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L’anonymat revient en force sur le net.
L’anonymat revient en force sur le net.
©Reuters

Le buzz du biz

Protection de l'identité sur Internet : les acteurs privés se révèlent plus efficaces que la régulation (même bien intentionnée)

Secret, Wut ou Whisper : en matière du respect de l'anonymat des internautes, le marché a su développer des services innovants.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Récemment Atlantico a décidé de réserver la possibilité de laisser des commentaires sous ses articles, comme l’ont fait déjà beaucoup de sites d’information à travers le monde. Il faut dire qu’un coup d’œil rapide permettait de constater que les mêmes venaient sans cesse répéter des propos identiques et pas toujours respectueux. Sans se cacher.

C’est d’ailleurs l’une des surprises de l’Internet contemporain, comme le relève Mat Honan dans le dernier numéro de Wired. Alors que pendant des années les sites internet comme Facebook se sont battus pour que les utilisateurs affichent leur "vraie" identité, cette transparence n’a absolument pas modéré la teneur des échanges, comme on l’avait espéré parfois.

Il suffit de se connecter aux comptes Twitter des personnalités médiatiques, et notamment politiques, pour voir que les commentaires qu’elles reçoivent sont la plupart du temps peu amènes, souvent peu sympathiques et même généralement carrément insultants, sans pour autant être anonymes. Internet désinhibe, paraît-il.

L’anonymat revient pourtant en force sur le net. Et tout comme les demandes de protection des données personnelles trouvent leurs réponses dans des initiatives privées plutôt que dans l’intervention étatique, cette tendance au secret crée également de nouvelles opportunités économiques.

Il y a d’abord les applications qui permettent (quel paradoxe !) de diffuser des secrets. C’est le cas de Secret, Wut ou Whisper, par exemple, quitransmettent vos messages, anonymement, à vos contacts. Aussi étonnant que cela puisse sembler, elles cartonnent. Et commencent à avoir leur influence, certains secrets industriels fuyant par là …

Ces usages, plus ou moins divertissants, n’offrent cependant pas l’anonymat que certains recherchent sur internet. Pour cela, il faut aller plus loin. La cryptographie se développe ainsi rapidement et si chacun peut apprendre quelques rudiments par soi-même (ici sur openclassrooms), des entreprises spécialisées en font leur cœur d’activité. Utile pour préserver la confidentialité, mais probablement pas suffisant pour échapper à la NSA.

D’autres veulent cependant plus et pouvoir se promener incognito sur internet, sans être repérés. Ce qui n’est pas évident : la CNIL propose quelques tests éclairants pour ceux qui n’ont pas tout à fait conscience du jeu de piste que représente une session sur le web. Tests instructifs, mais peu utiles et opérationnels pour vous protéger en pratique. Et sauf à vouloir rigidifier le fonctionnement du réseau ou rechercher son fractionnement entre autorités de régulations nationales, ce n’est probablement pas de solutions étatiques uniformes que viendra la voie.

Heureusement, des acteurs privés sont là ! C’est par exemple le cas de Tor : ce programme libre propose aux utilisateurs de circuler anonymement sur le web. Collaboratif, il fait l’objet de contributions nombreuses qui permettent de développer les applications et leurs usages, garantissant toujours la protection de l’identité : pour le partage de fichiers, pour envoyer des emails, pour la navigation internet. Evidemment, tout cela est difficilement compatible avec l’usage d’une adresse mail chez Google, Yahoo ou Outlook.

Ce que montre cette nouvelle dynamique, c’est qu’Internet supporte mal la régulation publique, même bien intentionnée. Car internet fonctionne comme un vaste marché : les acteurs privés proposent des solutions à toutes les demandes et celles-ci s’adaptent en temps réel aux préoccupations des utilisateurs. En matière d’anonymat, c’est du marché, une nouvelle fois, que viennent les réponses rapides et efficaces.

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