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Quand Sarkozy célèbre "la France qu'on aime", plus personne ne s'en aperçoit
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Zone franche

Quand Sarkozy célèbre "la France qu'on aime", plus personne ne s'en aperçoit

Sarkozy prépare une tisane aux racines judéo-christiano-islamo-africaines de la France et on ne nous en sert qu'un quart. On reste un peu sur sa soif.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Alors là, les bras m’en tombent ! Je viens à peine ― parce que j’avais tout de même un peu envie de me frotter à ce fameux débat sur l’isl…, pardon, sur la laïcité  ― de jeter un coup d’œil à la transcription du discours de Sarkozy au Puy-en-Velay et, big surprise, ça n’a rien à voir avec ce que l’on m’en dit depuis une semaine !

Ainsi, dans ce sermon passant pour une déclaration d’amour aux curés en soutane et aux grenouilles de bénitier de Saint-Nicolas du Chardonnet, que dit précisément le chanoine de Latran ? Bon, d’abord que la France a une histoire chrétienne. Hum, là, sérieusement, ce n’est pas un scoop et j’avais déjà lu deux ou trois trucs sur la question. Viennent ensuite quelques considérations passe-partout empruntées au Guide du Routard sur les beautés d'une cathédrale romane servant de borne de départ à l’une des principales pistes cyclables vers Compostelle. Immédiatement après, c’est un couplet sur les efforts de l’État en matière de restauration du patrimoine historique (400 millions de brouzoufs investis en 2010, ce qui n’est pas rien en période de disette).

Pas vraiment de quoi casser trois pattes à un canard, même déchaîné.

Mais là où, ça part en vrille, et où l’on se demande si ce type qui tente de siphonner les voix d'un FN désormais ultra-laïque ne s’est pas cogné la tête à un pilier du cloître de Notre-Dame-de-l'Annonciation, c’est lorsqu’il constate qu’au-delà du christianisme, les « souchiens » des siècles passés ont eu d’autres hobbies  :

« (…) la France a puisé à d'autres sources : il y a quelques semaines, j'ai reconnu et salué les racines juives de la France. Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, qui dans les mêmes pages de son Histoire des Francs, parle pour la première fois non seulement du sanctuaire du Puy-en-Velay mais de la synagogue de Clermont ! C'était en Auvergne déjà et Grégoire de Tours écrivait il y a près de 15 siècles ! C'est la France. La France que nous aimons, la France dont nous sommes fiers, la France qui a des racines. »

Hé hé ! La France que nous aimons, celle dont nous sommes fiers, la France qui a des racines, c’est la France d’une synagogue auvergnate d’il y a 1 500 ans… Avouez qu'on est assez loin de Brasillach. Et même de Rantanplan, à vrai dire…

La rencontre de l'islam et de l'architecture romane

Bon, ok, ce passage-là, personne n’y a vraiment fait gaffe. Et de toute manière, ce n’est jamais qu’un clin d’œil appuyé au lobby sioniste, concèderont les bonnes âmes du bout des lèvres. Ah, ce n’est pas aux musulmans qu’il adresserait un laïus pareil ! Mais voici pourtant que le bonhomme persévère dans son entreprise de division des Français :

« Il est difficile de passer devant les antiques portes de cèdre de la Cathédrale et leurs inscriptions en langue soufique sans être impressionné et ému de cette rencontre entre la langue de l'Islam et l'architecture romane ! »

Il a dit ça ?  Pour de bon ? Bon, OK, il a dit ça… Mais c’est pour faire oublier son mépris pour les révolutions arabes. Et si on commence à entrer dans son jeu, on n’est pas sorti de l’auberge. D’ailleurs, c’est un peu comme avec les juifs : les musulmans votent et il leur passe juste un peu de pommade. Ça ne mange pas de pain. Parce que pour ce qui est de l’hommage aux Noirs de France, hein, bernique !

Ah bon. Reprenons-en encore une louche :

« Il est difficile de rendre visite à la statue de la Vierge qui, au cœur même de votre cathédrale, Monseigneur, est l'objet depuis des siècles de la plus grande dévotion, sans s'interroger comme je me suis permis de le faire, sur le symbole que représente justement une Vierge Noire. Je ne suis pas archéologue, je ne suis pas théologien (..) mais, en voyant cette Vierge Noire, je me disais : « Quelle force que cette Vierge en majesté, dont la peau n'avait pas la même couleur que celle des fidèles qui venaient la vénérer au Moyen-âge ».

Alors là, c’est le bouquet ! Monseigneur Lefebvre doit s’être retourné trois ou quatre fois dans sa tombe tridentine, ce jour-là ! Enfin, pas s’il y a fait suivre ses abonnements à la presse, auquel cas il reste convaincu que l’omniprésident a fait le job et s’est montré digne de l’aile droite de la fraternité Saint-Pie-X.

C’est sûr, Sarkozy au Puy-en-Velay, il n’a pas beaucoup fait avancer la cause de la laïcité ( même pas une citation de Bakounine pour enthousiasmer les pratiquants de la vraie première religion de France). Mais tout de même, la prochaine fois, je lirai le discours avant les commentaires pour me faire une opinion. Comme on ne dit pas chez nous les libres penseurs, il vaut mieux s'adresser au bon dieu qu’à ses saints.

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