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Qui sont ces Occidentaux qui partent combattre l'Etat islamique ?
©Reuters

Nouveaux mercenaires

Qui sont ces Occidentaux qui partent combattre l'Etat islamique ?

La Grande-Bretagne déplore cette semaine son premier ressortissant mort au combat contre l'Etat islamique en Syrie. Parti défier Daech sur ses terres, il est le symbole d'une mobilisation d'un nouveau genre de citoyens occidentaux qui se rallient aux forces kurdes.

Myriam Benraad

Myriam Benraad

Myriam Benraad est politologue, docteure de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po, 2011) et enseignante en science politique. Parallèlement, elle est conseillère technique auprès de l'Union européenne (Politique de voisinage) et auprès de plusieurs organisations internationales (Moyen-Orient / Amérique latine). Elle est l'auteure, entre autres publications, de L'Irak par-delà toutes les guerres. Idées reçues sur un Etat en transition et Jihad : des origines religieuses à l'idéologie. Idées reçues sur une notion controversée (Le Cavalier Bleu, 2018).

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Atlantico : Un Britannique de 38 ans a récemment tout quitté pour rejoindre une milice chrétienne en Irak pour combattre l’État islamique. Parallèlement, un Australien venu en Syrie pour combattre les jihadistes aux côtés des Kurdes a été tué cette semaine. Qu’est-ce qui motive les Occidentaux qui, comme eux, décident de défier l'Etat islamique ? Au nom de quoi veulent-ils se battre ?

Myriam Benraad : Ce qui motive ces Occidentaux qui prennent la décision d’aller combattre l’État islamique en Irak et en Syrie, et peut-être bientôt sur d’autres terrains, c’est tout d’abord l’émotion suscitée par la barbarie dont le groupe salafiste-jihadiste s’est rendu coupable depuis des mois avec ses innombrables exactions contre les civils, les exécutions d’otages, occidentaux ou non, qui ont exercé un fort impact sur les consciences. À l’évidence, les attentats qui ont frappé plusieurs pays d’Europe et d’Occident ont aussi profondément bouleversé ces individus en influant sur leur décision de réagir et de rejoindre les rangs de la lutte anti-Daech. Ces volontaires partent avant tout combattre ce qu’ils perçoivent comme une injustice fondamentale, insoutenable, et pour éviter de nouveaux massacres. Parmi eux, on retrouve également des combattants dont les motivations sont beaucoup plus religieuses : préserver la civilisation judéo-chrétienne, son histoire et ses valeurs face à l’État islamique devenu l’ultime adversaire.

En quoi leurs motivations sont-elles différentes de ceux qui décident de partir pour le jihad ? Le religieux a-t-il une part importante dans leur décision ? Ou sont-ils simplement attirés par la guerre ?

Dans les deux cas de figure – les uns partant faire le jihad au nom de l’islamisme radical, les autres partant "sauver" la civilisation occidentale et garantir sa survie –, le facteur religieux tend à prendre le dessus. La dimension doublement millénariste et apocalyptique du combat prédomine. Les jihadistes sont ainsi convaincus de venger l’islam et les humiliations que les musulmans ont vécues à travers les âges – des croisades à la colonisation, en passant par l’impérialisme américain et la question proche-orientale. Les combattants anti-Daech sont quant à eux persuadés de lutter contre la barbarie jihadiste pour le bien de toute l’humanité, y compris celui des minorités vivant au Moyen-Orient et victimes de persécutions en tout genre. Dans les deux cas s’impose la croyance d’un "choc des civilisations" et d’une confrontation devenue inéluctable. Une fois sur le terrain et actifs au sein des groupes armés, un goût pour la guerre peut se développer, surtout chez ceux qui n’en avaient jamais fait l’expérience avant. Mais il ne s’agit pas là de leur première motivation, qui reste principalement défensive.

Les récents attentats à Paris et Copenhague ont-ils eu une influence sur leur décision ? Sont-ils de plus en plus nombreux à participer au combat armé face à l’État islamique ?

Avant ces attentats, les Occidentaux, en particulier européens, n’avaient pas fait l’expérience aussi spectaculaire et sanglante du jihadisme, à l’exception des tueries de Mohammed Merah à Toulouse en 2012 et de Mehdi Nemmouche à Bruxelles en 2014. Or nombreux étaient ceux qui craignaient le retour des combattants partis en Syrie et sur d’autres terrains. Dans le cas de la France, les attentats de janvier 2015 à Paris contre toute la rédaction de Charlie Hebdo et des concitoyens de confession juive, ont marqué un tournant, sans compter d’autres actions terroristes déjouées en Europe, comme en Belgique. Ces attentats ont convaincu les plus téméraires de la nécessité d’affronter les jihadistes sur leur terrain, au Moyen-Orient. Pour l’heure, ce phénomène reste limité, mais il pourrait croître, d’autant plus si les opérations militaires conventionnelles ne parviennent pas à venir à bout de l’État islamique dans les semaines et mois à venir. D’ores et déjà, les messages de sympathie et d’admiration pullulent sur la Toile.

Comment leur retour se passera-t-il ?

Il est très difficile d’anticiper quelles seront les réactions de ces individus à leur retour. Ceux partis dans une logique de défense des populations locales n’importeront certainement pas la violence au sein de leurs sociétés d’origine. Toutefois, les choses se compliquent concernant ceux partis dans un esprit de croisade, d’affrontement avec le monde musulman. Tout comme les jihadistes revenant avec pour idée d’exporter la lutte sainte vers l’"ennemi lointain", ces combattants du camp anti-Daechpourraient être tentés d’exporter la lutte armée, en l’espèce pour imposer par les armes ce qu’ils considèrent être l’identité religieuse judéo-chrétienne historique de leurs pays. "Moujahidin" et "croisés" feraient dès lors courir le risque de tensions avivées entre communautés ; l’État islamique poursuit d’ailleurs cet objectif, semer les germes d’une guerre confessionnelle en Occident, tantôt en renvoyant ses combattants en Europe pour attaquer, tantôt en appelant ses sympathisants à des actes terroristes isolés.

Ce phénomène est-il également observable en France ?

Pour le moment, les Occidentaux qui ont rejoint la mobilisation anti-Daech, soit du côté des forces armées kurdes, soit de celui des milices chrétiennes telle que Dwekh Nawsha, sont principalement américains et britanniques, dont d’anciens vétérans de la guerre d’Irak. Si les autorités ont connaissance de la présence de Français dans les rangs de cette mobilisation, aucune information n’a encore fuité. En revanche, les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter traduisent bien l’engouement suscité par cette cause. Un nombre croissant de Français se disent prêts à intégrer les rangs des groupes anti-jihadistes et font même parfois preuve d’un jusqu’auboutisme similaire à celui des membres de l’État islamique ; le Britannique Tim Lock n’a-t-il pas affirmé qu’il ne rentrerait pas chez lui avant que Daech soit éradiqué de la surface de la terre ? Il faut comprendre que les aspirants à la lutte tirent une grande fierté de leur engagement au nom de la justice et de la liberté contre l’État islamique, incarnation du mal absolu.

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