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Richard Melloul réalise lorsqu'il croise Mitterrand "la stature de l’homme qui était devant moi, le destin qu’il se construisait, sa ténacité légendaire"
©Richard Melloul

Bonnes feuilles

Richard Melloul réalise lorsqu'il croise Mitterrand "la stature de l’homme qui était devant moi, le destin qu’il se construisait, sa ténacité légendaire"

Cet ouvrage est préfacé par Michèle Cotta : "Goût du pouvoir et aussi goût de l’intimité : mieux sans doute que ses nombreux biographes, ces photographes, dans l’oeil de leur objectif, ont su chercher François Mitterrand, le trouver, le fixer entre ces deux pôles contradictoires, personnel et présidentiel." Extraits de "Mitterrand par les grands photographes", de Richard Melloul, aux éditions Fayard 2/2

Richard  Melloul

Richard Melloul

Né en 1949, Richard Melloul débute comme laborantin à l’agence Dalmas puis entre à Gamma en mai 1968 et devient photographe a la création de Sygma en 1974. Il couvre un grand nombre de reportages et se spécialise dans le portrait.

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Richard Melloul

Ce que j’ai ressenti à la seconde où je cadrais cette photo ?

Dire que je m’en souviens précisément serait exagéré. Mais je peux trouver en moi la marque des émotions qui, au-delà de mon instinct de photographe, m’ont traversé à cet instant. Le plaisir d’avoir raconté la détermination solitaire de François Mitterrand dans sa marche en avant. La satisfaction d’avoir peut-être réussi une image différente de celles des autres photographes qui travaillaient en même temps que moi. L’anxiété, aussi, née du risque que le résultat ne soit pas conforme à ce dont mon regard s’était imprégné.

L’ère numérique n’avait pas commencé, et pour les aspects techniques – cadrage, netteté, lumière – je n’ai été rassuré que le lendemain, lorsqu’au labo j’ai vu apparaître le premier tirage.

Cette photo, je l’ai faite un dimanche de mars 1978, jour d’élections législatives. François Mitterrand, candidat à sa propre succession pour la circonscription de la Nièvre, était venu voter à Château-Chinon. Après son passage à la mairie, il est parti marcher dans un bois près de la ville, accompagné de ses proches, Roger Hanin, Jacques Attali et quelques autres. Nous étions au moins une vingtaine de photographes à les suivre, ou plutôt à les précéder, entassés les uns contre les autres pour photographier de face François Mitterrand et son entourage progressant sur le petit chemin forestier.

Après seulement quelques photos, j’ai eu envie de sortir de la facilité qu’offrait l’évidence. Aidé de mes confrères, j’ai demandé à ses accompagnateurs de stopper et de laisser François Mitterrand avancer seul. Quelques clichés couleur pour assurer. Puis j’ai pris mon boîtier chargé en noir et blanc et j’ai fait deux photos sans flash, pour essayer. La stature de l’homme qui était devant moi, le destin qu’il se construisait, sa ténacité légendaire… Je savais que si je réussissais, le noir et blanc donnerait toute son intensité symbolique à l’image qui venait de se dessiner autour de François Mitterrand. Quelques décennies de carrière plus tard, cette photo reste l’un des moteurs essentiels de la passion que je ressens toujours pour mon métier.

Extraits de "Mitterrand par les grands photographes", de Richard Melloul, aux éditions Fayard, 2015. Pour acheter ce livre, cliquezici.

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