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Le couple franco-allemand renforcé par le double challenge grec et ukrainien.
Le couple franco-allemand renforcé par le double challenge grec et ukrainien.
©Reuters

Nouvelle idylle

Qui tient le manche dans le nouveau couple franco-allemand qui naît du double challenge grec et ukrainien ?

Des conflits naissent les grandes unions et le couple Merkhollande en fait partie. Jusqu'alors séparés par la politique économique européenne, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande ont été réunis par le dossier grec et l'accord de paix en Ukraine.

Jakob Höber

Jakob Höber

Jakob Hoeber est chercheur associé en économie, compétitivité et modèles sociaux européens à l'Institut Thomas More.

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Atlantico : De la manifestation du 11 janvier à l’accord de paix en Ukraine, en passant par le cas grec, Angela Merkel et François Hollande ont traversé main dans la main des crises majeures. François Hollande et Angela Merkel ont-ils enfin trouvé leur mode de fonctionnement ?

Jakob Höber : On ne peut que saluer le rapprochement entre les leaders des deux plus grandes économies de la zone Euro. Le moteur franco-allemand a toujours été l'essentiel pour le fonctionnement de l'Union Européenne. Une bonne entente entre les gouvernements est nécessaire à la résolution de l'impasse où se trouve l'Europe aujourd'hui. Néanmoins, la question de la stabilité de cet accord se pose toujours. François Hollande a su exploiter la situation en début janvier, ce qui lui a donné une certaine marge de manœuvre pour entreprendre des réformes si nécessaires pour créer un avenir pour la France. En même temps, l'Allemagne a besoin de la France pour l'unité de la politique européenne, mais aussi pour contrer l'isolement qu'elle risque au sein de la zone Euro. Finalement, traverser des difficultés ensemble a toujours un élément unificateur. On l'a vu après les attentats de Paris : des manifestations de solidarité ont eu lieu à Berlin, mais aussi ailleurs en Europe. Les attaques ont été portées contre les valeurs communes, partagées par le peuple français et allemand. Il est probable que cette dynamique survivra le retour du quotidien dans la politique dans les pays respectifs.

Comment ces deux crises ont-elles contribué à ce qu’ils trouvent un équilibre ?

La crise en Ukraine a montré la vulnérabilité de l'Europe. Il est aujourd'hui évident que la situation ne peut que trouver une réponse qui sera entendue si l'Union Européenne se montre unie. La France et l'Allemagne seules n'auraient pas eu assez de poids pour pousser les gouvernements ukrainien et russe à la table des négociations. Il a fallu cet élément extérieur de l'Union déjà bien occupée par la gestion d'une crise économique interne pour lui rappeler qu'elle doit aussi défendre les valeurs européennes à l'international – notamment l’impossibilité d'une annexion d'un territoire étranger. De même, le retour de l'incertitude quant à l'avenir de la zone Euro depuis l'arrivée du nouveau gouvernement en Grèce montre l'importance d'une entente franco-allemande. Dans les deux cas, son unité est testée et face aux enjeux, François Hollande et Angela Merkel ont opté pour l'action concertée.

Quelles sont les particularités, les fondamentaux, du couple Merkhollande ? En quoi est-il différent du Merkozy ?

Dans le meilleur des cas, on voit le retour d'un couple improbable dont l'histoire de l'amitié est riche, comme par exemple la relation entre Helmut Kohl et François Mitterrand. Pourtant, au-delà d'une entente personnelle, ce couple est toujours l'enfant de son temps. Ainsi Merkozy était clairement façonné par l'éclatement de la crise et la recherche d'une réponse adéquate. Depuis, les intérêts ont pourtant changé : l'Allemagne, grâce à la diversification de ses partenaires commerciaux et son tissu industriel fort, est sortie renforcée de la crise. En revanche, la France, qui a manqué une interrogation sur son rôle dans le monde du 21ème siècle, doit toujours trouver un plan d'avenir pour faire revenir la croissance. Bien qu'Angela Merkel ne soit ni proche naturellement d'Hollande, ni de Sarkozy, la gestion de crise a su la rapprocher du dernier. Ces crises actuelles pourraient avoir le même résultat.

C’était pourtant mal parti, notamment avec leurs divergences sur la politique économique européenne ?

L'écart entre François Hollande et Angela Merkel s'est déjà creusé lors de la bataille électorale en France. On se rappelle que la Chancelière allemande avait clairement pris position pour Nicolas Sarkozy, tandis que le candidat socialiste avait cherché le soutien du parti Social- Démocrate en Allemagne. Après cette aliénation au début du mandat d'Hollande, son opposition à la politique allemande de gestion de crise a continué à distancer les deux gouvernements. Si la situation est différente aujourd'hui, c'est du à l'effet rassembleur des crises mais aussi parce que la France a réalisé que ses aléas économiques ne pouvaient être mis sur le dos de l'Allemagne. Un grand nombre des exigences françaises envers le voisin d'Outre-Rhin a été satisfait : un SMIC allemand, une banque centrale qui intervient sur le marché de la dette publique...des lignes rouges pour Berlin il y a quelques années. Même la balance commerciale de l'Allemagne est aujourd'hui équilibrée avec les autres membres de la zone Euro. Pour autant, la croissance n'est toujours pas au rendez-vous en France. Elle devra passer par des réformes – un fait qu'aussi le gouvernement socialiste admet aujourd'hui.

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