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Gérald Darmanin à l'issue du Conseil des ministres, à l'Elysée.
Gérald Darmanin à l'issue du Conseil des ministres, à l'Elysée.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Vision politique

Radioscopie de la droite (Macron) selon Gérald Darmanin

Après le rassemblement des policiers devant l'Assemblée nationale le mercredi 19 mai, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a accordé un entretien au Parisien. Que révèle sa définition de la droite exposée dans cette interview ? Et pourquoi plus personne n’est-il vraiment capable de donner une définition de ce qu’est la droite ?

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), et le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019).

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Après la mobilisation des policiers du mercredi 19 mai et suite aux critiques sur sa présence lors de la manifestation, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a accordé une interview au Parisien. Que révèle sa définition de la droite telle que présentée dans Le Parisien ? Où marque-t-il des points ?

Christophe Boutin : Gérald Darmanin donne en fait dans son entretien au Parisien deux définitions de « la droite ». La première est, pourrait-on dire, une définition « en creux », et oppose deux droites. La sienne, car il se dit toujours de droite (« ce n'est pas ma droite » conclut-il ainsi une de ses remarques), serait composée de tous ceux qui, tout en n'étant pas de gauche, et ralliés ou non à Emmanuel Macron, s'opposeraient au Rassemblement national - un parti que, par coquetterie, le ministre continue d’appeler FN. À côté, ou face à elle, une seconde droite, composée d’une partie au moins des Républicains, flatterait dit-il « sans aucune pudeur le FN ». C’est la droite des « Éric Ciotti ou Nadine Morano », mais qui rejoindrait ce qu'il appelle « une certaine droite, réactionnaire, conservatrice », ou encore la « ligne Bellamy », faisant allusion à la campagne des élections européennes. La ligne de clivage entre ces deux droites serait donc des plus claires, c’est celle du fameux « front » ou « barrage républicain », ce « cordon sanitaire » mis en œuvre à partir de 1986 par une droite chiraquienne tétanisée par le politiquement correct de la gauche et des médias. On sait que l’on passa alors peu à peu de l’interdiction des alliances politiques à celle de reprendre des thématiques qui pouvaient être - ou avoir été un jour- celles de « l’extrême droite » (la question de l’immigration étant ici le tabou majeur, mais la question de l’Union européenne fut aussi un marqueur fort), et jusqu’à l’interdiction de l’usage de certains mots. C’était l’époque où même la tactique du « ni, ni » (ni FN, ni gauche) était conspuée, la droite ayant vocation à se désister ou à voter pour la gauche si besoin était.

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Mais lorsqu'on lui demande ensuite s’il appelle certains élus qui ont quitté les Républicains à soutenir la majorité présidentielle, Gérald Darmanin liste, pour justifier une telle démarche, toute une série de mesures qui auraient été mises en œuvre par Emmanuel Macron et qui auraient vocation à satisfaire la droite - autrement dit la droite telle qu'il l’entend, en laissant voir cette fois non plus une définition en creux, mais bien une définition positive. Que trouve-t-on dans ce panel ? Des mesures économiques d’abord : « on supprime la taxe d’habitation, on baisse l’impôt sur le revenu, les impôts de production » ou « on soutient les petits commerçants » ; des mesures régaliennes ensuite : « on rétablit l’autorité de l’État, on lutte contre les drogues, on essaie de mettre fin au terrorisme islamiste » ; puis des mesures sociales : « on met le mérite et le travail en priorité » ; enfin, conclut le ministre de l’Intérieur, « on a fait des réformes difficiles, comme la fin du statut à la SNCF, la réforme de la haute fonction publique, on supprime l’ENA ».

