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Quel avenir pour l’Eglise avec un François dont les nominations de cardinaux inquiètent dans les couloirs du Vatican ?
©FILIPPO MONTEFORTE / AFP

5 ans de pontificat

Quel avenir pour l’Eglise avec un François dont les nominations de cardinaux inquiètent dans les couloirs du Vatican ?

Le pape François a célébré les cinq ans de son pontificat. Le souverain pontife continue de prôner une transformation en profondeur de l'Eglise, au risque d'en irriter certains.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme. Il est rédacteur dans la revue de géopolitique Conflits. Dernier ouvrage paru Géopolitique du Vatican (PUF), où il analyse l'influence de la diplomatie pontificale et élabore une réflexion sur la notion de puissance.

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Cinq ans après son élection, le pape François continue de prôner une transformation en profondeur de l'Eglise qui lui a été confiée. À commencer dans ses institutions : en 2016, les cardinaux non européens devenaient pour la première fois majoritaires au sein de ce qui est appelé à devenir un jour le conclave. Au total, c'est ainsi 61 cardinaux qui ont été créés depuis 2013. Quels sont les principaux enseignements de la politique cardinalice du pape François ?

Jean-Baptiste Noé : Le pape a la volonté de rompre avec certaines habitudes de création cardinalice. Ainsi, la charge de bibliothécaire de la bibliothèque du Vatican a toujours été une charge cardinalice. Or ce n’est plus le cas, l’actuel titulaire, Mgr Jean-Louis Bruguès, n’ayant pas été élevé à la pourpre par François. Il en va de même pour des sièges épiscopaux italiens, dont les nouveaux évêques n’ont pas été créés cardinaux.

L’autre politique de François, qui rejoint la première, est de créer cardinal des personnes qui occupent des postes lointains ou bien des évêchés qui n’avaient jamais eu de cardinaux, ainsi le nonce en Syrie, les évêques d’Haïti, de Rangoun, de Bangkok, du Laos, du Bangladesh, de Centrafrique et des îles Tonga. C’est l’illustration de la volonté du pape de toucher tous les continents et de montrer que le collège cardinalice reflète l’universalité de l’Église. 

Le nombre de cardinaux électeurs (moins de 80 ans) étant limité à 120, toute nouvelle création en des lieux inhabituels, réduit d’autant les créations cardinalices dans les lieux traditionnels.     

Certains critiques de l'action papale, notamment sur des points doctrinaux, affirment que les nombreuses nominations, si elles venaient à se poursuivre, pourraient transformer durablement le collège électoral amené à nommer son successeur. Combien de temps faudrait-il pour qu'une telle transformation s'opère ? Avec quelles conséquences ?

Il est difficile d’avoir une idée précise de cette question, car le collège cardinalice n’est pas un parlement, avec des groupes politiques et des motions à faire avaliser. Il y a bien sûr différentes sensibilités, mais celles-ci traversent les continents et les générations.

Les cardinaux non-Européens sont isolés du reste du collège cardinalice, ils se rendent peu à Rome et connaissent très peu les autres cardinaux. Lors des conclaves, ils sont donc plus enclins à suivre les indications des cardinaux présents à Rome. On ne connait pas non plus la date du prochain conclave, le pape n’étant pas élu pour un mandat. François va-t-il mourir pape, va-t-il renoncer à sa charge ? Nul ne peut le savoir, tout dépendra de son état physique et de sa condition.

Les spéculations sur le conclave sont toujours fortes à l’extérieur, mais les cardinaux qui y participent sont toujours touchés par ce moment particulier : avoir la lourde responsabilité de choisir le nouveau pape, être enfermé plusieurs jours dans la chapelle Sixtine, être face à Dieu et à sa conscience. Au XXe siècle, plusieurs conclaves ont été des surprises : les élections de Pie X, de Pie XI, de Jean XXIII et de Jean-Paul II n’étaient nullement prévisibles. Quelle que soit leur sensibilité présente, tous les cardinaux électeurs sont conscients de leur responsabilité et sont mus par l’amour de l’Église.    

Le pape a beaucoup insisté sur l'importance de la nomination d'"humbles serviteurs", à l'opposé du statut de "Prince de l'Église" que pouvait constituer certaines charges au sein de l'Église. En quoi cette mise à mal d'une certaine "aristocratie" ecclésiastique peut aussi expliquer l'émergence de plus en plus nombreuse de critique ?

Certains cardinaux estimaient avoir des rentes à vie, or le pape respecte la règle qui veut qu’un préfet de congrégation n’occupe sa charge que pour cinq ans, même si celle-ci peut être renouvelée. Il y a donc eu plusieurs départs et plusieurs changements qui ont pu briser quelques habitudes.

Le pape a aussi commencé à regrouper des dicastères et des congrégations, ce qui ne plait jamais à ceux qui s’occupent des entités ainsi fusionnées. C’est un sentiment très humain, présent dans toutes les administrations. On est toujours favorable aux réformes quand elles concernent les autres.

Les attaques contre la Curie sont aussi mal vécues par ceux qui y travaillent. Certes il y a des carriéristes et des arrivistes, mais travailler au Vatican est une charge administrative lourde et ingrate. Les lieux sont magnifiques, mais cela reste un travail de bureau, souvent obscur et fatigant. Il y a très peu de personnels qui travaillent à la Curie, beaucoup moins que dans les administrations des autres États européens, et ce sont pour la plupart des gens très dévoués. Ils ne se voient pas du tout comme des aristocrates de l’Église. Les attaques à leur égard peuvent susciter de la rancœur et de l’amertume.    

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