolescents par le biais des réseaux sociaux. Pour autant, la plupart du temps les adolescents prennent de la distance avec les réseaux sociaux, ils apprennent par eux-mêmes que cette attitude de diffusion n'est pas bonne. La particularité des réseaux sociaux c'est la diffusion et la réactivité qu'ils entraînent. Les adolescents vont victimes de l'immédiateté qui est la conséquence des nouvelles techniques de communication. On réagit dans l'immédiat à ce qui est proposé, les adultes connaissent également ce problème. 

Qu'est-ce que ces jeux révèlent de l'adolescence ? Comment la façon dont est vécue cette période de la vie a-t-elle évolué ? 

L'adolescence a évoluée mais reste marquée par le challenge. Ce qui a évolué c'est la sociabilisation qui est moindre. On vit moins en famille, on a moins d'interactions avec la famille. Les adolescents qui recevaient des informations de la famille avaient plus tendance à discuter des informations, maintenant on est plus dans l'isolement. Les réseaux sociaux incluent généralement des relations discutables et fausses. De plus, aujourd'hui la prise de risque est aussi médiatisé que le risque lui-même, nous sommes tout de suite au courant de ces risques et de ces attitudes. A chaque fois que l'on retrouve une nouvelle attitude à risque, les adolescents sont un peu désignés comme des gens qui prennent facilement des risques, mais il s'agit d'un petit nombre par rapport à tous les adolescents. La plupart sait bien limiter tous ces risques. 

Comment le phénomène de la necknomination a-t-il été endigué ? Peut-on espérer qu'il en soit de même pour le fire challenge ? 

Oui, il faut faire confiance aux adolescents pour endiguer eux-mêmes ce phénomène qui s'épuise rapidement. Les pouvoirs publics veulent interdire la diffusion de tous les événements auxquels on a assisté. Les adolescents comprennent rapidement les risques : mortalité, brûlures, séquelles, handicap définitif... Il faut continuer à informer sur les risques énormes et les dangers mais en même temps il faut faire confiance aux adolescents.

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