Ces éléments permettent de définir la droite à laquelle s'adresse le ministre. Reprenons ici la célèbre distinction de René Rémond, entre une droite légitimiste, la droite historique, effectivement conservatrice et même parfois réactionnaire pour reprendre les termes de Gérald Darmanin, puis une droite bonapartiste, dont certains choix, comme l'appel au peuple, renvoient à notre moderne populisme, enfin une droite orléaniste, dont la principale caractéristique était d’unir autour d’intérêts financiers les élites nées de la Révolution française. Des élites dont certains membres venaient d’ailleurs de la gauche, car la vie politique française a été structurée par ce sinistrisme étudié par Albert Thibaudet dans ses Idées politiques de la France. « La pente est à gauche » déclarait ainsi celui qui décrivait comment, au XIXe puis au début du XXe, des politiques situés à gauche, confrontés à la naissance de nouveaux partis plus radicaux sur leur gauche, se retrouvaient ainsi décalés à droite. Et la crainte des « partageux » a fait beaucoup pour regrouper au sein de la droite orléaniste accapareurs de biens nationaux et fortunes nouvelles nées de la révolution industrielle, qui ne s’y trouvaient pas initialement.

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Ces trois droites semblent théoriquement se rejoindre sur ce régalien qu’évoque Gérald Darmanon (autorité, sécurité), mais elles diffèrent en fait sur la place de l’État, centrale dans la droite bonapartiste, équilibrée par les corps intermédiaires dans la droite légitimiste, et plus effacée encore pour la droite orléaniste, où un État minimum, pas forcément national, laisse la plus grande place aux intérêts privés. Or il est intéressant de relever que les autres éléments évoqués par le ministre concernent prioritairement la droite orléaniste, celle où la captation du pouvoir n’est que le moyen de protéger des individus – ou plutôt leurs avoirs –, quand existent dans les deux autres des solidarités qui dépassent ce niveau - pour la droite légitimiste par exemple les différents cercles d'appartenance que sont les corporations, les provinces ou la nation. Une nation dont l’identité et la cohésion sont aussi au cœur de la pensée de la droite bonapartiste, quand elle n’est pour les orléanistes qu’une collection d’individus au mieux unis par un contrat que l’on peut toujours dénoncer en fonction de ses intérêts personnels privés. D’où, dans ces réformes dont se félicite Gérald Darmanin, les atteintes à la haute fonction publique, ce corps chargé depuis les légistes royaux de la défense des intérêts de l’État contre ceux des individus. D’où, aussi, les atteintes à ces services publics par lesquels un groupe social exerçait en commun des compétences au profit des plus faibles. D’où, enfin, la cristallisation du ministre, sur le plan économique, sur des mesures favorisant un capital mobile, en baissant l'impôt sur le revenu ou les impôts de production, et en supprimant de manière très symbolique la taxe d'habitation, payée par le toujours potentiel nomade de la « mobilité géographique », et non la taxe foncière – on sait la détestation profonde du progressisme macronien pour ce patrimoine foncier qui ancre une famille dans un terroir, une histoire et une identité.

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Et l’on voit en conclusion que René Rémond n’avait pas tort : il n’y a pas une droite mais bien des droites, revenues de nos jours à leurs oppositions de fond, une droite libérale progressiste, celle qui rejoint LREM, une droite populiste, largement ancrée au RN, et une droite conservatrice, présente, elle, à la fois au RN, chez LR et « hors les murs ».

Maxime Tandonnet : M. Darmanin (s’exprimant en tant que responsable politique) déclare : « On supprime la taxe d’habitation, on baisse l’impôt sur le revenu, les impôts de production, on rétablit l’autorité de l’Etat, on lutte contre les drogues, on essaie de mettre fin au terrorisme islamiste, on met le mérite et le travail en priorité, on soutient les petits commerçants, on a fait des réformes difficiles, comme la fin du statut à la SNCF, la réforme de la haute fonction publique, on supprime l’ENA. Le président a une voix qui porte dans le monde. Les électeurs et les élus de droite s’en rendent compte. » De fait, il ne sera pas facile de convaincre les électeurs de droite que pendant l’actuel quinquennat les impôts dans l’ensemble (prélèvements obligatoires) ont baissé ; que la situation s’est améliorée en matière de drogue, de terrorisme islamiste et d’autorité de l’Etat et que la violence a reculé dans le pays ; que les petits commerçants sont soutenus - surtout depuis un an – , que la SNCF se porte mieux et que la haute fonction publique (voire l’administration française en général) est désormais sur la bonne voie grâce au sacrifice emblématique de l’ENA. Toutes les propagandes du monde n’y suffiraient sans doute pas.

