Procès en appel de Nicolas B. : l'ironie déplacée de Maître Eolas est-elle le reflet d'un sectarisme de la justice française ?<!-- --> | Atlantico.fr
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Nicolas B, un opposant au mariage homosexuel, est sorti libre ce mardi de son procès en appel
Nicolas B, un opposant au mariage homosexuel, est sorti libre ce mardi de son procès en appel
©Reuters

Rire jaune

Le seul opposant au mariage gay à avoir été écroué pour sa participation à des actions contre la loi Taubira a été condamné cet après-midi en appel à une amende de 3 000 euros, dont 1 500 avec sursis.

Philippe Bilger

Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire et politique (Le Pen, Duverger-Pétain, René Bousquet, Bob Denard, le gang des Barbares, Hélène Castel, etc.), mais aussi dans les grands scandales financiers des années 1990 (affaire Carrefour du développement, Pasqua). Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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Atlantico :  "Nicolas B. est introduit. Pas comme à Fleury, juste dans le prétoire". Ce tweet posté par Maître Eolas, pseudonyme d'un avocat au barreau de Paris et auteur d'un blog juridique, au moment du procès en appel de Nicolas B. laisse songeur quand on se souvient de celui de Stéphane Guillon "L’opposant au mariage pour tous incarcéré ce soir à Fleury Mérogis va peut-être changer d’avis demain matin après sa première douche… " Que faut-il en penser ?

Philippe Bilger : Je suis très étonné que Maître Eolas ait pu avoir, même sur Twitter, ce regard et cette ironie-là. Il me semble qu’à l’occasion de ce tweet c’est davantage l’homme d’esprit, l’homme de sarcasme que l’avocat qui s’est exprimé.

Je n’aurais néanmoins pas eu ces mots vis-à-vis de Nicolas B., peut-être parce que je suis plus sensible que lui à l’injustice de l’affaire. Mais je n'exclut pas que d’autres puissent me reprocher des indélicatesses d’une autre sorte sur certains tweets. 

N’exagérons tout de même pas la gravité de la situation, il avait été condamné à quatre mois de prison dont deux avec sursis. Il a été condamné en appel à une peine d’amende de 3 000 euros dont la moitié avec sursis, certes, ce n’est jamais indifférent, ni insignifiant, mais ce n’était pas non plus une affaire d’une gravité exceptionnelle sauf  bien sûr qu’elle se rapportait à des manifestations qui avaient ému l’opinion publique.

Le traitement de l’affaire de Nicolas B. peut-il malgré tout être considéré comme une démonstration d'un sectarisme de l’institution judiciaire française ?</h3><p><strong></strong>La décision prise en première instance l'a probablement été&nbsp;par des magistrats sans doute très sensibles au climat qui avait été développé au moment des débats sur le mariage homosexuel, à la sévérité qui semblait être exigée, à la sécurité qui avait été très très largement déployée pour ces manifestations-là. Ou peut-être est-ce tout simplement une collégialité judiciaire qui a considéré que le comportement du jeune Nicolas était grave et méritait la sanction de quatre mois dont deux avec sursis.</p><p><strong>Elle ne nous en apparaît pas moins disproportionnée. Par rapport à des faits similaires, on a vraiment la certitude d’un deux poids deux mesures. En ce qui me concerne c’est surtout là-dessus que j’émets une critique, dans la disproportion entre la première sanction à l’encontre du jeune Nicolas et d’autres &nbsp;affaires qui me paraissait plus grave et qui n’ont pas fait l’objet d’un traitement aussi sévère.</strong></p><div id="%advert_slot%">advert_slot</div><p><span>Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler du sectarisme d’une partie de la magistrature, peut-être d’une faible partie de celle-ci. Ce n’était pas non plus une nouvelle bouleversante que d’apprendre que le syndicat de la magistrature était de gauche voir d’extrême gauche. On l’a toujours su. Tout ce qu’on lui demande, c’est que cette idéologie n’altère pas la justice lorsque lui-même en a la charge.&nbsp;</span>Il n’est d'ailleurs pas nécessaire de faire référence au sectarisme pour faire appel parfois à un défaut de lucidité, un peu d’aveuglement, pas assez de maîtrise juridique et enfin pas assez de bon sens.&nbsp;</p><p>Il existe dans le domaine culturel, politique et &nbsp;social une tendance dominante des médias à aller vers ce que j’appellerai des "banalités mécaniquement progressistes" et donc naturellement contre tout ce qui apparait comme conservateur voire réactionnaire. <strong>Et m</strong><strong style="font-size: 12px; line-height: 1.5;">alheureusement je crains que tant qu’on en reste à des offensives personnelles, intimes, on ne fasse que cultiver un degré zéro de la politique.</strong></p><p><strong style="font-size: 12px; line-height: 1.5;"><br></strong><em>Propos recueillis par Nicolas Hanin</em></p>

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