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Rapprochement avec Pékin : François saura-t-il être aussi efficace que Jean-Paul II avec l’empire soviétique ?
©Reuters

Diplomatie papale

Rapprochement avec Pékin : François saura-t-il être aussi efficace que Jean-Paul II avec l’empire soviétique ?

A l’occasion du nouvel an chinois, le pape François s’adresse pour la première fois à la Chine à travers un entretien publié par Asia Times. Par cette interview, il semble vouloir renouer le dialogue avec les autorités chinoises, rompu depuis Mao Zedong.

Christophe Dickès

Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

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Atlantico : Où en sont aujourd’hui les relations Rome/Pékin ?  Trois évêques chinois pourraient être nommés par le Vatican sur la base de propositions de Pékin. Le journal italien Corriere della Serra évoque même la possibilité d’un voyage du pape en Chine en 2017… Qu’en est-il ?

Christophe Dickès : Les relations entre la Chine et le Vatican ont tellement été sujettes à de multiples rebondissements par le passé, qu’il faut rester extrêmement prudent. Objectivement, on peut affirmer que la question fait partie des dossiers prioritaires du pape François et de son cardinal secrétaire d’Etat, Mgr Parolin, qui connait parfaitement son sujet. Au mois d’août 2014, symboliquement, l’avion du pape avait survolé la Chine à l’occasion de son voyage au retour de Corée du Sud. Ces petits gestes ne sont pas anodins. En langage diplomatique, ils ont leur importance.

D’ailleurs, Rome avait accueilli une délégation chinoise le mois précédent (juin 2014). Quelques temps après, le cardinal Parolin déclara à la Revue italienne Saint François : « Nous sommes dans une phase positive. » Puis, en octobre 2015, c’était au tour d’une délégation du Saint-Siège de se rendre à Pékin. Le cardinal Parolin fit une nouvelle déclaration à cette occasion : « Tout ce qui se fait est fait, justement, pour trouver une entente et avoir des relations normales avec la Chine et avec Pékin aussi, comme nous en avons avec tous les autres, ou avec la très grande majorité des pays du monde. Le fait de dialoguer est quelque chose de positif. » Il a donc été très prudent tant la question oblige à une politique des petits pas.

Comment l’Eglise catholique de Chine a-t-elle évolué, et dans quelles conditions, après que Mao Zedong soit arrivé au pouvoir ?

Comme l’a écrit Dorian Malovic, un des plus grands spécialistes de la Chine et du catholicisme : « Les relations du Vatican avec l’empire du Milieu sont à l’image du christianisme en Chine : anciennes, fragiles, souvent conflictuelles et parfois violentes, toujours mêlées de suspicions. » Dans sa volonté de contrôler l’ensemble de la société, le régime communiste a créé en 1957 l’Association patriotique des catholiques chinois. Celle-ci a été condamnée par le pape Pie XII en 1958. Dès lors, tous ceux qui pratiquaient leur foi ont été persécutés. Toute expression publique de la foi a été bannie pendant la Révolution culturelle (1966-1976).

Il faut attendre la fin des années 1970 afin de voir un semblant d’ouverture. C’est d’ailleurs un Français, le cardinal Roger Etchegaray qui, à quatre reprises, va se rendre à Pékin afin de renouer le dialogue. En fait, le nœud chinois est triple pour Rome : d’une part, les autorités refusent au Vatican le droit de nommer les évêques. Ensuite le pouvoir communiste a demandé au Saint-Siège de rompre ses relations diplomatiques avec « l’île rebelle » de Taiwan. Enfin, Rome doit inévitablement prendre en compte l’Eglise du silence, une structure clandestine qui vit constamment sous la menace de la répression. A ce jour, la Chine est un des seuls pays au monde à ne pas entretenir de relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

Le gouvernement  chinois assure respecter la liberté religieuse. Mais dans la réalité, l'exercice des libertés n'est-il pas encore très limité ? Dans quelle mesure ?

Ce discours ne trompe absolument personne. Les autorités chinoises soufflent constamment le chaud et le froid. Rome, pour l’instant, évite les questions qui fâchent, notamment et surtout la question de la détention ou de l’assignation à résidence de plusieurs évêques clandestins. Le Vatican a aussi reconnu plus d’une centaine d’évêques de l’Eglise patriotique. Cette politique a été initiée à la fin du règne de Jean-Paul II puis sous le pontificat de Benoît XVI avec, comme point d’orgue, la fameuse lettre aux catholiques chinois appelant à une réconciliation (27 mai 2007).

Mais cette politique a eu ses limites. Le revirement unilatéral du pouvoir communiste chinois, qui, de nouveau, a nommé des évêques sans consulter Rome, a brisé net un élan. A son tour, François tente donc de relancer un processus car, en politique, il faut toujours continuer à essayer. Même si le contexte est aujourd’hui peu favorable dans la mesure où le Parti communiste chinois engage une nouvelle campagne de répression contre la société civile dans son ensemble.

Si cette détente est souhaitée par un certain nombre de catholiques, une majorité craint qu’il s’agisse d’un rapprochement de « façade » de la part de Pékin, qui ne garantira pas plus la liberté religieuse. Le Cardinal Joseph Zen Ze-kiun, notamment, considère que l’Eglise y perdra en se lançant dans ces négociations. Ses craintes sont-elles légitimes ?

La position de l’archevêque de Hong-Kong, Monseigneur Zen, est bien connue. Il a été créé cardinal par Benoît XVI en 2006 et certains disent qu’il fut cardinal « in pectore », c’est-à-dire désigné dans le secret dès 2002, sous Jean-Paul II. Très au fait de la situation, ce professeur enseigna non seulement dans les séminaires officiels mais aussi clandestins. Depuis qu’il a été nommé à la tête du diocèse de Hong-Kong, il n’a eu de cesse de critiquer les revirements et le double jeu des autorités chinoises contre le Vatican. A juste titre : dans la province du Zhejiang, dans les deux dernières années, les autorités ont par exemple détruits 1 500 églises. En fait, le gouvernement chinois a peur de la croissance du catholicisme qui semble inexorable. Si bien que certains observateurs estiment que l’année 2016 verra le retour de persécutions de grande ampleur.

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