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Où pratique-t-il des raccourcis pratiques pour masquer le décalage entre  Emmanuel Macron et la droite ?

Christophe Boutin : J’aurais volontiers écarté certaines affirmations du ministre, mais il semble quand même qu'il s'illusionne sur quelques éléments. Quand il déclare par exemple que dans la France de 2021 « on rétablit l'autorité de l'État », on se demande si c’est bien le ministre de l’Intérieur, destinataire au quotidien des notes touchant à la sécurité publique qui parle. On ne niera certes pas que l'autorité de l'État se soit parfois exercée sans faillir ces dernières années, que ce soit à l'encontre des manifestations des Gilets jaunes, avec une violence l'on n’avait pas connue depuis les périodes de guerre, ou contre ces Français pourchassés sur les plages, les chemins creux de montagne ou dans les forêts, et sanctionnés pour n’avoir pas porté un masque ou avoir dépassé le kilomètre autorisé. Mais il serait bien évidemment trop facile ici de citer ensuite le nombre de territoires dits « de reconquête républicaine » dans lesquels l'autorité de l'État est bafouée : et l’on en est, en 2021, à se poser la question de savoir comment protéger non pas les citoyens, mais bien… les forces de sécurité intérieure.

De la même manière, lorsque Gérald Darmanin déclare sans rire que «le président a une voix qui porte dans le monde » on se demande de quel monde il parle. Que ce soit en effet au sein de l’Union européenne, où il n’arrive qu’à renforcer la puissance allemande dans tous les domaines, dans ses rapports avec les États-Unis, dans ses poses plastiques libanaises ou ses palinodies algériennes, et jusque dans une Afrique où meurent nos soldats, il est permis de se demander où porte la voix jupitérienne.

Mais en sus de ces nuances sur le retour du régalien, en politique intérieure ou extérieure, il faut aussi noter les contradictions ministérielles. Si « on soutient les petits commerçants », comme le déclare Gérald Darmanin, c’est une simple conséquence des mesures prises pour faire face à la crise sanitaire et tenter d’éviter un désastre économique, alors qu’auparavant, mondialisation heureuse oblige, bien peu de choses étaient faites pour favoriser le commerce de proximité ou le localisme. Enfin, comment peut-on concilier de prétendre mettre « le mérite et le travail en priorité » en s’attaquant à une haute fonction publique qui, avec bien sûr des réserves, et pouvant très certainement être améliorée, était cependant, par son recrutement comme par son mode de fonctionnement, un élément clé d’une méritocratie que l'on ne qualifiera pas de « républicaine », car les grands corps existaient déjà sous l'Ancien régime, mais de « française » ?

Maxime Tandonnet : La question est de savoir si le modèle idéologique du macronisme et son bilan sont compatibles avec ce qu’attend l’électorat de droite. Cet électorat de droite se retrouve-t-il dans le discours de la table rase selon lequel il n’existe pas de culture française, la colonisation constitue un crime contre l’humanité, l’histoire de France doit être déconstruite ? La droite est-elle convertie à la « PMA sans père » remboursée par la sécurité sociale et l’interruption médicale de grossesse à neuf mois de grossesse pour « détresse psycho-sociale » ? Quant au bilan, il n’est pas évident que la droite puisse se satisfaire d’une dette publique qui est passée en quatre ans de 98 à 116% du PIB. Car ce sont nos enfants qui paieront par leurs impôts les conséquences de cette explosion de la dette. Cette vertigineuse augmentation de la dette qu’il faudra bien rembourser signe le caractère socialiste d’une politique. Dette covid-19, dira-t-on ? Une étude récente (Euler-Hermès) souligne que l’Allemagne aura remboursé la sienne dès 2028 alors que la France, avec son « quoi qu’il en coûte », mettra 67 ans à y parvenir... L’Allemagne aurait-elle moins bien géré pour autant la crise sanitaire ? Certainement pas : elle compte 1043 morts pour un million d’habitants contre 1635 pour la France…

Pourquoi plus personne n’est-il vraiment capable de donner une définition de ce qu’est la droite ?

