Quand l'establishment du parti républicain en vient à préférer l'extrémisme conservateur d'un Ted Cruz au populisme d'un Donald Trump | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Quand l'establishment du parti républicain en vient à préférer l'extrémisme conservateur d'un Ted Cruz au populisme d'un Donald Trump
©Reuters

Dumb and dumber

Quand l'establishment du parti républicain en vient à préférer l'extrémisme conservateur d'un Ted Cruz au populisme d'un Donald Trump

De Ted Cruz ou Donald Trump, l'ex-favori, Jeb Bush, a récemment annoncé son choix. Le fils et frère de présidents a décidé de donner ses voix à Ted Cruz plutôt qu'au magnat de l'immobilier, illustrant toute la crainte du parti Républicain à l'égard de ce dernier. L'establishment du parti reproche notamment à Donald Trump de ne pas être assez conservateur.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

Voir la bio »

Atlantico : L'ancien candidat à la primaire républicaine américaine, Jeb Bush, a récemment fait état de sa préférence pour Ted Cruz au détriment de Donald Trump. D'après des informations publiées par Politico, Jeb Bush estime que Ted Cruz serait "l'antidote à la division et à la vulgarité" de Donald Trump. Comment peut-on expliquer cette préférence du parti Républicain pour Ted Cruz ? 

Gerald Olivier :La préférence de Jeb Bush s’explique d’abord par une forme de vendetta personnelle, ensuite par le fait que Trump est populaire mais guère présidentiable. Jeb Bush a été littéralement laminé par Donald Trump durant la campagne. Il y a du mauvais sang entre les deux hommes. Voici un an, quand Bush a déclaré sa candidature, il est devenu le favori instantané des sondages. Souvenez-vous tout le monde évoquait une course ennuyeuse entre un Bush de plus et une Clinton de plus…Mais Trump a identifié Bush comme le plus dangereux de ses adversaires et s’est attaché à le détruire. Jeb Bush fut alors un des seuls parmi les candidats républicains à dénoncer Trump et il a payé le prix de son audace. Il est devenu la risée du milliardaire, sa campagne n’a jamais décollé et il a fini par jeter l’éponge. Il lui serait psychologiquement très difficile dès lors de se rallier à Trump. 

Maintenant ses arguments en faveur de Cruz ne tiennent pas forcément la route. Cruz est un ultra-conservateur qui a bâti sa réputation sur son inflexibilité –il n’a pas d’ami dit-on de lui au Sénat parce qu’il dit non à tout. Sa candidature serait autant source de division que celle de Trump. 

Pourtant, derrière son verbe populiste, Donald Trump n'est-il pas politiquement plus modéré que Ted Cruz ? Le parti estimerait-il que Ted Cruz est simplement plus à même de battre Hillary Clinton ?

Sur le fond, il est évident que Trump est plus modéré que Cruz. D’abord parce que Cruz est le plus radical des conservateurs, ensuite parce que Trump n’est pas du tout un conservateur. Il y a peu, il n’était même pas un "Républicain". Trump a été successivement démocrate, indépendant, membre du "reform party" et finalement républicain. Ce n’est pas quelqu’un qui a le feu sacré. Son cœur ne brûle pas pour la cause conservatrice. Ce n’est pas un idéologue. C’est un pragmatique. Quelqu’un qui résout les problèmes quand ils surgissent sans à priori idéologique. L’inverse des conservateurs qui ont un programme précis qu’ils cherchent à mettre en place depuis trente ans. 

Beaucoup de Républicains pensent en effet que Cruz aurait plus de chances de battre Hillary Clinton que Trump. Honnêtement je n’en suis pas sûr. Ces deux candidats ont en commun de susciter une opposition farouche. Le premier parce qu’il est très à droite. Le second parce qu’il est vulgaire, autoritaire, et que c’est un démagogue narcissique. Mais une nomination de Ted Cruz à l’issue de la convention verrait une levée de boucliers à gauche notamment autour de la question de l’avortement et des nominations à la Cour Suprême. 

A l'horizon de la convention républicaine, et dans le cas où Donald Trump serait en tête tout en n'atteignant pas le seuil nécessaire en termes de délégués, peut-on réellement imaginer un blocage de sa candidature par le parti ?

Les règles sont simples et connues. Si un candidat réunit 1237 délégués lors du premier tour de scrutin, il devient le candidat du parti. Si aucun candidat ne parvient à ce chiffre qui représente la majorité plus une voix, alors la convention est déclarée "ouverte", les délégués sont "libérés", ce qui signifie qu’ils ne sont plus obligés de voter pour le candidat ayant remporté leur Etat lors des primaires. En quelque sorte on repart à zéro. Mail est évident que Trump arrivera à la convention avec le plus grand nombre de délégués et que, s’il n’obtenait pas la nomination, le parti Républicain exploserait sur le champ et qu’il y aurait non pas un mais deux candidats face à Hillary Clinton. 

Cette préférence se constate-t-elle dans l'ensemble de l'establishment ? N'y a-t-il pas là un risque républicain pour le parti de se couper de sa base ? Le parti aurait-il finalement plus à perdre, à moyen-long terme, d'une victoire de Donald Trump ?

"L’establishment" est loin d’être uni face à Donald Trump. Il y a d’une part ceux qui lui sont favorables. Et ils sont nombreux, à commencer par Reince Priebus, le président du Republican National Committee, et Fred Malek en charge des levées de fonds. Ils estiment que le parti devra se rassembler derrière le candidat qui sortira vainqueur des primaires ou de la convention qui qu’il soit. Il ya ensuite ceux qui lui sont opposés et ils se répartissent en deux camps : les conservateurs d’un côté qui rejettent Trump parce qu’il n’est pas l’un des leurs. Voir un Républicain entrer à la Maison Blanche pour mettre en exécution un autre programme que le programme conservateur leur semble une trahison et ils n’en veulent pas. Les "calculateurs" de l’autre c’est-à-dire tous les élus et dignitaires du parti qui sont convaincus que Trump serait rejeté en novembre. Par un score comparable à celui de Barry Goldwater en 1964 (61% contre 39%). 

Il y a donc une opposition fondamentale entre ces deux groupes. Les premiers préfèrent perdre que de voir Trump gagner. Les seconds préfèrent n’importe qui à Trump parce qu’à leurs yeux, il ne peut pas gagner. 

La réalité est que le Parti Républicain est aujourd’hui au bord de l’explosion parce que ses différentes tendances sont devenues antagonistes. Le parti peut exploser lors de la convention. Ou il peut se rassembler derrière Trump, ce qui signifierait la fin de l’influence prépondérante des conservateurs sur ce parti. Après tout, il a longtemps eu au sein du parti républicain une ligne "modérée", jadis personnifiée par Nelson Rockefeller. La mainmise des conservateurs remonte à 1964, elle n’est pas inévitable. 

Par contre, si Donald  Trump est le candidat républicain et qu’il est battu en novembre, le parti explosera pour de bon. Les Conservateurs partiront d’un côté et les modérés rejoindront les indépendants de l’autre. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !