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"L'aile gauche de l'électorat de François Hollande risque d'être déçu par le programme socialiste, et pourrait se tourner vers le Front de gauche. Pour l'instant Jean-Luc Mélenchon part de 11 %."
"L'aile gauche de l'électorat de François Hollande risque d'être déçu par le programme socialiste, et pourrait se tourner vers le Front de gauche. Pour l'instant Jean-Luc Mélenchon part de 11 %."
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Défiance

Quelle est la capacité de nuisance des alliés de gauche du PS ?

Jean-Luc Mélenchon et Le Front de gauche, qui dénoncent les orientations du gouvernement Ayrault, ne devraient pas accorder leur confiance au Premier ministre après sa déclaration de politique générale, ce mardi. Un signe de défiance qui pourrait avoir des conséquences politiques à long terme.

Vincent Tiberj

Vincent Tiberj

Vincent Tiberj est chargé de recherche à Sciences Po. Diplômé et docteur en science politique de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il est spécialisé dans les comportements électoraux et politiques en France, en Europe et aux Etats-Unis et la psychologie politique,

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Atlantico : Les députés du Front de gauche menacent de ne pas accorder leur confiance au gouvernement lors du vote qui aura lieu à l'Assemblée nationale, mardi, si les orientations actuelles dans le domaine économique et social se confirment. Un vote de défiance du Front de gauche peut-il avoir des conséquences politiques ?

Vincent Tiberj : A court terme, aucune. François Hollande dispose de la majorité absolue grâce aux seuls députés PS. Symboliquement, il serait préférable pour lui d'avoir le soutien de tous ses alliés. Ce vote de défiance sonne comme un avertissement, mais n’empêche nullement François Hollande de gouverner comme il l'entend. 

Le PS n’a pas besoin du Front de gauche pour gouverner. Il y a une possibilité de nuisance des sénateurs communistes, mais le Sénat n’a jamais le dernier mot. Le Parti socialiste est dans une situation bien plus favorable que celle de Michel Rocard en 1988. Celui-ci avait une majorité relative et devait donc, pour faire passer ses lois, s’appuyer soit sur le groupe communiste, soit sur les centristes. La recherche de consensus était une nécessité.  Aujourd’hui les socialistes peuvent faire sans. Cette stratégie est-elle la bonne à long terme ? C’est une autre question…

Pour l’instant, le nouveau gouvernement suscite des attentes. On lui accorde donc encore du temps. Si la conjoncture continue à être favorable, le vote de défiance du Front de gauche n’aura pas d’incidence. En revanche, si le gouvernement devient impopulaire, si les lois prises semblent inopportunes… La non recherche d’un consensus sera beaucoup plus dommageable.

François Hollande a perdu 7 points dans les sondages ces dernières semaines. Pour les sondeurs, le président perdrait des points de popularité à la gauche de la gauche à cause de la politique de rigueur qui s’annonce. Qu’en pensez-vous ?

C'est une possibilité. En 1981, les gens pensaient que la gauche pouvait "changer la vie". En 1997, lorsque la gauche revient au pouvoir, le soir même de l'élection, il y avait déjà des manifestations de syndicalistes. En 2012, certes, les gens font la fête à la Bastille, mais l'engouement de 1981 est bien loin. L'image de François Hollande est positive, mais il n'incarne pas la gauche qui fait rêver, celle du Front populaire. Il incarne une gauche réformiste.

Tony Blair est l'un de ses modèles. Il cherche à mener une politique efficace, plutôt au centre. Il incarne une gauche pragmatique. Mais Tony Blair avait réussi son coup car il n'avait personne à sa gauche. Le mode de scrutin en Angleterre favorise le bipartisme. Le système français permet au Front de gauche d'exister. L'aile gauche de l'électorat de François Hollande risque d'être déçu par le programme socialiste, et pourrait se tourner vers le Front de gauche. Pour l'instant Jean-Luc Mélenchon part de 11 %.

Jean-Luc Mélenchon risque-t-il de devenir le premier opposant de François Hollande ?

Il y a une structure d'opportunité médiatique qui sera meilleure pour l'UMP que pour le Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon n'est pas député et ne bénéficiera donc pas de la caisse de résonance que peut être le Parlement. Ne pas être au Parlement a été un handicap pour Ségolène Royal. De même, François Bayrou sera pénalisé par sa non ré-élection.

Le groupe écologiste avait lui aussi critiqué le refus des socialistes de lui accorder une présidence de commission, et l'avait exprimé en votant blanc pour l'élection du candidat socialiste, Claude Bartolone, à la présidence de l'Assemblée. Est-ce déjà la fin de l’entente cordiale avec les écologistes ?

Cela laisse penser que le PS n'en a pas fini avec le manque de pluralisme. D'autant plus que le ministre des Relations avec le Parlement Alain Vidalies n' a pas arrangé les choses en affirmant que les parlementaires écologistes avaient "une liberté d'expression, mais pas la liberté de vote". C'est une faute politique majeure, surtout pour un ministre des Relations avec le Parlement. Le PS s'est comporté comme l'UMP. L'éviction de Nicole Bricq du ministère de l'Écologie a également fait grincer des dents. 

François Hollande a-t-il commis une erreur stratégique en laissant une partie de ses alliés hors du gouvernement ? 

L'avenir nous le dira. Lorsque le PS est au gouvernement, ses alliés en pâtissent de toute manière. Pour les partis de la gauche de la gauche, le risque en entrant au gouvernement, c'est d'être sanctionné avec le PS.

Le temps où l'on donnait aux communistes deux ou trois maroquins en échange de leur soutien pendant cinq ans est terminé.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

 

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