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"Harlem Désir a sans doute manifesté le syndrome des gens de gauche qui rêvent d’avoir en face d’eux une droite vichyste et munichoise"
"Harlem Désir a sans doute manifesté le syndrome des gens de gauche qui rêvent d’avoir en face d’eux une droite vichyste et munichoise"
©Reuters

SOS culture

Petit rappel à l’usage d'Harlem Désir dans le cas où il voudrait à nouveau s’exprimer sur la politique étrangère de la France

En qualifiant d'"esprit munichois" le fait de s'opposer à une intervention en Syrie, Harlem Désir a frôlé le point Godwin et a entraîné de vives réactions de l'opposition, dont Christian Jacob qui a jugé les propos "ignobles".

André Senik

André Senik

André Sénik est agrégé de philosophie et avoue un passé communiste, version italienne, dans les années 1960.

Son dernier livre : Marx, les Juifs et les droits de l’homme, à l’origine de la catastrophe communiste (Denoël / 2011).

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Ne tirons pas sur Harlem Désir comme s’il existait. Faut-il même en parler ? Pourquoi prendre au sérieux quelqu’un qui profère une énorme insanité et qui prétend ensuite qu’il ne pensait pas vraiment ce qu’il a dit, que c’était juste une provocation pour obliger la droite à réagir.

La réalité est qu’en plus d’un besoin d’un peu de notoriété, Harlem Désir a sans doute manifesté le syndrome des gens de gauche qui rêvent d’avoir en face d’eux une droite vichyste et munichoise, voire pire si possible. Malheureusement pour ce manichéisme, entre la droite et la gauche de gouvernement, il n’existe pas de clivage sur les leçons et les principes hérités de la seconde guerre mondiale.

Est-ce à dire que la question de l’esprit munichois ne se pose pas ? Elle se pose, à condition de préciser ce qu’on met dans ce mot. À mes yeux, l’esprit munichois consiste à laisser faire par principe les pires monstruosités tant qu’elles ne nous atteignent pas directement. Cette non-ingérence de principe dans les crimes de masse commis hors de nos frontières peut se réclamer de quatre raisons : 

  • Un pacifisme inconditionnel qui s’interdit l’usage de la force contre la violence ;
  • Un égoïsme national cynique qui considère que chaque peuple n’est responsable que de lui-même ;

  • Un souverainisme généralisé, illustré par la formule de Goebbels affirmant devant la Société des Nations « Charbonnier est maître chez soi ».
  • Et enfin la conviction pessimiste que le remède sera forcément pire que le mal.


Tout cela aboutissant au laissez-faire.

Les conséquences des accords de Munich ont invalidé la toute puissance de ces quatre raisons. Le droit à l’ingérence s’impose, mais à une double condition : que cette ingérence soit possible, et qu’elle soit utile. Sur ces deux conditions, la gauche et la droite françaises se retrouvent également coincées sur le dossier syrien, sans être pour autant suspectes d’esprit munichois.

Ce n’est pas le cas des communistes et du Front national, ni celui des souverainistes. Tous communient dans l’hostilité à l’égard des Etats-Unis, c’est-à-dire du pays sans lequel le droit serait sans force.

Car tant que l’ONU ne s’est pas dotée d’un Droit dont les décisions s’imposeront à tous les États et d’une force au service de ce Droit, rien ne sera légal de ce qui déplait aux États post-communistes, la Chine et la Russie. Il faudra donc les impliquer, et, à défaut, les contourner.

En attendant, les anti-munichois de gauche comme de droite vivent une situation des plus angoissantes. Personne ne peut prévoir les conséquences d’une intervention qui donnerait un coup de pied dans la fourmilière sans maîtriser la suite, non plus que les conséquences d’une non-intervention qui promettrait l’impunité et laisserait le champ libre aux États les plus criminels.

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