Réussir à affirmer ses choix lorsque l'on est le "petit dernier" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Style de vie
Réussir à affirmer ses choix lorsque l'on est le "petit dernier"
©

Bonnes feuilles

Réussir à affirmer ses choix lorsque l'on est le "petit dernier"

On dit souvent que ce qui s’est passé dans notre petite enfance est essentiel. Lise Bartoli dit que à la venue au monde, certains événements ou ressentis influencent inconsciemment notre développement psychique et notre vie d’adulte. Elle demande à ses patients de lui raconter leur naissance. Chaque cas est unique, mais ce livre construit autour de 40 témoignages, résonne en tous les lecteurs. Il donne l'occasion de revivre sa naissance pour être enfin soi-même. Extrait de "Dis-moi comment tu es né, je te dirai qui tu es", de Lise Bartoli, aux éditions Payot 2/2

Lise Bartoli

Lise Bartoli

Lise Bartoli, spécialiste en périnatalité, psychologue clinicienne et hypnothérapeute, enseigne aux sages-femmes en France et à l'étranger une méthode de préparation à l'accouchement qui repose sur l'hypnose éricksonienne.

Voir la bio »

Lorsque je le rencontre pour la première fois, Laurent m’annonce : « J’ai toujours vécu par procuration et je manque de confiance en moi. Voilà pourquoi je viens vous voir. Ma femme est plus jeune et aimerait avoir un enfant. Moi, j’ai déjà quarante ans, je ne veux surtout pas qu’un bébé dérange notre vie. Cela crée des tensions insupportables dans notre couple. L’angoisse me déprime et me pousse à boire. » Laurent explique qu’il est le dernier d’une fratrie de quatre garçons et trouve que les autres ont « capté toute l’attention », tandis qu’on ne faisait jamais attention à lui, pire, on l’oubliait. « Mes parents me trouvaient plus fragile que les autres et tout le monde à la maison m’appelait "ma puce". » Il estime n’avoir jamais reçu de félicitations ou d’encouragements, contrairement à ses frères.

La résonance fait ressortir de la colère mêlée à une forme de culpabilité que je perçois en lien avec des images de prêtres et de religieux, ainsi qu’un sentiment de trahison, de « frères d’arme » qu’on se force à aider dans l’adversité. Il réagit : « J’aimerais bien aider mes frères qui vont mal, mais ils se moquent de moi, encore à l’heure actuelle, ça me rend triste et en colère en même temps. » J’imagine que la réponse pourrait être trouvée dans un passé plus lointain, dans l’histoire familiale ou l’inconscient collectif. Mais mon patient ne voit pas. Or, quinze jours plus tard, lorsqu’il revient, il m’apporte des informations supplémentaires : « En repensant aux images de religieux, je me suis rappelé que mon grand-père est issu d’une famille très religieuse. Ses deux soeurs ont d’ailleurs été soeurs supérieures ! Je me suis demandé si mon refus d’avoir un enfant ne venait pas de cette génération, qui a engendré d’ailleurs de nombreuses femmes stériles. »

Au rendez-vous suivant, je suggère à Laurent de garder près de lui l’image d’un guide puissant qui l’accompagnerait pendant les séances d’hypnose. Il malaxe virtuellement de la terre et fabrique une statue qui lui ressemble, mais qui voyage, enquête, « une sorte de journaliste de la vie », dit-il. Cette statue, au fil des séances, évoluera progressivement, jusqu’à stimuler chez mon patient de formidables ressources qui étaient endormies.

Je ne vois plus Laurent pendant plusieurs mois. Puis, il revient l’année suivante. Il m’informe qu’il a arrêté l’alcool depuis un an et qu’il ne vit plus au travers du regard des autres. Sa confiance a augmenté. Mais, il souhaiterait plus de plénitude. Une seconde résonance fait apparaître que le « petit Laurent » ne se sent toujours pas écouté. Mon patient comprend. Comme il l’avait déjà expliqué, il n’a pas été bien accueilli, ni même entendu. Il ajoute que sa mère a essayé d’avorter, car elle ne voulait pas d’un quatrième enfant. Laurent est arrivé avant terme et a été placé en couveuse pendant trois semaines (je me rappelle alors que ses parents le trouvaient « fragile » et qu’on l’appelait « la puce »). Nous faisons tout un travail sur l’enfant intérieur. Lors de la séance suivante, en pleine transe, Laurent me dit : « J’ai un flash qui me vient. J’ai très envie d’un enfant. » Lui qui résistait à la demande de sa compagne depuis des mois a désormais envie d’en avoir un. En hypnose, il convoque virtuellement tous les membres de sa famille en leur annonçant la bonne nouvelle. Il raconte que certains d’entre eux ne sont pas d’accord, mais il s’impose : « Maintenant ce sont mes choix qui sont importants et tant pis pour leur avis ! » Le « petit » est devenu un homme, prêt à engendrer la vie… 

Extrait de "Dis-moi comment tu es né, je te dirai qui tu es", de Lise Bartoli, aux éditions PayotPour acheter ce livre, cliquez ici

©Editions Payot & Rivages, 2016

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !