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Daniel Hechter
Daniel Hechter
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Captation d'héritage ?

Quand Daniel Hechter accuse le couple de majordomes de feu son épouse d’avoir voulu mettre la main sur sa fortune

La justice enquête pour savoir si l’épouse du célèbre couturier a été victime d’aigrefins qui voulaient la dépouiller. Faux, répondent les intéressés, qui affirment avoir bénéficié de sa générosité.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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C’est une affaire Bettencourt bis. Sans le volet politique. Mais comme dans l’affaire Bettencourt, on y trouve une dame âgée (moins que Liliane Bettencourt) en état de faiblesse, épouse d’un homme d’affaires célèbre, qui aurait pu être abusée par un couple de majordomes. Ce duo est d’ailleurs mis en examen, soupçonné d’avoir soutiré de l’argent –on parle d’un million d’euros- et l’avoir dépouillé de son appartement  en ayant recours à des moyens peu orthodoxes. Voilà pour les faits. Voilà pour les apparences. Mais surtout, la plainte déposée par l’épouse pour abus de faiblesse,-dans un moment de lucidité ?-  serait un faux. Tel est le décor d’un dossier qui rappelle Pirandello et sa célèbre pièce, "Chacun sa vérité." Sauf que la dite dame est morte en février 2011…

Entrons dans le vif du sujet. En 1998, Daniel Hechter, célèbre couturier, connu et reconnu dans le monde entier, un temps à la tête de clubs de football avec des fortunes diverses (Paris-Saint-Germain, Racing Club de Strasbourg) se sépare de son épouse Jennifer, née Jacqueline Chambon, mais sans pour autant divorcer. Il s’installe en Suisse où visiblement le virus du foot ne l’a pas quitté, puisqu’il prend les rênes d’un club helvète. Quant à Jennifer, elle demeure dans l’appartement familial de Boulogne (Hauts-de-Seine). Peu de temps après le départ de Daniel, elle embauche une dame – à la fois de compagnie et femme de ménage, Fathia Mouffakir… Mais qui, on le verra va être un plus que cela… Quelque temps après, entre en scène son époux, Samir qui doit l’assister. Le couple se rend indispensable. D’autant que l’état de santé de Jennifer n’en finit pas de se dégrader en raison de son addiction à l’alcool.

Sur le plan psychologique, cela va de mal en pis. A partir de 2010, c’est la descente aux enfers, l’épouse du couturier multipliant les hospitalisations jusqu’à sa mort qui survient le 24 février 2011. Tout au long de leur présence aux côtés de Jennifer – une dizaine d’années- le couple Mouffakir, à en croire Me Aurélien Hammelle, l’avocat de Daniel Hechter, n’aura de cesse de l’entourer d’une sollicitude un peu…trop pressante. Pour tout dire, il va profiter de son état de faiblesse. Ainsi, selon la sœur de Jennifer, Marie-Josèphe, Fathia Mouffakir possédait le chéquier et la carte bancaire de celle- ci. Une amie, Odile Trombek ira plus loin encore devant le juge d’instruction : "Depuis plus 15 ans, les Mouffakir ont pris la maison en mains, passant commande d’alcool et poussant Mme Hechter à boire(…) Ils ont poussé leurs turpitudes jusqu’à évincer de son environnement les gens qui l’entouraient (…) C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée seule et manipulée." Le couple serait même parvenu à prendre le contrôle d’une SCI Denfert dont Jennifer assurait la gérance. Ce qui leur permettra d’hériter d’un appartement de 75 mètres carrés à Boulogne. De Suisse, où il réside désormais, Hechter s’inquiète du sort qui semble être réservé à son épouse. Sa santé chancèle de plus en plus. Témoin, son hospitalisation, à cinq reprises entre août 2010 et fin 2010.

