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Rechute de l’activité manufacturière en France :  les premiers symptômes du ralentissement économique mondial sont arrivés
©wikipédia

PMI en berne

Rechute de l’activité manufacturière en France : les premiers symptômes du ralentissement économique mondial sont arrivés

La dernière étude mensuelle de Markit sur l’indice PMI (indice des directeurs d’achat) de l’industrie manufacturière française révèle une panne de croissance du secteur. Ce qui reflète son plus mauvais score depuis 5 mois, faisant planer une incertitude sur la réalité de la reprise économique en France.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Alors que l’industrie manufacturière semblait sortir la tête de l’eau depuis 5 mois, comment expliquer la stagnation de l’activité en ce début d’année 2016 ? Cette situation est-elle plus la conséquence de la situation intérieure du pays, ou de l'affaiblissement du contexte mondial ? Cette tendance est-elle amenée à perdurer ?

Jean-Paul Betbèze : De fait, l’indice des Acheteurs PMI se replie de 51,4 en décembre 2015 à 50 en janvier. C’est son plus faible niveau depuis cinq mois. Ce ralentissement annonce une stagnation de l’activité. Ce n’est malheureusement pas une surprise dans une économie mondiale qui ralentit, notamment pour le secteur manufacturier, sous l’effet de la Chine et de ses répercussions directes et indirectes, passant par les commandes allemandes par exemple. Dans ce monde plus inquiet, la pression sur les prix et les changes est plus forte que jamais, avec ses effets sur les marges, l’investissement et l’emploi. Dans ce contexte, tout le monde pilote au plus serré pour les dépenses et plus à vue pour les investissements, en France comme ailleurs. C’est bien pourquoi on trouve encore une baisse, certes modérée, des commandes à l’export françaises.

Ce résultat pose un problème spécifique compte tenu, en France, de la faiblesse de la reprise économique par rapport à ce qui se passe partout en zone euro. On avait le sentiment que l’économie repartait, certes lentement, certes avec retard, mais repartait quand même. C’est ce départ qui est aujourd’hui soumis à interrogation.

Le gouvernement semble s’être lancé dans une politique de compétitivité qui consistait justement à soutenir l’activité de l’industrie manufacturière, comment expliquer l’inefficacité apparente des réformes mises en place ?

Le gouvernement entend réduire depuis deux ans les charges, de fait excessives, qui pèsent sur les entreprises, au moyen d’un système de crédit d’impôt, le CICE. Ce système a réduit de près de 3 % les coûts salariaux et a permis de voire remonter, enfin, la profitabilité des entreprises. Le taux de marge est ainsi passé à 31,5 % de la valeur ajoutée au troisième trimestre 2015 contre 29,5 % en 2014. Il y a donc une amélioration : moins de charges, plus de marges. Mais il faut du temps pour que l’investissement reparte, c’est en cours, et plus encore l’emploi. Ceci est d’autant plus vrai que l’Espagne surtout et l’Italie repartent, l’Espagne regagnant des parts de marché en ayant réduit ses salaires. En fait, les mesures en cours en France ne sont pas inefficaces, elles sont insuffisantes et incomplètes. Insuffisantes, parce que les marges des entreprises allemandes restent encore supérieures à celles des entreprises françaises de 3 % de valeur ajoutée. Incomplètes surtout, parce que les nouvelles conditions de concurrence impliquent plus de souplesse et de réactivité, donc de nouveaux rapports sociaux dans l’entreprise, en commençant par le droit du travail. On comprend que le temps joue contre nous, quand on voit ce qui se passe en zone euro et chez les pays émergents. Nous devons aller plus vite. Il faudra donc re-poser la question du CICE : Compétitivité ou Emploi ? Compétitivité bien sûr, ce qui implique de mettre l’accent sur les salaires élevés, 2 fois le SMIC, au lieu d’étaler la baisse des charges à partir du SMIC, au risque de diluer l’effet recherché.

Quelle sont les leviers disponibles pour les autorités, européennes et françaises, pour permettre de contrer ce phénomène ? Ces résultats mettent-ils à mal les prévisions de croissance du gouvernement pour 2016 ?

L’année 2016 est, en fait, bien avancée dans les têtes des dirigeants et dans les décisions. C’est en général le premier semestre qui « fait » l’année. Il faut donc renforcer les messages de simplification et de flexibilité. Surtout, il faut savoir que l’arme monétaire sera décisive dans les mois qui viennent : la hausse des taux américains, ralentie, va freiner la hausse du dollar et des taux. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne va plus encore jouer les prolongations pour « normaliser » ses taux, parlant de 2017, et sans doute réduire encore ses taux de réserves, au de-dessous de – 35 points de base, de façon à faire encore baisser les taux de crédit et à faire plus pression encore pour les banques afin qu’elles accordent des crédits. L’amélioration est lente et modeste. Nous pensons encore à 1,5 % de croissance pour 2016. Souhaitons que ce chiffre d’enquête pousse les décideurs à aller plus vite en besogne ! Ralentir est une chose, retomber serait grave.

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