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Ce qui arrive à Chypre pourrait nous arriver malgré les dénégations officielles rassurantes.
©Reuters

Decod'Eco

Quels sont vos risques d'être "chypriotisé" ?

Le système bancaire français n'est pas aussi sûr qu'on pourrait le croire... Focus sur les risques auxquels votre argent est exposé.

Simone Wapler

Simone Wapler

Simone Wapler est rédactrice en Chef des Publications Agora (analyses et conseils financiers).

Elle est l'auteur de "Comment l'Etat va faire main basse sur votre argent: ... et ce que vous devez faire pour vous en sortir !", paru chez Ixelles Editions en mars 2013.

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Les banques ne sont pas sûres et pas seulement les banques chypriotes, italiennes, portugaises, espagnoles et grecques. Les banques françaises, britanniques ou allemandes aussi. Ce qui arrive à Chypre peut nous arriver malgré les dénégations officielles rassurantes qui ne devraient qu’augmenter notre suspicion. Depuis 2008, sur les 4 500 milliards d’euros de plans d’aide approuvés par la Commission européenne, plus d’un tiers a déjà été injecté dans le système, soit 6% du PIB de la zone euro, mais nos banques sont de plus en plus fragiles...

Pour ne pas risquer de vous faire "chypriotiser" - situation très désagréable - il faut trouver des moyens d’abriter des liquidités en dehors du circuit bancaire classique et de pouvoir continuer à utiliser votre argent durant plusieurs semaines.

Attention ! Il ne s’agit pas de provoquer un bank run mais simplement de mettre vos liquidités le plus à l’abri possible d’une paralysie du système bancaire. Si vous suivez ce qui se passe à Chypre, toutes les banques ne sont pas en faillite, mais toutes ont été fermées durant trois semaines, les retraits limités et les opérations de virement suspendues. Le contrôle des capitaux le plus strict remplace le contrôle des changes.

La Grande-Bretagne a dû expédier par avion des espèces en euro à ses troupes stationnées dans l’île pour leur permettre de boire un demi à la terrasse des cafés. Si cela arrive en France, votre employeur ne vous enverra pas un avion chargé de billets et si vous aviez prévu d’aider un enfant à l’étranger, de participer à son premier achat immobilier ou au lancement de son entreprise n’importe où en dehors de France, vous ne pourrez plus le faire, puisque vous ne pourrez plus lui transférer d’argent.

Vous n’avez plus la garantie que votre argent en banque est disponible

La principale conclusion de l’après-Chypre est qu’une banque n’est pas un coffre-fort dans lequel votre argent serait à la fois à l’abri et disponible.

Je cite le très remarquable éditorial d’Hervé Juvin, président de l’Eurogroup Institute, dans L’Agefi Hebdo du 28 mars : "Déposer 10 000 euros au guichet de sa banque, c’est échanger de beaux et bons billets contre un jeu d’écriture, de la data informatique, et quoi d’autre ? Rien à voir avec le dépôt de liasses de billets dans un coffre ; chacun sait que le dépôt en compte sert à garantir les crédits que vend la banque". Le problème est justement que "chacun" ne le sait pas...

Une banque est un établissement qui achète et vend de la dette. Votre banque prête votre argent, celui que vous lui avez confié, mais pas que celui-là. Mais elle ne fait pas que prêter votre argent, elle en prête bien plus. Elle emprunte sur les marchés. Cet argent, elle va le prêter plus cher que ce qu’elle l’a emprunté. En effet, une banque passant pour plus fiable qu’une entreprise ou n’importe quel autre quidam, elle bénéficie de conditions de prêt favorables.

Une banque fréquente aussi le grand casino boursier. Votre banque emprunte donc de l’argent pour des "activités de marché en compte propre". Quand la banque a trop de pertes par rapport à ses fonds propres, elle fait faillite. Soit elle s’est fait planter par un débiteur qui ne rembourse pas, soit elle a trop perdu à l’une des tables du grand casino.

Tout ce que la banque fait travailler sont ses "actifs". Le ratio fonds propres sur total des actifs - ou effet de levier - est la seule façon fiable de mesurer la fragilité d’une banque.

Plus l’effet de levier est important, plus la banque est vulnérable aux pertes

L’une des banques chypriotes, Laiki, avait un effet de levier de 34. En d’autres termes, pour 1 € de fonds propres, elle avait 34 € d’engagement. Donc 2,9% de pertes sur ces 34 euros détruisent ses fonds propres. Comme le rappelait un article du Wall Street Journal du jeudi 27 mars (Greek Bets Sank Top Lenders), les banques chypriotes passèrent pourtant les stress tests de 2010 puis 2011 sans encombre.

