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Primaire de la droite : insécurité au quotidien, la grande absente, jusqu’au dernier débat
©Reuters

Presque oubliée

Primaire de la droite : insécurité au quotidien, la grande absente, jusqu’au dernier débat

En dépit de l'importance du sujet aux yeux des Français, l'insécurité au quotidien ne fait pas grand bruit. L'intégralité des candidats de la primaire de la droite l'ont soigneusement évitée, à l'exception de François Fillon et Alain Juppé. Le sujet a, en effet, été abordé à l'occasion du dernier débat opposant les finalistes.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Lisons les programmes, voyons les émissions télévisées de la primaire à droite. Une fois de plus, la sécurité, la vraie, celle qui affecte la population française, surtout celle des zones périurbaines et campagnes, est oubliée. 

Certes, on a eu des épisodes "sécurité" dans ces émissions et programmes, mais ce n'était pas ce qui ravage la France des banlieues et campagnes, plutôt ce que des journalistes de luxe qualifient de "sécurité" - et c'est tout différent.

Dans ces émissions et programmes, on a parlé des "fichés S", un peu du terrorisme... Schengen et contrôles frontaliers... la justice et les prisons, abstraitement - mais du calvaire des habitants des zones hors-contrôle, du pillage rural, pas un mot.

Or docilement, les candidats sur les plateaux et leurs conseillers en com' ont suivi cette assignation à regarder ailleurs, à éviter ce qui fâche, à ne pas faire-le-jeu-de...

Mais disent ces journalistes, nos questions tiennent aux "attentes des Français"... Sauf que, depuis trente ans, ces sondages-bidon ont toujours présenté comme "attentes" l'économique et le social - alors qu'invariablement, dans la vérité des faits, la sécurité s'imposait comme sujet majeur de campagne.

Voici une preuve de l'aveuglement de ces médias et politiciens : 20 Minutes, 19 novembre, "Primaires à droite : fiscalité, sécurité, fin des 35 heures... retrouvez les mesures-phares de chaque candidat" ; par ordre : Mme Kosciusko-Morizet, MM. Copé, Fillon, Jupé, Le Maire, Poisson et Sarkozy. Douze lignes chacun : pas UN mot sur la sécurité au quotidien des Français. Un non-sujet.

Or si bien sûr, le terrorisme effraie les Français, si c'est bien un péril stratégique, là n'est pas au quotidien leur souci, leur angoisse.

Lisons de près ces titres que ces journalistes de luxe, les poings sur les yeux, refusent de voir et de comprendre ; ces nouvelles qu'ils rejettent comme méprisables faits-divers.

Octobre 2016 :

"Toulouse : braquages en série dans les commerces de quartier"... "Une vache tuée par balle dans son pré puis découpée sur place"... "Un retraité poignardé à mort dans son camping-car"... Marseille : "la violence explose... hausse des braquages à domicile"... Nantes : "Entre coups de feu à répétition et vols violents de smartphones"... "Une jeune fille de 17 ans dépouillée et jetée à la Seine"...  Billy-Montigny (Nord) : "Les habitants exaspérés par les dealers de drogue"...  Vénissieux : "Aux Minguettes, des policiers visés par des cocktails-Molotov"... Thiais : "La buraliste-courage encore braquée"... Bretagne : "Une nouvelle armurerie cambriolée"...  Val-Fourré : "Les forces de l'ordre attaquées par une centaine de jeunes... Des émeutiers ont tenté de détruire l'annexe de la mairie"...  Grenoble : "Un octogénaire et sa concierge séquestrés"...  Tourcoing : "Médecins urgentistes agressés avec une extrême violence".  La Grande Borne (Viry-Châtillon-Grigny) : "On ne peut plus entrer dans la ville, les gens ont peur".

Tout cela en un mois. Ces vies gâchées, ces drames et les médias-des-milliardaires figés dans un silence de mort.

Tel est l'état du terrain ; voyons plus large :

  • Vols à main armée à domicile : + 19% de 2014 à 2015 (France métropolitaine),

  • Braquages en général : 25 par jour (week-end inclus, 2015, Métropole),

  • Pillage des campagnes : 11 000 vols par an, 30 par jour (doublement de 2005 à 2015),

  • Cambriolages (résidence principale, métropole) : 463 000 en 2015, plus de 50 par 24 heures, week-end inclus.

  • 110 000 voitures volées en 2015, plus de 300 par jour,

  • Policiers blessés en mission, janvier à juin 2016 : 3 267, 544 par mois, 18 par jour  (+ 14% sur janvier-juin 2015),

  • Paris, janvier-septembre 2016 : 53 braquages à domicile (6 par mois),

Les victimes ? Les forces de l'ordre bien sûr, la population de base, mais pas seulement : "Insultes et agressions en hausse chez les médecins"... "Les agressions contre le corps enseignant se multiplient"... "Un lycéen casse la mâchoire de son professeur en classe"...

Avis d'un criminologue à MM. Juppé et Fillon. Certes, ils sont passés par Viry-Châtillon, en solidarité avec les policiers brûlés vifs par des assassins. Mais c'est bien peu. Qu'ils fuient cette fatale connivence avec des médias qui se sont fracassés sur le Brexit et M. Trump. Que ces candidats songent à l'idole de 194 grands médias américains sur 200 que fut Mme Clinton. S'ils la copient, ils finiront comme elle.

(Comme d'usage, toutes nos sources et références sont disponibles sur demande)

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