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La Manif pour tous peut-elle encore avoir un impact électoral ?

Ultimatum

Régionales 2015 : la Manif pour tous peut-elle encore avoir un impact électoral ?

Deux ans après les manifestions contre la loi Taubira, et alors que la droite sélectionne les futures têtes de liste en vue des régionales, le sujet garde une réelle sensibilité. Ainsi, si Dominique Reynié était confirmé, les cadres de LMPT affirment qu'ils s'abstiendront de voter.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Il serait surprenant, je parle en historien, qu'un mouvement aussi important dans l'histoire politique française, singulièrement celle de la droite, puisse être passé aux oubliettes comme s'il ne s'était jamais rien passé.

De fait la Manif pour tous a déjà eu un impact sur les élections municipales. Au moins dans deux villes qui ne sont pas négligeables : Paris et Strasbourg. A Strasbourg, des réseaux liés à la Manif pour tous se sont mobilisés pour faire battre la sénatrice UMP Fabienne Keller, qui avait voté pour la loi Taubira. A Paris, si la candidature de Nathalie Kosciuszko-Morizet n'a pas suscité l' enthousiasme que l'on aurait pu attendre à droite, son abstention sur le "mariage pour tous" y est sans doute pour quelque chose.

Roland Hureaux

Atlantico : Certes ceux qui son hostiles à la loi Taubira sont encore nombreux dans la société française, mais, tout en maugréant, ne finissent-ils pas, dans le secret de l'isoloir, par voter pour les candidats de la droite, UMP principalement, quelles que soient leurs positions sur le mariage homosexuel ?

Roland Hureaux : Ils "finissent" comme vous dites. Mais si c'est après avoir dénigré le candidat, chez le boulanger, le crémier ou à la sortie de la messe pendant trois mois, quel est l'impact final ? Et si l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous, on vote peut être comme il faut soi-même, mais ira-t-on  faire faire une procuration à la grand-mère  invalide ou au fils qui est en stage à l'étranger ?

A titre de contre-exemple, on peut citer Limoges. Cette ville, gauche depuis cent ans, est passée à droite de justesse, grâce  une mobilisation sans précédent des réseaux anti-loi Taubira.

Certains médias ont récemment déploré que l'UMP semble donner la préférence dans la désignation des têtes de listes aux régionales à des hommes ou des femmes politiques qui n'envisagent pas de revenir sur la loi Taubira. On cite Valérie Pécresse ou Dominique Reynié par exemple...

Le cas de Valérie Pécresse n'est pas du tout comparable à celui de NKM.  Elle a, que je sache, voté contre la loi Taubira  et c'est ça qui compte. Il se peut qu'elle n'envisage pas de revenir dessus mais pour des raisons d'opportunité,  pas parce qu'elle aurait changé d'avis  au fond.

Le cas de Dominique Reynié qui a été désigné comme tête de liste le 26 avril dernier par un panel d'élus de droite de Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon, désormais fusionnés est très différent. 

Cette désignation est apparue surprenante à plusieurs titres.

Bien que né à Rodez,  l'intéressé n'a eu jusqu'ici aucune activité politique dans la région. Professeur, il tenait la chaire stratégique de chef du département de sciences politiques à Sciences Po Paris dans l'équipe de Richard Descoings. Il a été  nommé en 2004 directeur de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et s'est ensuite  dépêché d'organiser avec Act Up, LGBT etc. un colloque tendant promouvoir les droits des homosexuels ; il a pris position pour la loi Taubira et, plus récemment, en faveur de la PMA et de la GPA.

Le même  a écrit deux livres contre le  "populisme", entendons le Front national. Ultra-libéral, ultra-européen et ultra-libertaire, il est clair qu'il se situe aux antipodes des aspirations de eaucoup de Français "de base".  Un  tel positionnement est-il  le mieux à même de reconquérir l'électorat du Front? On peut en douter,  beaucoup ont l'impression qu'il leur ouvre  un boulevard.

Mais n'est-ce pas plutôt un moyen de "mordre" sur la gauche, de séduire cet électorat ?

La "gauche cassoulet" comme on dit, est toujours forte dans la région, surtout Midi-Pyrénées qui est la plus peuplée des deux régions fusionnées. Elle l'a montré aux dernières élections départementales, moins par adhésion idéologique, je crois, que par ses réseaux. Mais c'est une gauche traditionnellement anti-parisienne, sociale et très peu sociétale, qui aura, je crois, du mal à se reconnaître dans quelqu'un comme Dominique Reynié.

J'ajoute que si la gauche connait aujourd'hui une hémorragie dans le Midi, toute relative d'ailleurs, c'est plus au profit du FN que de l'UMP-UDI.

Quant aux militants de l'UMP, ils sont généralement plus conservateurs que ceux de la région parisienne, position minoritaire oblige. Beaucoup s'étaient engagés contre le mariage homosexuel. Les cadres de LMPT de la région que je connais sont fermement décidés à ne pas voter pour la liste UMP si le choix actuel est confirmé par les états-majors nationaux de l'UMP, de l'UDI et du MODEM.

Pourquoi alors, les élus de la région ont-ils fait ce choix ?

Les modalités du choix, en particulier le recours à des procurations, sont contestées par quelqu'un comme Jean-Pierre Grand, sénateur UMP de l'Hérault qui envisage une liste dissidente. Le PCD l'envisage aussi. De fait, les candidats régionaux se sont neutralisés. Il y avait ainsi  dans le Tarn trois candidats de qualité, dont Bernard Carayon, maire de Lavaur, qui a été battu  au dernier tour de scrutin. Il avait sans dote  plus d' ennemis dans la région  que Dominique Reynié que la plupart   ne connaissaient pas.

La région Midi-Pyrénées-Languedoc Roussillon est-elle un enjeu important ? 

Si l'on considère qu'elle est perdue d'avance, non, encore que tans un tel cas, il vaudrait  peut-être mieux que l'UMP-UDI soit deuxième plutôt que troisième, ce qui serait, pour elle, le commencement de la fin..

Mais je ne  pense pas pour ma part que la bataille soit perdue d'avance, au contraire.

Il est vrai que si l' on se fie aux  européennes de 2014, la gauche y est encore forte : environ 39 % des voix pour le deux régions toutes tendances confondues (mais seulement  15,5 % pour le PS !). Il reste que la gauche est loin de la majorité historique qu'elle y possédait. les élections  départementales ont été meilleures pour elle car  l'effet réseau dont je vous parlais y joue plus.

Toujours pour les européennes,  la droite, là aussi toutes tendances  confondues,  et le FN  se tiennent au coude à  coude :  respectivement 28%  et  27 %. 

Comme la gauche ne sera probablement  pas unie   et que le parti socialiste en tant que tel est très affaibli, il faut que l'UMP, l'UDI  et le MODEM fassent le plein de leurs voix avec une tête d'affiche fortement légitime  et  qui tente de reconquérir les  voix du FN. Ce qu'on appelle avec mépris le populisme est souvent la marque d'une grande souffrance.  Ce n'est pas en injuriant les électeurs  qui font le choix des extrême,  qu'on peut les retrouver  mais plutôt en leur montrant, sans complaisance  naturellement, qu'on  les comprend.

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