Christophe Boutin : Nous retrouvons ici ce que j'ai évoqué tout à l'heure, à savoir le fait que ce que nous baptisons la droite en France était en fait les droites, et la fusion de partis de la droite et du centre, celle du RPR et de l’UDF, au sein d'une même structure, l'UMP d'abord Les Républicains ensuite, a conduit à renforcer cette confusion. Certes, on peut trouver des points communs – la liberté ou plutôt les libertés sont plutôt à droite, l’égalité plutôt à gauche -, mais d’autres existent aussi entre une certaine droite et une certaine gauche – la place donnée à l’individu au détriment de ses groupes d’appartenance étant par exemple partagée par une droite libérale et une gauche libertaire.

Loin de reposer sur un système de valeurs communes, l'alliance de la droite française s'est faite pour des motifs électoraux, dans une logique politique qui théorisait le développement d'un bipartisme à la française. Une gauche et une droite « plurielles » - entendons par là deux coalitions d’intérêts – allaient engranger les victoires aux élections, se succédant au fil des « alternances », d’élections locales en élections nationales, sans qu’aucun autre parti ne puisse participer à cette harmonieuse répartition. Dans une telle situation, il était logique de voir le politique national s’effacer peu à peu devant d’autres pouvoirs. Une économie financiarisée rêvait ainsi de démanteler l’État pour trouver de nouveaux marchés, assurances, retraites, transports, éducation, énergie ou sécurité étant pour elle autant de domaines à privatiser. L’Union européenne, imposée de force, entendait elle en terminer avec les souverainetés nationales. Les juges enfin, nationaux ou internationaux, se considéraient maintenant légitimes, État de droit oblige, pour interdire au souverain ou à ses représentants de faire librement ses choix.

Cette situation, dans laquelle le sociétal défendu par une certaine gauche est le cheval de Troie de la casse sociale, tandis que l’ordre défendu par une certaine droite ne sert plus qu’à protéger les intérêts privés qui détruisent l’État, conduit à la révolte populiste de ces peuples qui veulent reprendre en main le contrôle de leur destin. De cela naîtra certainement dans les années à venir une clarification sur les notions de droite – et de gauche d’ailleurs – qui se cristallisera sans doute autour de l’opposition entre conservatisme et progressisme – et en cela, Gérald Darmanin, progressiste, n’a pas tort de se sentir fort peu de points communs avec ce conservateur qu’est François-Xavier Bellamy.

Maxime Tandonnet : La notion de droite a considérablement évolué dans l’histoire. La nation était jusqu’au XXe siècle une notion de gauche avant de basculer plutôt à droite au XXe siècle. Les notions de liberté ou de peuple aussi étaient des valeurs nettement de gauche alors qu’elles sont plutôt revendiquées par la droite aujourd’hui. La définition de la droite est donc relative, liée aux circonstances d’une époque et non pas absolue. Dès lors, c’est aux hommes de droite, par opposition à la gauche y compris au macronisme, de définir ce qu’ils veulent être aujourd’hui et ce qu’ils veulent faire. Parler d’autorité, de sécurité et d’immigration est certes important mais ne suffit absolument pas. Les hommes de droite devraient s’emparer du thème de la refondation de la démocratie française : après dix ans de hollando-macronisme qui n’ont cessé de s’enfoncer dans le mépris des « sans dents » aux « Gaulois réfractaires », comment replacer le peuple au centre du destin de la France ? Alors que l’Assemblée nationale est suspendue de fait par la soumission totale à l’Elysée, l’usage systématique des ordonnances et l’état d’urgence sanitaire, comment rétablir une démocratie parlementaire digne de ce nom et une authentique démocratie référendaire ? Et ainsi combattre la fracture démocratique et restaurer la confiance ? Tel est l’enjeu fondamental qui conditionne tous les autres.

Pourquoi tout est chamboulé ? Qu’est-ce qui perturbe les clivages ?

