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Pas sûr que Jean-Marc Ayrault arrive à sortir le président de la République de la nasse de l’impopularité avec l'annonce de sa nouvelle réforme de la fiscalité française.
Pas sûr que Jean-Marc Ayrault arrive à sortir le président de la République de la nasse de l’impopularité avec l'annonce de sa nouvelle réforme de la fiscalité française.
©Flickr

Tentative

Réforme de la fiscalité : bouée de sauvetage ou plantage final pour le gouvernement Ayrault ?

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a déclaré vouloir remettre "la fiscalité à plat". Une déclaration qui, même si elle apparait comme une tentative d'apaisement des tensions qui agitent le pays, pourrait donner de l'air au gouvernement ou l'enfoncer encore sous une nouvelle promesse non tenue.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Jean-Marc Ayrault réussira-t-il à sortir par le haut du ras-le-bol fiscal et mener à bien la refonte complète du système des impôts ? Parviendra-t-il à mettre en œuvre cette vaste réforme, promesse de campagne de François Hollande, et contribuer ainsi à sortir le président de la République de la nasse de l’impopularité ? Les plus optimistes au PS veulent le croire et parlent "d’une étape importante de la reconquête". Les pessimistes, plutôt silencieux pour ne pas gâcher la fête, craignent au contraire que la mise en œuvre de cette gigantesque réforme provoque des blocages tels dans le pays qu’ils se solderont par la chute du Premier ministre qui laisserait ainsi "un cadeau empoisonné" à son successeur.  

En tous cas, au lendemain de l’annonce surprise de son projet de "remise à plat complète du système fiscal", tout cela "à prélèvements obligatoires constants", la majorité  élus socialistes a retrouvé une raison d’espérer : "c’est une réforme qui aura des conséquences très profondes", avançait hier le porte parole des députés PS, Thierry Mandon, d’après qui "c’est ce que tout le monde attendait , parce qu’on aborde les questions concrètes" (sous entendu et pas uniquement  les réformes de société !)

En fait, l’exécutif n’avait plus le choix. François Hollande et son Premier ministre, qui ne semble pas sur le départ pour l’instant,  ne pouvaient plus se cantonner dans l’immobilisme et continuer de naviguer à vue en attendant des jours meilleurs sans tenter de réagir à l’atonie générale et à cette fronde anti-impôts cristallisée autour de l’écotaxe et l’augmentation de la TVA, mais qui résulte surtout de l’empilement de taxes nouvelles.

Alors, à l’instar de Michel Rocard qui voulait provoquer un big-bang politique pour sauver un PS exsangue à la veille des législatives de 1993, Jean-Marc Ayrault, (dont certains prédisaient encore il y a quelques jours que son bail à Matignon est sur le point d’être résilié), veut renverser la table. Il se prend à rêver de devenir un super-réformateur du pays, le sauveur des corps intermédiaires bousculés, voire décrédibilisés par les coordinations de tout poil qui fleurissent au fil des contestations catégorielles. Pour l’heure, il est loin du but !

Si les syndicats, débordés par les "mouvements des bonnets" dont les couleurs sont autant de mécontentements, ont accueilli favorablement l’annonce de la concertation sur la réforme fiscale, la droite n’est pas prête à lui faire ce cadeau : "comment veut-il rassembler avec un président de la République qui n’a que 20%d’opinions favorables", s’interroge Christian Jacob, le patron des députés UMP, qui voit dans cette démarche l’effet "d’un vent de panique" et "l’aveu d’échec de la politique fiscale". Encore plus catégorique, le porte parole de François Fillon, Jérôme Chartier, explique qu’une réforme fiscale a besoin de stabilité politique et que la droite, qui a son propre projet, ne pérenniserait pas la réforme à son retour aux affaires si elle est élue en 2017 !

Guère plus d’indulgence à l’UDI où le spécialiste des questions budgétaires, Charles de Courson, qualifie l’initiative de "pitoyable". Au-delà des mots, il y a bien sûr le calendrier. A la veille des élections municipales, l’heure n’est pas au consensus. Dans un premier temps, cette initiative a surtout pour but de rassembler la gauche.

Quant à la concertation annoncée avec les partenaires sociaux et la représentation politique à laquelle l’opposition ne pourra se soustraire, elle remet la machine gouvernementale en mouvement et le Premier ministre en selle, sans pour autant lui apporter une garantie de longévité. Car il faut un minimum d’adhésion populaire pour mener à bien l’œuvre de longue haleine, quasi herculéenne, que constitue la remise à plat et forcément l’échafaudage d’un nouveau système fiscal : il reste moins de quatre ans jusqu’à la fin du quinquennat. Et quatre années, entrecoupées d’échéances électorales, ne seraient pas de trop pour mettre en place le prélèvement à la source, fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG tout en préservant les classes moyennes qui pâtiraient (encore plus) de l’instauration de l’impôt progressif. Tout cela en réalisant soixante milliards d’économies au cours des quatre prochaines années et avec l’espoir de rassembler l’ensemble des Français autour du beau principe du "consentement à l’impôt". Vaste programme, devant lequel l’ancien ministre du Budget Eric Woerth s’est contenté d’un lapidaire "Bon courage!"

 

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