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Pour les organisations criminelles, les migrants sont un chargement, une marchandise comme une autre. Il y a parfois des vols de chargements d'un réseau à un autre.
Pour les organisations criminelles, les migrants sont un chargement, une marchandise comme une autre. Il y a parfois des vols de chargements d'un réseau à un autre.
©Reuters

Commerce d'êtres humains

Rapport Frontex : l’Albanie, au premier rang des pays où les mafias s’enrichissent sur les trafics de migrants

Profitant d'une faille dans la réponse européenne à la crise migratoire, les mafias (albanophones, italiennes, turques), qui sont avant tout des organisations opportunistes, profitent des flux de migrants pour s'enrichir.

Stéphane Quéré

Stéphane Quéré

Diplômé de l'Institut de Criminologie et d'Analyse en Menaces Criminelles Contemporaines à Paris II, Master II "Sécurité Intérieure" - Université de Nice. Animateur du site spécialisé crimorg.com. Derniers livres parus : "La 'Ndrangheta" et "Planète mafia" à La Manufacture de Livre / "La Peau de l'Ours" (avec Sylvain Auffret, sur le trafic d'animaux, aux Editions du Nouveau Monde)

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Atlantico : Le dernier rapport de Frontex sur les Balkans occidentaux (voir ici) montre que les faux papiers donnés aux migrants viennent en premier lieu d'Albanie, ce qui laisse supposer une implication de la mafia albanaise. Quels rôles les mafias jouent-elles dans la crise migratoire actuelle ? A quelles étapes du parcours des migrants les mafias interviennent-elles ?

Stéphane Quéré :  Les mafias jouent essentiellement un rôle de facilitateur. Elles n'organisent pas le trafic de migrants, ou alors en marge, mais elles profitent des flux. Elles interviennent dans la fourniture de faux papiers, facilitée par la corruption d'hommes politiques et de fonctionnaires qui produisent les faux papiers en question.

Les mafias peuvent également sécuriser les routes de trafic, à l'instar des mafias albanophones –appellation plus juste que celle de mafias albanaises car on y trouve également des Kosovars. Par exemple, en Belgique, les parkings d'autoroute font l'objet de contrôles, notamment par les mafias albanophones mais aussi par d'autres groupes (pakistanais, vietnamiens etc). Le contrôle d'un parking d'autoroute en Belgique implique un contrôle des passages de camions et la "mise à disposition" de ces camions pour les migrants afin de les faire embarquer vers les ports belges, puis vers l'Angleterre.

Pour les organisations criminelles, les migrants sont un chargement, une marchandise comme une autre. Il y a parfois des vols de chargements d'un réseau à un autre. Ainsi, comme on peut voir des braquages de stupéfiants, il y a aussi des braquages de chargements de migrants.

 

Ces mafias sont-elles puissantes ? Quelles sont celles qui tirent le plus grand profit de la crise migratoire ?

La crise migratoire profite aux organisations criminelles du sud de l'Europe, telles que la mafia turque, qui a une spécialité historique dans la contrebande par mer et se trouve dans un lieu stratégique entre les deux continents. La mafia albanaise, qui est aussi dans un lieu stratégique face à l'Italie et donc à l'Union européenne en profite également. Enfin, les grandes mafias du sud de l'Italie, qui peuvent accueillir sur leurs côtes les migrants puis les faire passer vers d'autres pays tirent également leur épingle du jeu. Par ailleurs, chaque mafia a un rôle sur son territoire donné ou sur des "hubs migratoires" (des aéroports, des lieux ferroviaires, des passages de frontières etc.).

On retrouve aussi les groupes chinois, qui sont plus sophistiqués et assurent la filière du départ jusqu'à l'arrivée. Ces filières sont en général garanties : si le migrant chinois est intercepté et renvoyé dans son pays, l'organisation assure une nouvelle tentative de passage par la suite.

Dans quelle mesure les mafias pallient-elles l'absence de politique européenne coordonnée vis-à-vis des migrants ? Quels sont les risques posés par cette imbrication entre criminalité organisée et migration ?

Les mafias ne pallient pas les insuffisances des Etats mais elles profitent d'une faille dans la cohérence de la réponse européenne. Les mafias et le crime organisé en général, ce sont avant tout des organisations opportunistes et capitalistes.

Le premier risque est que les organisations criminelles s'enrichissent par le prix du passage des filières, sachant que cet argent va alimenter d'autres trafics (armes, stupéfiants, contrebande). Le deuxième risque est lié à la fragilité des migrants et à l'exploitation de ces derniers par les organisations criminelles. En effet, certains migrants sont isolés et peuvent être exploités par les organisations criminelles : travail clandestin dans l'industrie "normale", exploitation de clandestins dans des fabriques de contrefaçon (comme c'est le cas dans les ateliers clandestins gérés soit par le crime organisé chinois, soit par la Camorra), prostitution qui touche les femmes et les jeunes enfants isolés, utilisation des migrants comme "petites mains" pour la gestion au quotidien des plantations de cannabis.

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