Christophe Boutin : « Chirac réveille toi ils sont devenus fous » lance Gérald Darmanin en évoquant ces hommes de droite qui osent briser la doxa du « barrage républicain ». Effectivement, si tout est chamboulé, il faut en revenir à Jacques Chirac. Allier dans un même parti sans véritables valeurs partagées la droite et le centre, les gaullistes et les européistes, les partisans du service public et ceux du libre échangisme, c’était se résigner à n’avoir comme programme politique qu’un « plus petit dénominateur commun » récité par n’importe quel arriviste. Et cette alliance d’intérêts électoraux ne pouvait qu’aboutir à tous les renoncements face à un pouvoir médiatique quasi-intégralement situé à gauche qui se faisait l’arbitre des élégances politiques, attribuant les bons points à ceux qui, comme en patinage artistique, se spécialisaient dans les figures par elle imposées.

Le fonds de commerce aurait-il pu durer mille ans ? Les bouleversements causés par ces renoncements ont en tout cas fini par agiter des populations lancées malgré elles dans un monde dont elles ne voulaient pas mais que validaient pourtant ceux-là même qu’elles avaient élus pour les en protéger. Face à cette crise qui montait, à ces tensions, à cette volonté de changement, un homme allait rafler la donne en 2017. Faisant exploser la gauche par son OPA sur l'électorat socialiste, Emmanuel Macron, non seulement trouvait le soutien de centristes – certes, peu nombreux, et qui se cherchaient déjà depuis des années –, mais aussi d’une partie de la droite, attirant un certain nombre d'élus des Républicains, dont Gérald Darmanin.

Mais si Chirac avait brouillé les cartes de la droite, Macron l’oblige à un choix. Lancé dans une fuite en avant progressiste, il considère lui même que le conservatisme est la véritable opposition à ce qu’il représente – et n’a pas tort. Pour son ministre de l’Intérieur, cette droite conservatrice ce sont les 8,5% d’électeurs de la liste Bellamy aux élections européennes de 2019 : même alliée aux 23,5% du RN, il n’y aurait selon lui avec un tel socle pas de quoi gagner les seules élections qui vaillent, les élections présidentielles. Xavier Bertrand ou Éric Woerth - pour prendre deux noms que cite Gérald Darmanin - auraient donc tout intérêt, soit à quitter le navire LR, soit à en prendre le gouvernail pour venir l’arrimer à la majorité présidentielle.

Ce qui est certain en tout cas c’est que la clarification en cours, qui dépasse sans doute la seule droite, et que vont accentuer les élections de juin – on le voit bien avec le psychodrame joué en région PACA – va continuer d’ici 2022. Et que la question principale qui se posera pour savoir qui l’on est ne sera alors peut-être pas tant de savoir où l’on va, mais surtout d’où l’on vient.

Maxime Tandonnet : Il y a trois explications possibles. La première est la plus souvent mise en avant : à la lutte des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat, la mondialisation a substituée une opposition entre élites mondialisées et « France périphérique » qui ne recouvre pas le clivage classique droite/gauche fondé sur la question sociale au XXe siècle. Une autre explication est sans doute  plus inquiétante mais sans être forcément exclusive de la première. Elle tient à la montée du nihilisme et l’affaiblissement des convictions. La politique en tant que service du bien commun est désormais largement vidée de sa substance. Elle devient avant tout une affaire d’idolâtrie, de calculs personnels à des fins d’intérêt matériel et bien plus, de vanité narcissique, d’obsession électoraliste. Dès lors, les clivages de fond s’effacent logiquement. Ce phénomène découle de l’ère du vide, de la société d’ultra-narcissisme annoncé par Gilles Lipovetsky en 1982 au détriment de l’engagement collectif pour un intérêt collectif. En outre, le déclin du niveau scolaire sur un demi-siècle, prouvé par toutes les études notamment en histoire et en français, a certainement affaibli les outils de l’esprit critique d’une nation dans sa globalité et favorisé ainsi le naufrage de la politique dans les jeux d’idoles, les polémiques, provocations, l’esbroufe, les coups de com’ et la posture.

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