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La France et Allemagne feraient mieux de cultiver leur différence plutôt que leur ressemblance
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Projet d'aven(y)r

La France et Allemagne feraient mieux de cultiver leur différence plutôt que leur ressemblance

Résignées, indignées, les jeunes générations, celles que l'on dit "Y", ne croient guère en l'action politique ordinaire. Dans son essai politique "Révolution Y", Rafik Smati trace les contours d'un projet révolutionnaire qui pourrait être porté par la jeunesse (Extrait 2/2).

Rafik Smati

Rafik Smati

Rafik Smati est Président du parti politique Objectif France. Entrepreneur, Il a publié  « French Paradise » (juin 2014), « Révolution Y : la génération qui va redessiner l'Europe » (2013),  « Eloge de la vitesse : la revanche de la génération texto » (2011),  « Vers un capitalisme féminin » (2010).

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Pour justifier de la nécessité d’entreprendre une fédération franco-allemande, beaucoup mettront en avant les similitudes culturelles que les deux pays ont pu développer ces dernières décennies. Voilà encore une vision passéiste du monde. Certes, les Français et les Allemands se ressemblent. Certes, leurs infrastructures routières, ferroviaires ou portuaires sont homogènes. Certes, leurs modèles éducatifs sont similaires. Certes, les deux économies sont très interdépendantes : l’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France, et réciproquement.

On ne peut que se réjouir des liens étroits qu’entretiennent la France et l’Allemagne. Mais cela ne suffit pas à justifier une union politique. Tu dois prendre conscience de ce qui est en jeu : définir les règles de ce qui pourrait être un nouveau modèle de civilisation. Aucune décision ne doit donc être prise dans l’urgence. D’autant plus que la perspective de fédération entre ces deux nations n’apporte aucune réponse aux questions fondamentales : quelle est l’orientation commune ? En quoi cette fédération sera source de richesse culturelle et d’idées nouvelles ?

Une civilisation est forcément vivante. Pour se développer, elle a besoin d’être soumise à des influences diverses, et souvent contradictoires. Aussi, devant l’enjeu qui est le nôtre aujourd’hui, il y a sans doute plus à attendre des différences que des ressemblances. Si l’on s’inscrit sur le très long terme, une influence grecque ou orientale a beaucoup plus à apporter à la France qu’une proximité avec l’Allemagne. De même, une influence des pays baltes ou des cultures nordiques a beaucoup plus à apporter à l’Allemagne qu’une proximité de fait avec la France.

Le refus de la différence mène soit à la décadence, soit à la barbarie. L’acceptation de ces différences est en revanche une source d’enrichissement mutuel, d’influence et de partage. Si tant est que nous souhaitions nous projeter dans le très long terme et repenser en profondeur notre civilisation, cela ne peut se faire que dans l’acceptation des différences.

Une bipolarité

L’axe franco-allemand ne doit pas être le noyau autour duquel s’organisera une Europe politique. Nous avons plus à y perdre qu’à y gagner. L’idée que je te propose, à savoir une Europe duale s’articulant autour d’un empire du Nord et d’un empire du Sud, est peut-être plus audacieuse, plus difficile à mettre en œuvre, mais elle est porteuse de grandes potentialités.

Elle ne remet absolument pas en cause ce qui compte en Europe aujourd’hui : la libre circulation des biens et des personnes, la monnaie commune, les critères de convergence économique, les coopérations entre nos multinationales, les programmes étudiants d’échanges… Elle ne remet pas davantage en cause le rôle que doivent y jouer la France et l’Allemagne, piliers de cette Europe duale.

La nouveauté réside dans le fait que ces deux empires d’Europe ne s’articuleront pas autour d’un axe franco-allemand, au sens passé du terme, mais plutôt sur une dualité franco-allemande. Et cela change tout ! La France et l’Allemagne œuvreront pour les mêmes idéaux dans leur zone d’influence respective : les pays de la Méditerranée pour la France, les pays de l’Est et nordiques pour l’Allemagne.

Alors que, dans l’hypothèse d’un fédéralisme franco-allemand, l’Allemagne et la France prendraient le risque de se replier sur elles-mêmes, elles auront dans l’hypothèse de l’Europe duale la possibilité d’être en miroir, d’exercer un rôle de leadership parallèle et concerté dans deux zones géographiques distinctes.

Enfin, même si ces deux empires développent une saine concurrence commerciale, ils ne seront jamais pour autant en opposition. L’économie et la monnaie commune les rendent interdépendants. Chacun aura des comptes à rendre à l’autre. L’empire d’Europe du Nord imposera à l’empire d’Europe du Sud des critères de convergence économique, l’obligeant à contrôler sa dépense publique et son endettement. L’empire d’Europe du Sud imposera à l’empire d’Europe du Nord des critères de convergence démographique, qui le contraindront à faire de la relance de la natalité une priorité politique.

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Extrait de Revolution Y, Eyrolles (1 mars 2012)

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