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Arnaud Montebourg.
Arnaud Montebourg.
©Reuters

Nuisible ?

Rachat de SFR : les 3 fautes qu'Arnaud Montebourg commet en tentant de barrer la route à Numericable

Le ministre du Redressement productif a révélé avant que le conseil d'administration ne se prononce que Vivendi avait décidé de vendre SFR à Numericable.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Atlantico : En révélant que Vivendi avait décidé de vendre SFR à Numéricable, Arnaud Montebourg s'est-il livré à une sorte de délit d'initié ?

Sophie de Menthon : Il y a plusieurs choses à dire. Il s'agit d'une intervention avant que le chef d'entreprise lui-même ne s'exprime ce qui est grave car ses salariés ne sont pas au courant de ce qu'il se passe. C'est une intervention malvenue dans la gestion de l'entreprise. Il a aussi jeté l'opprobre sur le patron de Numericable en révélant des données auxquelles personne n'a accès, et qui n'ont donc pas vocation à être rendues publiques. Tous les chefs d'entreprise peuvent donc ainsi être jetés en pâture ? C'est un signal très inquiétant pour tous les investisseurs qui voudraient venir en France. Enfin, pourquoi un ministre devrait donner son avis sur cette reprise ?

Quel est le but derrière cette prise de position ? Y a-t-il une volonté de faire peser une pression ? Cela peut-il changer le résultat qui sera annoncé ce soir ?

Je pense que Bouygues est le meilleur choix, et si l'intervention d'Arnaud Montebourg peut avoir une influence, certains seraient tentés de penser "tant mieux". Mais je pense que le ministre ne devait pas s'engager dans le cadre de sa fonction.  Il n'est pas impossible que cela puisse changer quelque chose au dénouement, mais même si cela devait amener le choix vers une option que je trouve plus favorable, est-ce une bonne chose qu'un ministre puisse influer ainsi le cours d'une décision économique ? On est vraiment en train d'évoluer vers des techniques de pays totalitaires. C'est un peu comme ce qui s'est passé pour les télévisions où l'Etat a faussé le jeu pour la TNT à l'époque de l'attribution de chaînes gratuites. Maintenant il est question que les chaînes deviennent aussi gratuites, l'Etat n'a donc pas respecté sa parole de départ, et il n'y a aucune stabilité ni rigueur.

« Il y a un problème fiscal puisque Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d'Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la Reine d'Angleterre, et que lui-même est résident Suisse (…).» Que vous inspire les propos tenus par Arnaud Montebourg à propos de l'entreprise qu'il ne voudrait pas voir reprendre SFR ?

Cela ressemble en effet à une menace et le dommage est considérable. On parle de paradis fiscaux, de résidence en Suisse… c'est clairement désigner un homme comme illégitime aux yeux de son entreprise, et l'exposer à la vindicte de ses salariés et du public. Si l'accord ne se fait finalement pas avec Numericable, que peut-il se passer pour la réputation de cette entreprise ? Aujourd'hui la réputation est un actif de l'entreprise et y porter atteinte peut rejaillir sur sa valorisation. Arnaud Montebourg était déjà intervenu à propos d'Alstom et le lendemain l'action avait perdu 4%.

Arnaud Montebourg est certes sympathique et fougueux, mais il a un côté Don Quichotte, et son enthousiasme devrait s'arrêter au seul port de T-shirt "Made in France". Et s'il pense que sur un dossier il peut avoir une vraie action positive à mener, qu'il le fasse alors dans la plus grande discrétion.

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