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Michel Platini.
Michel Platini.
©Reuters

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Quand le football est une tragédie... Retour sur une histoire incroyable : l'annulation du plus beau but de la carrière de Michel Platini

Le 8 décembre 1985, la Juventus remporte la première Coupe intercontinentale de son histoire face aux Argentinos Juniors (2-2, 4-2 tab). Une rencontre marquée par un but génial refusé à un Platini en état de grâce. Dans son livre "Mes seuls buts dans la vie", Pierre-Louis Basse revient sur ce jour maudit. (Extraits 2/2)

Pierre-Louis Basse

Pierre-Louis Basse

Pierre-Louis Basse est journaliste et écrivain. Grande figure du journalisme sportif (Europe 1, Canal +) passionné d'histoire et de football, il a également collaboré à Marianne et au Figaro. Il est l'auteur d'une dizaine de livres dont Éric Cantona, un rêve modeste et fou (Robert Laffont, 1993), Séville 82 France-Allemagne : le match du siècle (Stock, 2005) et Gagner à en mourir (Robert Laffont, 2012).

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C’est le plus beau but du monde. Depuis toujours. et ça ne changera plus. C’est le plus beau car il est invisible et ne figure absolument nulle part dans les statistiques.

C’est un but qui ressemble à celui qui l’a inscrit. Trait pour trait. La joie. Une forme de légèreté inouïe dans le geste. Comme une valse à trois temps. Et puis, juste après la joie, la tristesse. une forme terrible de désenchantement. et cette pointe de cynisme qui doit venir de loin. Cette façon de s’allonger dans l’herbe, comme sur un canapé. L’air de dire : « Cause toujours, Volker, je t’emmerde et je suis le plus fort ! »

Déjà ce goût du pouvoir sur les lèvres sèches, une sorte d’archange qui se méfie des autres. Plus tard il les aimera sans doute, mais de loin. Franchement, ce 8 décembre 1985 à Tokyo, il s’est bien planté, l’arbitre de cette finale de la Coupe intercontinentale opposant la Juventus de Turin aux artistes d’Argentinos Juniors ! Volker Roth a manqué sa cible. Pour un hors-jeu imaginaire, il a offert à ce but la seule récompense digne de son excellence : la grâce éternelle !

(...)

Tokyo. 70e minute, le ballon était revenu, orienté par Antonio Cabrini, Platini l’avait contrôlé de la poitrine, juste devant la surface de réparation. Même trente ans plus tard, José Luis Pavoni devait s’en souvenir. Il s’était évanoui d’un seul coup dans le brouillard de Tokyo, avait plié bagage au moment exact où l’archange caressait le cuir. Le cuir, c’est une jolie expression je trouve, qui désigne assez bien le ballon de foot. Elle a disparu comme s’il s’agissait de ne plus jamais appeler les choses par leurs petits noms.

Pied droit, pied gauche... « Même ses pieds sont intelligents », notera Michel Hidalgo. Le ballon n’avait aucune raison de toucher le sol et c’est bien plus loin qu’il était allé s’échouer, dans la cage d’Enrique Vidallé. Beaucoup plus tard, inconsolable, Michel Platini croisera Volker Roth dans l’ascenseur d’un palace : "Vous m’avez bien regardé ? Vous vous souvenez de moi", lança le futur président de l’UEFA au visage de l’arbitre retraité. Sans demander son reste, celui-ci décampa.

Ce but du 8 décembre 1985 ressemblait parfaitement à Platini. C’était un autoportrait. La joie et la grâce réunies. Ce but-là aurait relégué et presque fait oublier celui fêté le soir du Heysel, ce triste soir où un sourire, fût-il de celui qui avait marqué un but, n’était pas de mise. Nous avons eu tort d’en faire le reproche à Platini. Qu’est-ce qu’on peut savoir de la vie et de la mort quand on est claquemuré dans un vestiaire juste avant le coup d’envoi ? Ce but-là est resté, l’autre pas.

« Le football est aimé. Pourquoi il est aimé ? » demanda Marguerite Duras à Platini en 1987. « Parce qu’il n’a aucune vérité. il n’a pas de vérité », répondit Platini. Tout est illusion.

Extraits de "Mes seuls buts dans la vie" de Pierre-Louis Basse publié aux Editions du Nil

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