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Quand un enfant placé juge paradoxal qu’on demande des efforts aux enfants mais pas à leurs parents biologiques
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand un enfant placé juge paradoxal qu’on demande des efforts aux enfants mais pas à leurs parents biologiques

Adrien a cinq ans lorsqu'il est confié aux Services de protection de l'enfance. Pendant quatorze ans, il sera balloté de familles d'accueil en foyers, jusqu'à ses 18 ans. Angoisses, troubles nerveux, échec scolaire, maltraitance, tentative de suicide… rien ne lui a été épargné. Pourtant, Adrien a préféré faire de son histoire un combat. Au terme de ce témoignage, il livre des propositions concrètes. Extrait de "Placé, déplacé" d'Adrien Durousset, aux éditions Michalon 2/2

Adrien Durousset

Adrien Durousset

Adrien Durousset a été placé de l'âge de 5 ans à 18 ans de familles d'accueil en foyers, soit pendant quatorze ans. Aujourd'hui âgé de 24 ans, il est en BTS de comptabilité et vit dans la commune de Saint-Fons (Rhône).

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J’ai quelques idées, voire quelques propositions…

– Réformer en profondeur la loi du 5 mars 2007, sur la protection de l’enfance et des mineurs délinquants, notamment l’article 375 relatif aux mesures éducatives ;

– Mettre la notion de contrainte parentale en exigeant que tout parent s’investisse dans l’éducation de son enfant. Réaffirmer par un préambule que si ce dernier est incapable d’élever son enfant, il se verra demander une participation correspondant à la moitié des revenus perçus, et devra impérativement se soigner sous peine de sanction. Et enfin, lui imposer l’obligation de formation ou d’emploi ;

– Mettre en place un fonds de garantie, approvisionné par les allocations familiales supprimées pour cause de placement de l’enfant et augmenté d’un surplus ;

– Les conseillers départementaux devront assurer l’entretien des locaux. Les foyers auront le libre choix financier, mais sans argent de poche, ou autres prestations ;

– Inclure dans l’assurance que tout enfant placé pourra demander réparation du préjudice causé. Et pourquoi pas même, faire une loi ?

– Faire fusionner les aides de la banlieue et celles de l’Aide sociale à l’enfance ;

– Instaurer des partenariats avec les grandes écoles ou les formations sélectives telles que BTS ESSEC, pour les jeunes confiés les plus talentueux ;

– Supprimer progressivement le métier Assistante familiale ;

– Diviser par 3 le nombre d’enfants confiés ;

– Refondre le statut des éducateurs ;

– Faire financer le contrat « jeune majeur » au 2/3 par les parents, le dernier tiers par le département.

C’est un paradoxe de réclamer des efforts aux enfants et pas à leurs parents qui, eux, sont adultes et pas forcément « involontairement » malades.

La loi réformant la protection de l’enfance, promulguée début mars et portée par deux sénatrices, est un non-sens car elle contourne le vrai sujet, celle de la responsabilité des parents. Halte à la victimisation, oui pour une réforme, non à la facilité. Certains se sont bornés à l’intérêt de l’enfant mais, à mon regard d’ancien jeune placé, cela n’est pas suffisant.

En 2014, mes parents ont été condamnés à me verser 150 € par mois de pension alimentaire, à ma demande et grâce à une avocate soucieuse de mon parcours de vie. Une satisfaction qui m’a laissé un goût amer, devant leur attitude au tribunal, entre négligence et stratégie d’apitoiement face au juge des affaires familiales.

Le 11 avril dernier s’est tenu le procès de ma mère, renvoyée devant le tribunal correctionnel de Lyon pour non-paiement de pension alimentaire. Encore une audience, la der des der ! Ma mère a en effet cessé de payer la pension, obnubilée par mon beau-père qui lui est dans un état second, sans activité depuis onze ans.

En ce qui concerne David, il est majeur depuis peu. Il n’a plus d’aide mais devrait bénéficier d’un contrat « jeune majeur » à condition d’avoir un projet professionnel et qu’il se prenne en charge, ce qui n’est pas le cas. Son destin est entre ses mains.

Les dés du présent sont ainsi jetés ; il faut que je continue à me battre tous les jours, pour ainsi devenir un individu bien dans sa peau. J’ai deux bras, deux jambes, une tête non déformée qui pense à des choses ordinaires, un cœur qui bat plus ou moins fort en fonction des circonstances.

Extrait de Placé, déplacé d'Adrien Durousset, publié aux éditions Michalon, mai 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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