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La formation professionnelle tarde à se mettre en place.
La formation professionnelle tarde à se mettre en place.
©Reuters

Ça rame

Réforme de la formation professionnelle : 6 mois après, les raisons du grand surplace français

Six mois après le lancement de la réforme de la formation professionnelle censée lutter contre le chômage, elle n'en est encore qu'à ses balbutiements. Explications.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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La formation professionnelle fait partie des tartes à la crème de la lutte contre le chômage. C’est une vieille habitude d’annoncer une réforme de la formation professionnelle pour mieux faire avaler la pilule de l’impuissance publique face à la crise de l’emploi. Habitude pratiquée à tous les étages: au niveau gouvernemental, bien sûr, mais aussi dans les entreprises. Tout plan de sauvegarde de l’emploi s’accompagne forcément de mesures de formation en faveur des personnels licenciés.

François Hollande n’a pas failli à la tradition: il a demandé aux partenaires sociaux de réformer la formation professionnelle. C’est ainsi qu’est né le compte personnel de formation, dernier avatar d’un empilement de réformes qui s’échouent toujours avant d’avoir atteint le cœur de la cible: la formation des salariés les plus exposés au chômage.

Une arme théoriquement efficace contre le chômage

En principe, la formation professionnelle est un remède pour lutter contre le chômage. Elle permet en effet d’adapter la main d’œuvre aux besoins du marché du travail. Grâce à elle, le tourneur fraiseur peut acquérir les notions en informatique indispensables pour changer de métier et pour faire face à l’évolution des méthodes de production. Le chauffeur de poids lourds peut apprendre les bases de la vente et le cadre en rupture de ban peut réaliser son rêve: devenir boulanger, fleuriste ou boucher.

La réalisation est en revanche beaucoup plus aléatoire. Dans la pratique, ce sont les cadres les mieux formés qui consacrent le plus de temps à la formation professionnelle, et les salariés les moins formés à la base sont aussi ceux qui ont le moins accès aux formations tout au long de la vie. Ce sont aussi les salariés les moins formés qui sont le plus exposés au chômage de longue durée.

Tout l’enjeu des réformes de la formation professionnelle consiste à modifier cet état de fait, et à mieux répartir l’effort de formation.

Peu d’avancées sur ce sujet

Dans la pratique, les réformes qui se succèdent apportent peu de changement dans cette inégalité face à la formation professionnelle. Un bon indicateur de cette stagnation est donné par le volume de chômeurs en formation. Celui-ci permet d’évaluer l’effort de formation pour les salariés en difficulté.

En 2003, par exemple, 650.000 chômeurs sont partis en formation. En 2014, ce chiffre est tombé à environ 450.000. Autrement dit, en dix ans, l’effort de formation de la main d’œuvre au chômage a diminué d’environ 30%. Pourtant, les méthodes de travail n’ont jamais autant évolué, et les technologies ne se sont jamais autant développées.

Dans ces conditions, on ne s’étonnera que beaucoup de postes restent vacants faute de candidats qualifiés, et que le chômage de longue durée ne diminue pas.

Les raisons des échecs dans les réformes

Cette incapacité à réformer le cœur de la formation professionnelle tient à plusieurs facteurs.

Le premier d’entre eux est culturel: la formation professionnelle reste trop peu perçue comme une source de valorisation. Beaucoup de chômeurs sont des "gueules cassées" de l’Education nationale qui les a convaincus d’être incapables de réussir. Ceux-là ont intégré une forme de peur vis-à-vis de la formation et s’imaginent incapables d’en bénéficier.

Une autre raison est plus structurelle. Le système français de formation professionnelle est très technocratique et obsédé par des questions de financement et d’organisation. Il se tourne assez peu vers le "besoin du client". Face à cette lourdeur, des tas de mécanismes sont mis en place pour financer des formations de façon relativement opaque et éloignée des besoins immédiats des salariés ou des demandeurs d’emploi.

Seuls les mieux informés s’y retrouvent. En attendant que l’information soit mieux diffusée, le marché du travail doit se contenter d’une situation instable où les salariés les moins formés s’ancrent dans leur absence de formation et se rendent d’autant plus vulnérables au chômage.

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