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Quand un voyage Marseille-Gérone devient l'occasion d'atteindre le septième ciel
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand un voyage Marseille-Gérone devient l'occasion d'atteindre le septième ciel

Sofia Lichani rêvait d’être hôtesse de l’air. Quand elle passe les épreuves de sélection Ryanair, elle est loin d’imaginer ce qui l’attend : un recrutement en vingt minutes, un contrat précaire aux multiples clauses particulières établi via une société d’intérim, un nombre d’heures de vol délirant, une surveillance de tous les instants – le jour et parfois la nuit –, une menace permanente de licenciement… "Bienvenue à bord ! La vie infernale d’une hôtesse de l’air low-cost", de Sofia Lichani, éditions Les Arènes (2/2)

Sofia Lichani

Sofia Lichani

Sofia Lichani est née en 1984 près de Villefranche-sur-Saône. A 22 ans, elle devient hôtesse de l'air chez Ryanair. Affectée à Shannon (Irlande), puis à Marseille, elle a porté l'uniforme pendant 55 mois, dont la moitié en tant que chef de cabine. Aujourd'hui, elle a quitté l'univers de l'aérien et travaille dans l'export. 

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Marseille-Gérone - Love is in the air

– Vous avez déjà essayé de vous envoyer en l’air dans un avion ? me demande un passager d’une cinquantaine d’années dont le teint orangé trahit une fréquentation assidue des cabines de bronzage.

Habillée comme une midinette, une blonde peroxydée et botoxée assise à côté pose la main sur la poitrine velue du bonhomme, largement ouverte sur une épaisse chaîne en or. Elle prend la peine de préciser :

– On aimerait bien essayer vos toilettes… Hi ! Hi ! Hi !

S’agit-il d’une plaisanterie ? Le manuel est vierge à ce sujet.

Appelée par le service, j’évoque le règlement :

– Du moment que vous vous abstenez de fumer…

– C’est embêtant… Ma femme et moi, on tient à notre petite cigarette post-coïtale. Mais si vous voulez nous rejoindre pour faire respecter l’interdiction. Hé ! Hé ! Hé !

Ayant autre chose à faire que taper le bout de gras avec des adeptes du triolisme, je préfère m’esquiver. À la fin des ventes de cosmétiques, alors que je range le trolley dans son emplacement, la porte des W.-C. avant s’ouvre : mes clients portés sur la chose en sortent, béats et décoiffés.

– Vous devriez essayer ! Hé ! Hé ! Hé !

J’ai du mal à comprendre pour quelle raison les toilettes d’un avion, malodorantes et régulièrement bouchées, font fantasmer quelques couples. Si le bruit de fond qui emplit la cabine rend les ébats amoureux indétectables, certains prennent un malin plaisir à révéler la nature de leur forfait, partie prenante du délire. D'autres, aussi rares, préfèrent le confort tout relatif des sièges Ryanair : sur un vol presque désert, mon attention est attirée par une forme mouvante qui s’agite, sous un vêtement, au-dessus du ventre d’un jeune passager. Lui-même a l’air au septième ciel. De plus près, je constate que sa copine, camouflée par un gros pull, sait où donner de la tête. Ceux-là font l’amour… du risque : que se passerait-il en cas de trou d’air ?

Mon rapport n’en pipera mot : Dublin serait capable d’ajouter des préservatifs et des sex-toys au catalogue de la compagnie.

Extrait de "Bienvenue à bord !", de Sofia Lichani, aux éditions Les Arènes, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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