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Réacs : passéistes ou avant-gardistes ?
©Capture d'écran / Nouvel observateur

A contre temps

Réacs : passéistes ou avant-gardistes ?

Depuis des années, on a conspué tout ceux qui, loin de la novlangue autorisée, mettaient un point d’honneur à (d)énoncer les vrais problèmes. Force est de constater qu’aujourd’hui, la gravité des événements leur donne raison. Cela suffira-t-il à les réhabiliter ? L’espoir fait vivre.

Emmanuelle  Ory-Lavollée

Emmanuelle Ory-Lavollée

Emmanuelle Ory-Lavollée n’est ni grande, ni blonde, ni fashion victim… elle n’a pas de toutou, ni de 4×4, ne trie pas ses ordures. Elle fume parfois et s’accorde même un petit verre de temps en temps.

Comme les vaches, elle regarde passer le train de la vie politique et sociale française, qui à maints égards et tour à tour la consterne, la révolte ou l’amuse…

Emmanuelle Ory-Lavollée anime le blog 2quoijmemêle.com.

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L’histoire use parfois de curieux détours. Rien n’y est linéaire, ni lisible au premier coup d’œil. Mais les événements –souvent tragiques- offrent une lecture différente de faits que l’on refusait d’analyser auparavant.

Haro sur les cassandres

Dans un monde tricolore et multiculturel mythifié, nulle menace n’existait jusqu’ici, hors celle d’un extrémisme politique hors d’âge. Les colonnes des magazines en font leur miel depuis des mois, des années. Tout ce qui ne rentre pas précisément dans la doxa socialisante est réac. Et ces néo-réacs, crypto-réacs, ennemis de la république et autres passéistes, fasciste, et néo-nazis –n’ayons pas peur des mots-, rappellent les heures les plus sombres de notre histoire, selon les articles et interviews de personnes autorisées. Tous ceux qui refusent d’appeler un état terroriste par un nom de lessive aux vertus adoucissantes, un crime par le terme pudique d’acte de malveillance, ceux qui s’étonnent de voir des criminels multirécidivistes en liberté, qui refusent la dictature du pas d’amalgame et souhaitent qu’enfin les problèmes soient regardés en face pour être combattus, étaient jusqu’ici la honte de la Nation, les empêcheurs de faire France, la menace la plus immédiate de la république. 

Les bobos compatissants, champions d’un « excusionnisme  auto-flagellant » et d’un mondialisme béat, honnissent ces Cassandres, qu’ils disaient hantés de cauchemars stupides, étroits et dénués de fondement. 

Sauf que…

Ce qui arrive aujourd’hui, dont tout le monde semble prendre conscience avec effroi, en dépit d’un avertissement des plus violents début janvier 2015, nos odieux pessimistes le craignaient, le percevaient et l’annonçaient depuis des années. Ils recevaient la haine des pouvoirs publics à proportion de l’adhésion des français. Les Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Philippe de Villiers, Michel Houellebecq et quelques journalistes qui ont l’effronterie de ne pas être de gauche, mettent en garde depuis des années contre ce que nous vivons aujourd’hui. Les zones de non-droit, le laxisme judiciaire, l’abandon de l’éducation, le reniement de notre histoire, la montée des communautarismes et la laïcité à géométrie variable : autant de thème jusqu’ici interdits, qui depuis 15 jours, semblent avoir leur place dans le débat.  A condition toutefois d’éviter toute stigmatisation.

Ne nous réjouissons pas trop vite. Le symptôme trop longtemps occulté est fermement installé. Que le médecin décide de s’en occuper n’en garantit pas la guérison. Et d’ailleurs, le médecin a-t-il réellement décidé de se pencher au chevet de la France ? C’est toute l’ambiguïté qui demeure. Peut on faire crédit de sincérité à un homme qui n’a donné jusqu’ici que des preuves de son cynisme ? Si le président a endossé pour quelques heures le costume sombre du Père de la Nation, il a également tiré autour de lui le cordon sanitaire de l’unité nationale, rempart à toute critique à son encontre.  On s’abrutit de Marseillaise et de drapeau tricolore jusqu’ici jugés trop clivant. On salue, dans des hommages réducteurs, une jeunesse frivole et tolérante -vertu suprême de la république dont on voit où elle mène-, on appelle les citoyens à des actes de résistance aussi héroïques que d’aller dépenser dans les magasins ou de sortir au théâtre et au café. Mais nul n’interroge, comme les gênants réacs, les raisons historiques ou philosophiques qui ont conduit à cette impasse. L’action ou l’absence d’action politique qui en a fourni le terreau.

Le cynisme envers et contre tout 

A observer cette terrible quinzaine, on constate que l’allure martiale du Président, unanimement saluée au nom de l’unité nationale, laisse rapidement place au calcul. Et si l’on peut faire crédit à François Hollande de sa réactivité pendant les heures qui ont suivi les attentats, on perçoit également le vent mauvais de la stratégie et de la gestion de carrière. Sa volonté de se montrer partout, au péril de ceux qui le protègent, en dit long sur ses motivations. L’insistance avec laquelle il faut faire savoir qu’il écrit lui-même tel ou tel discours également. Cela mérite-t-il une médaille ? Une occasion similaire de prise de conscience lui avait été fournie en janvier. Qu’en a-t-il fait alors ? L’histoire, en dépit de ses habitudes, a repassé les plats. Elle a fourni un carnage révoltant, qui n’en est pas moins une opportunité de faire oublier, au nom de la guerre rampante que l’on feint de découvrir aujourd’hui, un désastreux bilan et une fuite en avant dont on payera également les conséquences. 

Comme en janvier, ce dessillement, bien que suivi d’actions plus adaptées, ne sera que partiel. Il cèdera vite le pas aux affaires courantes. Car le terrain est glissant : l’amalgame est tapi en embuscade et les élections approchent. Pour ces raisons, nulle remise en question profonde sur l’histoire, l’autorité, l’éducation ou la justice ne viendra honorer la mémoire de ces innocentes victimes. 

Au nom d’une idéologie chimérique

Le bon sens et le pragmatisme ont cédé la place à une idéologie hors-sol, oublieuse de l’histoire et dénuée de tout fondement cohérent, matraquée via l’école et les médias. Même dans la conversation de salon ou de bistrot, la crédibilité a déserté le raisonnement. Les « tu n’as pas le droit de dire cela », les procès en intolérance, en racisme et en amalgame sont incessants, y compris chez les gens réputés intelligents. Les opposants à cette pensée prémâchée font figure de sentinelles, de résistants oserait-on dire si le mot n’était pas si dévoyé. Ils sont les gardiens d’une l’histoire, d’un expérience, d’un réalisme et du sens commun. Ils observent, nomment avec de vrais mots et analysent, puis ils préviennent… jusqu’ici dans un désert hostile. 

Le temps est venu de porter attention aux pensées nourries d’histoire et de connaissance et de refuser la chimère d’un grand supermarché mondial affranchi de toutes racines. Nous le devons à nos morts. 

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