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Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, annonce ce mardi dans Le Figaro sa candidature à la présidence de l'UMP.
Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, annonce ce mardi dans Le Figaro sa candidature à la présidence de l'UMP.
©Reuters

Invité surprise !

Présidence de l'UMP : Henri Guaino peut-il faire office d'arbitre dans le match Fillon/Copé ?

Henri Guaino s'est engagé officiellement dans à la course à la tête de l'UMP, ne se reconnaissant ni dans la candidature de François Fillon, ni dans celle de Jean-François Copé. Il pourrait faire office d'arbitre. Mais tout dépend vraiment de l'existence de débats télévisés et du score potentiel que lui attribueront les sondages.

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Son dernier livre, Islamopsychose, est paru aux éditions Fayard. 

Pour en savoir plus, visitez son site Internet : thomas-guenole.fr

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Atlantico : Henri Guaino dit ne pas se reconnaître dans un duel entre François Fillon et Jean-François Copé. Par son positionnement gaulliste social et plus souverainiste que les autres candidats, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas une troisième voie dans le parti ?

Thomas Guénolé : Jean-François Copé relève surtout de la droite libérale, ce que rappellent ses récentes positions sur l’école directement inspirées du courant anglo-saxon du New Public Management. Il est également atlantiste, comme l’indique son appartenance à la Commission Trilatérale. A contrario, Henri Guaino appartient à la droite sociale et avait pris parti pour un Non souverainiste au référendum de Maastricht. Il y a donc entre ces deux hommes un vrai clivage.

En revanche, sur ces éléments, il y a identité entre Henri Guaino et François Fillon. Il est donc difficile à première vue de les différencier, ce qui n’est pas surprenant si l’on se souvient qu’ils ont eu le même mentor, Philippe Séguin. Cependant, à y regarder de plus près, leurs visions de la politique économique les distinguent. François Fillon, très tôt partisan d’une politique d’austérité et de maîtrise rigoureuse des dépenses publiques, se rattache à la pensée du Prix Nobel Friedrich Hayek. En revanche, Henri Guaino, fervent avocat de l’emprunt Sarkozy et plus largement d’un Etat fort, ayant significativement exercé les fonctions de commissaire général au plan, est un keynésien.

Il y a donc un clivage fondamental entre Jean-François Copé et Henri Guaino, mais seulement une divergence sur la politique économique entre ce dernier et François Fillon.

Arnaud Montebourg avait réussi une percée inattendue durant les primaires socialistes en défendant des idées républicaines et protectionnistes… Henri Guaino pourrait-il émerger de la même façon ?

Si Arnaud Montebourg a pu émerger et réaliser une percée spectaculaire, ce n’est pas grâce au processus des primaires en lui-même, mais grâce aux débats organisés alors par le service public audiovisuel à des heures de grande écoute.

Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets. Si de tels débats sont aussi organisés pour l’élection du président de l’UMP, Henri Guaino est en mesure de réaliser un score significatif pour deux raisons. D’une part, il occuperait un créneau à la fois porteur et inoccupé par les deux favoris, à savoir l’incarnation assumée de l’héritage gaulliste du parti. D’autre part, à l’occasion de tels débats, il aurait pour lui une vraie consistance intellectuelle, voire idéologique, et une maîtrise de la rhétorique démontrée par les discours rédigés au profit de Nicolas Sarkozy : reste à vérifier que l'aisance écrite se vérifie à l'oral.

Si l’on se focalise sur les scores possibles, un nouveau sondage omettant cette fois Alain Juppé, puisqu’il a dit ne pas vouloir concourir, et testant tous les candidats déclarés, y compris Henri Guaino, serait très instructif.

Il semble pour l’instant très isolé dans le parti. Peut-il former un ticket avec un autre candidat ?

Il aura probablement besoin de ce type de démarche, avec un autre candidat ou un chef de file local de la droite, pour récolter les parrainages nécessaires à sa candidature, sauf à démontrer qu’il aurait tissé des réseaux de soutiens dans le parti passés jusqu’alors inaperçus. Pour autant, il y aurait une surprenante incohérence s'il choisissait de se rallier à l'un des deux favoris, alors qu'il a justifié sa candidature par la volonté de sortir le débat d'une logique de duel. 

L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy travaille-t-il pour le retour en politique de ce dernier ?

Henri Guaino, au même titre d’ailleurs que d’autres personnes de sa garde la plus rapprochée comme Emmanuelle Mignon, a déjà fait savoir qu’il souhaitait un retour de Nicolas Sarkozy en vue de 2017. On peut donc légitimement déduire que son engagement politique tend à contribuer à ce retour.

Pour autant, aucun élément ne permet d’imaginer qu’il est candidat en service commandé. Pluralitas non est ponenda sine necessitate : jusqu’à preuve du contraire, Henri Guaino est candidat pour faire prendre une nouvelle envergure à son engagement politique et pour mettre ses idées en avant dans le débat lié à cette élection.

Henri Guaino peut-il être l'arbitre du match Fillon-Copé ?

Tout dépend de son score qui, fondamentalement, dépend lui-même de l’existence de débats télévisés et du score potentiel que lui attribueront les sondages.

Ferait-il un bon président de l'UMP malgré son côté atypique ?

Un bon président pour l’UMP, si l’on admet qu’il n’est pas dans l’optique d’une candidature à l’élection présidentielle, doit remplir au moins trois rôles pour que le parti fonctionne : leader politique, porte-parole, gestionnaire.

On ne dispose pas d’éléments dans le passé d’Henri Guaino qui permettent de préjuger de son aptitude au leadership politique : cependant, s’il gagnait, puisqu’il souhaite le retour de Nicolas Sarkozy,de facto ce dernier l’exercerait indirectement. Concernant sa capacité à porter la parole du principal parti d’opposition, ses compétences rhétoriques ne sont pas contestables. Quant à la gestion, puisqu’il s’agit initialement d’un haut fonctionnaire, on peut raisonnablement considérer qu’il serait capable d’exercer cette activité.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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