L’effet de levier des banques françaises est du même ordre, même s’il est un peu inférieur. Pour les grandes banques françaises, dont le bilan total représente quatre fois le PIB de notre pays, il se situe entre 20 et plus de 30. Cet effet de levier a augmenté durant l’année 2012 pour les grandes banques européennes.

Effet de levier des plus grandes banques classées à "risque systémique"

Les banques freinent cependant des quatre fers pour adopter un ratio simple tel que celui que je viens de vous présenter car cela leur imposerait de réduire la voilure. Les instances de régulation elles-mêmes reconnaissent que les calculs de risque ne recouvrent aucune réalité. En face de chacun de ses engagements (prêts), une banque doit mettre de côté - immobiliser en jargon - une partie de ses fonds propres (l’argent qui lui appartient en propre).

La quantité de fonds propres à immobiliser dépend du risque du prêt consenti. Si la banque prête à un État, elle ne met rien du tout de côté. Un État ne fait pas faillite, c’est bien connu… Si elle prête à une autre banque, surtout une grosse banque, elle ne met presque rien de côté. Une banque ne fait presque jamais faillite, c'est bien connu...

Évidemment, si elle prête à une entreprise en difficulté, elle met bien plus d’argent de côté. Les banques ont mis en place leurs propres calculs (ou modèles) de risque. Elles ont donc une certaine latitude pour déterminer l’argent qu’elles immobilisent. Puisque moins elles ont à immobiliser de fonds, plus elles peuvent prêter, elles ont intérêt à minimiser les risques.

Quand même le discours officiel sur les banques devient très précautionneux

Les mises en garde officielles se multiplient en ce début d’année. On ne parle plus de stress tests, ceux-ci étant définitivement discrédités après Dexia et Chypre. En mars, le Fonds monétaire international indique que la stabilité financière n’est pas assurée : "Stress et dislocation sur les marchés de la dette ; une perte de confiance des marchés dans la dette souveraine ; des mouvements ultérieurs de baisse de prix des actifs ; des chocs baissiers sur la croissance. Ces vulnérabilités sont exacerbées par la concentration du secteur bancaire".

Le FMI s’appesantit sur les risques en Italie et l’inceste entre banques et État

Nos banques françaises sont très exposées à l’Italie (comme les banques chypriotes étaient exposées à la Grèce). En mars toujours, BNP Paribas est radiée des 50 banques les plus sûres au monde selon le classement établi par le magazine Global Finance et Standard & Poor’s.

Les "survaleurs", ces estimations de plus-values potentielles sur d’anciennes acquisitions, sont de plus en plus souvent dénoncées, au fur et à mesure que la croissance se fait attendre. Les activités de spéculation boursière sont dangereuses alors que les marchés affichent record sur record, principalement en raison du dopage à la planche à billets américaine. Les banques regorgent de la dette souveraine de leur État de tutelle. Trois vulnérabilités qui, loin d’être soignées, empirent.

Les garanties de vos dépôts et vos vrais risques

La question des garanties des dépôts se résume de façon très simple. Soit ces garanties s’actionnent et vous serez remboursé en monnaie de singe car la mutualisation du coût par le contribuable s’avérera exorbitante et il faudra bien imprimer (ou sortir de l’euro). Soit elles ne seront pas actionnées car on ne pourra pas imprimer l’argent nécessaire et, dans ce cas, on vous confisquera une partie de vos dépôts. Rappelons sommairement la garantie des dépôts en France : 100 000 euros - par déposant et par banque - et 70 000 euros pour les comptes-titres et l’assurance-vie.

Les dépôts en monnaie autre que l’euro ne sont pas garantis

En France, les dépôts moyens représentent 37 800 euros et le total des dépôts éligibles à cette garantie se montent à 1 760 milliards d’euros Avec deux milliards d’euros dans le montant de garantie des dépôts, il y a un euro disponible pour 880 euros de dépôts. Dans le cas de la faillite d’une grosse banque, il faudra donc imprimer de l’argent puisque la France ne l’a pas et que l’Allemagne ne voudra pas payer. Si les garanties de dépôts ne s’actionnent pas, pour éviter le bank run massif, nous verrions s’instaurer des mesures de contrôle des retraits et des mouvements de capitaux, à la chypriote.

[Qu'adviendra-t-il de vos comptes courants, de vos livrets, de votre assurance-vie si un pays ou si votre banque est en proie à une crise de liquidité ou de solvabilité ? Comment répartir judicieusement vos dépôts ? Dans votre épargne, comment repérer les produits dangereux susceptibles de se volatiliser ? Toutes les réponses à ces questions essentielles pour votre patrimoine sont dans notre enquête exclusive : découvrez-les sans attendre !]

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