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Les Chinois ont mis la main sur une quarantaine de vignobles français.
Les Chinois ont mis la main sur une quarantaine de vignobles français.
©Reuters

Ca, c'est fait

Rachats d’entreprises : où en est la Chine de sa shopping list spéciale stratégie de puissance

Pris de fièvre acheteuse, les Chinois ont mis la main sur une quarantaine de vignobles français, mais aussi le Mittelstand allemand, l'automobile américain. Le "rêve chinois" ? Acheter les spécialités qui ont rendu chaque pays célèbre.

Wolf  Richter

Wolf Richter

Wolf Richter a dirigé pendant une décennie un grand concessionnaire Ford et ses filiales, expérience qui lui a inspiré son roman Testosterone Pit, une fiction humoristique sur le monde des commerciaux et de leurs managers. Après 20 ans d'expérience dans la finance à des postes de direction, il a tout quitté pour faire le tour du monde. Il tient le blog Testosterone Pit.

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Article précédemment paru sur le site Testosterone Pit

Le "rêve chinois" est le rêve de toute la nation mais aussi de chaque Chinois individuellement, a déclaré Fu Ying, présidente de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale populaire. L'expression a été inventée par le président Xi Jinping après qu'il ait accédé au trône du Parti communiste ; elle profiterait maintenant au monde, a-t-elle dit. Mais pour les Chinois les plus riches, le rêve est déjà devenu réalité.

Le magna chinois de l'immobilier Zhang Xin a pris une grosse participation dans le mythique immeuble de cinquante étages en marbre blanc de General Motors à Manhattan. Quelques jours plus tôt, Shuanghui International Holdings, la plus grosse entreprise chinoise de conditionnement de viande, s'était porté acquéreuse de Smithfield Foods, le plus grand producteur de porc des Etats-Unis, quelques mois après que 16 000 carcasses de cochons morts aient descendu la rivière Huangpu jusqu'à Shanghai. Peut-être Shuanghui souhaite-t-il acquérir l'expertise de Smithfield en matière de sécurité alimentaire ; ou peut-être qu'il veut simplement engranger quelques milliards.

D'autres industries ont connu de tells rachats, en particulier le secteur des composants automobiles. Ou plutôt ce qu'il en reste aux Etats-Unis, puisque de nombreux fabricants de composants ont déjà délocalisé leur production et même parfois les centres de conception en Chine en quête de main d'œuvre bon marché.

Pendant les quatre premiers mois de 2013, les importations de composants automobiles chinois ont grossi de plus de 5 milliards de dollars et se placeront bientôt en deuxième position, derrière le Mexique mais devant le Japon et le Canada. Les équipes de Delphi, l'ancien département des composants de General Motors, et de Visteon, l'ancienne division des composants de Ford, sont réduites à l'état de squelettes aux Etats-Unis (concernant ces aspects sombres de la désindustrialisation, lire mon article "La guerre des monnaies : les pneus des constructeurs automobiles américain crissent").

Les Chinois sont aussi partis en tournée de shopping en Allemagne, où ils sont intéressés par le Mittelstand – des entreprises familiales dotées de technologies innovantes et de techniques de fabrication haut de gamme spécialisées dans des marchés niches au rayonnement mondial. L'acquisition la plus notable fut celle de Putzmeister, leader historique dans le domaine des pompes à béton (voici ce que j'en disais). Les Chinois achètent dans chaque pays en fonction de leur perception de ce qui a rendu chaque pays célèbre, et en fonction ce qui est disponible aux acheteurs chinois sans trop de tracas politiques.

En France, les Chinois ont donc une shopping list différente – fin mai, par exemple, Fosun International, un des plus grands conglomérats privés de Chine, s'est associé à Axa Private Equity pour faire une offre en direction de Club Med, opérateur touristique de villages-vacances dont ils sont déjà les deux plus gros actionnaires. D'autres contrats ont concerné ce pour quoi la France est célèbre en Chine : ses château et son vin.

Aux dernières nouvelles, Goldin Financiel, basé à Hong Kong, a acheté trois château et leurs prestigieux vignobles dans le Bordelais, une région de vignobles prestigieuse du Sud de la France : Château Le Bon Pasteur en Pomerol, Château Rolland Maillet en Saint-Émilion, et Château Bertineau Saint-Vincent à Lalande de Pomerol. Quelques semaines plus tôt, un architecte chinois avait acheté le Château La Fleur Jonquet dans la région des Graves.

En 2008, les Chinois avaient fait leurs premières acquisitions dans le Bordelais, toutes en deçà de 5 millions d'euros. Avec les années, le rythme s'est accéléré. En 2011, ils avaient mis la main sur 21 vignobles, dont certains étaient sur le marché depuis longtemps. En 2012, ils en ont acquis neuf supplémentaires - dont le Grand Cru Saint Emilion. Et pour l'instant en 2013, ils en ont acheté six autres.

Les Chinois sont maintenant en deuxième position parmi les propriétaires étrangers dans la région, derrières les Belges avec 45 vignobles. La Chine est déjà le premier importateur de Bordeaux, avec 538 000 hectolitres, ou 10% de la production, soit plus du double de ses concurrents sur le podium que sont l'Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni. Ils sont aussi allés faire du shopping dans d'autres régions, dont la Bourgogne où un investisseur chinois a acheté le château de Gevrey-Chambertin l'été dernier.

Partout dans le monde, c'est la même histoire. Le "rêve chinois" devient réalité. Pour certains. Ce concept "est arrivé à point nommé", a déclaré Fu Ying en s'adressant à la table-ronde d'Asie-Pacifique à Kuala Lumpur, en Malaisie. "Il reflète la réalité de la Chine et des attentes de la population, et sert le besoin d'unir les forces pour atteindre un objectif plus élevé", a-t-elle estimé.

Un objectif plus élevé ? Les chefs d'entreprises des Etats-Unis, d'Europe, du Japon et d'ailleurs ont investi d'innombrables milliards en Chine au cours des années pour délocaliser la production de leur pays d'origine. En conséquence, les Etats-Unis, la plupart des autres pays occidentaux, et même le Japon plus récemment, ont laissé se creuser d'immenses déficits commerciaux avec la Chine. Et l'argent chaud a coulé à flots, même lorsque le gouvernement chinois a créé une énorme bulle capable de financier sans effort à peu près tout : le gouffre financier du plus grand réseau ferré à grande vitesse au monde, des villes fantômes entières,... peu importe le fait qu'il serait ensuite impossible de rembourser les intérêts de cette dette.

Cette bulle grossi sous les yeux de tous, plus flamboyante que jamais, effrayant même le gouvernement - et les riches. Ceux qui le peuvent,  quand ils le peuvent encore, essayent de placer une partie de leur argent à l'étranger où il serait plus en sécurité même lors des périodes d'instabilité financière ou politique en Chine.

Mais les bulles sont partout. Un ralentissement économique pèse sur l'économie globale, mais personne ne semble s'en inquiéter, puisque les actions sur marchés boursiers persistent à battre des records - donnant aux investisseurs de faux espoirs de croissance économique. Mais combien de temps ce mirage peut-ils durer ? Lire aussi... "Un mirage appelé la bourse"

Traduit de l'anglais par Julie Mangematin

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