Finalement, sans doute à l’initiative  de Daniel, Jennifer se décide à porter plainte contre X au tribunal de grande Instance de Nanterre. Dès lors, les choses vont vite puisque Fathia et Samir Mouffakir sont mis en examen pour abus de faiblesse par le juge Bergès. Contestant cette décision, le couple, via l’un de ses avocats, Francis Arragon saisit à son tour la justice. Il estime en effet que la plainte déposée par Jennifer est susceptible d’être un faux. Diable ! Eh oui, cette dernière est censée l’avoir signé dans son appartement de Boulogne-Billancourt le 18 décembre 2010. Daniel Hechter, entendu par le juge d’instruction le 30 mars 2012 le confirme, ajoutant avoir le souvenir que sa belle-sœur, Marie-Josèphe, était présente ce jour-là. Or, à la lecture du dossier d’instruction constate Me Arragon, l’épouse du couturier, ce 18 décembre 2010, ne peut se trouver dans son appartement. Et pour cause : elle est hospitalisée depuis le 13 décembre à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. De plus, voilà qui intrigue l’avocat, la mention manuscrite d’usage "Bon pour plainte" n’y figure pas. Enfin, sa signature ne parait pas très assurée. Pour tout dire, elle semble tremblante. Pour le conseil du couple Mouffakir, la plainte déclarée avoir été signée à Boulogne a un seul et unique but : masquer la présence de Jennifer à l’hôpital américain pour démontrer que cette dernière disposait bien de toutes ses facultés. Preuve encore que Jennifer n’était pas au mieux, indique Me Arragon, c’est que du 23 novembre au 7 décembre, elle avait déjà effectué un séjour à l’hôpital Foch de Suresnes à la suite d’un AVC. Dès le lendemain, le docteur Otmezguine faisait savoir qu’elle se trouvait dans "l’incapacité de signer des chèques." Le 13 décembre, Jennifer reprenait le chemin de l’hôpital, cette fois de l’hôpital américain. D’où l’interrogation de Me Arragon : "Est-il vraiment concevable  que Mme Hechter, hospitalisée le 18 décembre 2010 depuis 5 jours, en raison de l’aggravation de l’état de sa santé, ait été en mesure de signer une plainte ? Interrogé par Atlantico, l’avocat de Daniel Hechter, Me Aurélien Hammelle balaie d’un revers de main les allégations de son confrère. "Cette plainte n’a rien d’un faux. Il y a eu une simple erreur matérielle qui ne remet absolument pas en cause les griefs que nous avons envers Mr et Mme Moufficar" Et d’énumérer  les mauvaises actions auxquelles s’est livré le couple au détriment de Jennifer.

C’est ainsi, révèle Me Hammelle, que ce dernier  n’aurait pas hésité à se servir sans vergogne de sa carte Bleue pour fréquenter les grands restaurants de la place comme Maxim’s. Toujours selon Me Hammelle, il ne s’est pas privé de prélever des fonds sur le compte bien garni –plusieurs centaines milliers d’euros- à la banque Leumi de Genève dont Mme Hechter était titulaire. De là, ces prélèvements prenaient la poudre d’escampette du côté du Maroc…Décidément, Me Arragon n’a pas la même lecture du dossier que son confrère. En effet, souligne-t-il, les enregistrements de contrôle de la banque Leumi-qui ont été versés dans la procédure il y a peu- attestent que Mme Hechter savait parfaitement que Samir retirait de l’argent en son nom et place. Ici pour 10 000 euros, là pour 15 000…Cela, entre 2000 et 2006.  Reste l’appartement de Boulogne- –valeur 600 000 euros-. Pour Me Hammelle, le duo se l’est approprié indûment. Faux rétorque Me Arragon, "il leur a été offert par Mme Hechter). Au bout du compte, affirme Me Hammelle, ce sont plusieurs centaines de milliers d’euros qui ont quitté avoirs et patrimoine de sa cliente. Bref voilà qui promet une bataille au couteau entre Daniel Hechter et les anciens majordomes de son épouse. Aujourd’hui, la plainte pour faux contre X, mais visant implicitement l’ancien couturier, est instruite à Nanterre. Si d’aventure, il était mis en examen, l’autre plainte – celle pour abus de faiblesse- prendrait forcément du plomb dans l’aile. Ce qui ne signifie nullement que le duo Fathia-Samir pourrait être relaxé s’il était renvoyé devant un Tribunal correctionnel…

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