Que doit vraiment l'Allemagne à Angela Merkel ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Angela Merkel brigue un troisième mandat aux élections législatives du 22 septembre.
Angela Merkel brigue un troisième mandat aux élections législatives du 22 septembre.
©Reuters

L'heure des comptes

Que doit vraiment l'Allemagne à Angela Merkel ?

La chancelière allemande a toutes les chances d'être réélue pour un troisième mandat à l'issue des élections législatives de ce dimanche, malgré un bilan contrasté.

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde est politologue et directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg.

Voir la bio »

Atlantico : Au terme de son deuxième mandat, Angela Merkel affiche un bilan jugé formidable par les uns et peu brillant pour les autres, notamment sur le plan de la politique familiale. Peut-on déjà dresser un bilan un tant soi peu objectif de son action gouvernementale depuis 2005 ?

Henrik Utterwede : Angela Merkel a pu bénéficier des effets des réformes courageuses de son prédécesseur Gerhard Schröder, qui ont eu le mérite d’avoir remis l’économie sur les rails. Elle y a ajouté quelques éléments pendant la coalition avec les sociaux-démocrates de 2005 à 2009 : le passage à la retraite à 67 ans d'ici 2031, le désendettement graduel et le vote d’une règle d’or contraignant à l’équilibre des finances publiques d’ici 2020. Cette coalition a aussi su amortir le choc de la crise internationale de 2008 par un plan de relance et le chômage partiel (Kurzarbeit).

Depuis 2009, gouvernant avec le petit parti libéral, elle a été avant tout une gestionnaire prudente de la politique de son prédécesseur, avec des accents parfois sociaux, répondant au besoin de corriger certaines conséquences indésirables des réformes Schröder. A titre d’exemple, si elle a rejeté la création d’un salaire minimum interprofessionnel revendiqué par les syndicats et l’opposition de gauche, elle a instauré des salaires « planchers » dans certaines branches afin d’endiguer le recours abusif aux très bas salaires.

Autre exemple, la modernisation de la politique familiale. Revirement total sur l’énergie : après avoir prôné la prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires, Mme Merkel a décrété de manière précipitée la sortie totale du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima.

Enfin, une bonne partie de son deuxième mandat a été accaparé par la gestion de la crise de la zone euro.

Certains économistes pensent néanmoins que le succès allemand est dû avant tout à la politique industrielle et commerciale du pays. Quelle est la part de Mme Merkel dans cette réussite ?

Assez modeste. La nouvelle dynamique économique est avant tout dû aux partenaires sociaux dans les grandes entreprises, qui ont su forger des pactes de compétitivité, à une stratégie traditionnelle des firmes industrielles de miser sur le haut de gamme et sur l’innovation, ainsi qu’à leur capacité de réagir aux évolutions des marchés mondiaux. La politique, celle de Schröder comme celle de Merkel, a accompagné cet effort par la maîtrise des prélèvements sociaux pesant sur les entreprises.

Peut-on parler pour autant d'une "conquérante" sur le plan économique comme a pu l’être Margaret Thatcher en son temps ?

Angela Merkel n’a rien d’une Margret Thatcher ; si elle avait flirté un moment avec l’esprit d’une « rupture libérale » en 2005, elle a vite compris qu’e les Allemands sont hostiles à une telle rupture. Pas plus que ses prédécesseurs, elle n’a pas mené de politique commerciale agressive ; l’esprit « conquérant » est celui des entreprises exportatrices. 

Si la réélection d'Angela Merkel est quasiment assurée, la question du visage que prendra la nouvelle coalition reste en suspens...

Sauf accident majeur dans la zone euro, le nouveau mandat sera dominé par un « retour du social », perceptible en Allemagne depuis quelques années : salaire minimum, financement de la dépendance, solutions pour les très basses retraites, poursuite de la politique familiale, nouveaux investissements publics (routes, rails, crèches, écoles). Deuxième dossier lourd et compliqué : entamer enfin une gestion sérieuse de la transition énergétique vers les énergies renouvelables. Donc, une politique avec de nouveaux accents mais pas vraiment nouvelle. C’est vrai aussi pour la politique européenne, qui sera marquée par la continuité, ce qui n’empêchera pas des avancées éventuelles.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !