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Aides sociales

Guérir la France du "cancer de la société"

La vive polémique suite aux propos de Laurent Wauquiez sur le RSA pose la question des aides sociales en France. Président du Parti libéral démocrate, Aurélien Véron propose de mettre en place une allocation unique et de refonder l'ensemble du modèle social français.

Aurélien Véron

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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En parlant de « Cancer de la société », Laurent Wauquiez a choisi des mots très durs pour dénoncer les effets de l’aide sociale en France. Sans doute fallait-il oser une telle provocation pour rompre avec le sentimentalisme ambiant d’un monde politico-médiatique en panne d’idées et de projet.

Les Français les plus fragiles sont sans doute choqués par cette analyse cruelle, mais la grande majorité est lucide. Oui à la solidarité, non à l’assistanat. Au-delà des abus du système que personne ne sait réellement quantifier, notre politique de protection sociale a engendré un phénomène inquiétant de « culture de la dépendance ». Elle consomme près de 30 % du PIB, auxquels il faut ajouter les multiples tarifs spécifiques et exemptions dont bénéficient les aidés. Malgré cette proportion considérable de notre richesse consacrée à protéger les Français, la pauvreté et le sentiment de précarité ne reculent pas.

Le travail en question

La question du calcul des aides sociales est technique. Il était inévitable que les chiffres de Laurent Wauquiez soient un peu confus. Mais quoi qu’en disent la gauche et une partie de la droite inquiète, la vérité est claire : travailler n’est pas du tout payant. Il suffit de se référer à une publication dans la revue Économie et Statistique de l'Insee (août 2009) pour le confirmer. Les auteurs y prennent en compte l’ensemble des « droits connexes » perçus avec le RSA (diverses aides communale, départementale, régionale, tarif social du téléphone, de l’électricité et du gaz, aides au transport, prestations familiales, aides au logement, logement HLM, etc.).

On découvre alors qu’un couple avec trois enfants qui ne travaille pas perçoit un revenu net (tous transferts) proche de 25 000 euros annuels, soit 2050 euros par mois ! Dans toutes les situations familiales (célibataires, couples avec ou sans enfant), travailler ne présente aucun intérêt si le salaire ne dépasse pas sensiblement le smic.

Ceci explique la difficulté de recrutement des métiers pénibles et rémunérés à un niveau trop proche du revenu obtenu des transferts sociaux. Des commerces disparaissent faute de repreneurs, et des secteurs entiers de l’économie ne parviennent plus à recruter. Cela signifie que des citoyens font le choix de rester à distance du monde du travail sans sacrifier leur pouvoir d’achat. Avec le temps, cette dérive mène à une exclusion difficile à récupérer par un processus de réinsertion, voire d’insertion pour ceux qui n’ont jamais travaillé. Ajoutons enfin que les 180 000 décrocheurs « perdus de vue » par l’Éducation Nationale viennent grossir chaque année les rangs de ce qui est devenu un fléau national.

Mais au-delà du plafonnement des bénéfices du RSA relativement au salaire minimum, le ministre aurait dû aller au bout de sa logique et proposer l’unification de l’ensemble des aides existantes comme l’a fait David Cameron au Royaume-Uni.

Mettre en place une allocation unique ?

Ne plus proposer qu’une allocation unique constitue un moyen simple de mettre fin au caractère opaque et inéquitable du système actuel. Le Parti libéral démocrate que je préside propose également de limiter le montant total de façon à ce que le cumul des aides reste toujours bien inférieur aux revenus du travail. Cela n’interdit nullement de maintenir l’effet dégressif du RSA lors de la reprise d’une activité pour éviter l’effet de seuil qui décourageait nombre de ceux qui reprenaient un emploi antérieurement.

D’une certaine manière, cette fusion en une aide s’apparenterait à la mise en place du fameux dividende universel, ou revenu universel. Ce vieux serpent de mer refait régulièrement surface, notamment sous l’impulsion de libéraux qui voient dans cette mesure un moyen de brider la prolifération électoraliste des aides, exemptions et primes. L’économiste libéral et seul prix Nobel d’économie français, Maurice Allais, en fut un ardent défenseur, puis Milton Friedman aux États-Unis. Le RMI est né de ce principe libéral, que le RSA a complété pour aboutir au fameux « impôt négatif ». L’ennui, encore une fois, c’est qu’à ce fameux RSA viennent s’ajouter quantité d’aides sous condition ou non de revenu, et d’exemptions qui aboutissent à la situation actuelle.

Nous avons bien conscience que cette limitation du RSA ne peut s’envisager sans la libéralisation du marché du travail, dite de « flex-sécurité », afin de libérer les perspectives d’emploi des personnes peu diplômées.

Refonder notre modèle social

Le principe des heures de travail d’intérêt général, en échange du bénéfice d’une prestation, présente un intérêt réel. Il obligerait les exclus à conserver, parfois même à retrouver un rythme de vie normal, avec ses contraintes horaires et son implication en termes d’insertion sociale. C’est un moyen efficace de contraindre ceux qui ont parfois la tentation de s’enferrer dans leur situation, à reprendre le chemin de l’emploi. Mais cette idée pose deux questions. Comment assurer l’encadrement du million et demi de bénéficiaires du RSA sans payer une gigantesque bureaucratie, coûteuse et faiblement utile pour la collectivité ? Ces emplois seront-ils réellement utiles, alors qu’on peine parfois à trouver une tâche utile aux personnes embauchées pour remplir les quotas annuels de contrats aidés ? Sans réponse claire, nous sommes sceptiques vis-à-vis d’un système qui peut vite se résumer à la seule dimension punitive, et coûter un prix exorbitant en plus du RSA lui-même.

L'essentiel du problème se résume à casser la spirale de l'exclusion, créée par les freins à l'embauche, mais dans laquelle les aides sociales mal ciblées installent les personnes malgré elles. Au Parti libéral démocrate, nous assumons l'idée que les premières victimes de l'assistanat, ce sont tous ceux qui perdent toute confiance en eux-mêmes, et tout désir de reprendre leur destin en main. Au second rang, ce système engendre un fardeau financier qui nuit entre autres à ceux qui se battent pour développer leur PME… et embaucher. Seule une profonde remise en cause de la perversité de notre modèle social sortira notre pays de son enlisement actuel.

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